Comment VCARB fait face à ses évolutions en forme de régression
Dans un entretien exclusif avec Motorsport.com, Laurent Mekies est revenu sur le coup d'arrêt rencontré par Visa Cash App RB dans le développement de sa F1, le directeur français reconnaissant que les "améliorations" de Barcelone étaient en fait des régressions tout en estimant qu'un tel échec était salutaire pour l'avenir.
Parlez-nous de la performance de VCARB lors du Grand Prix de Grande-Bretagne.
Pour nous, dans l'ensemble, ce dimanche a été positif. Si l'on se souvient de la situation dans laquelle nous nous trouvions vendredi, nous nous attendions à un week-end assez difficile. La situation globale est que nous avons eu ces nouvelles évolutions à Barcelone, nous avons dû revenir en arrière sur la plupart d'entre elles, pas toutes, mais la plupart, et ça nous a inévitablement coûté de la performance. Nous espérions pouvoir améliorer n os performances par rapport au Canada et à Monaco, mais nous avons dû faire marche arrière.
Bien sûr, c'est un pas en arrière, mais c'est un pas en arrière nécessaire. Nous avons été extrêmement agressifs dans le développement de la voiture depuis le début de la saison. C'est pourquoi nous avons fait de tels progrès, et quand on court vite, il faut parfois accepter de tomber. C'est quelque chose qui nous aidera à bâtir de meilleures fondations pour l'équipe, de meilleurs outils, de meilleurs procédures pour être fondamentalement plus forts dans notre développement. Donc c'est bien, nous prenons un peu de recul, nous n'avons pas été en tête du milieu de peloton lors des deux dernières courses, mais nous y avons tout de même marqué des points.
Il va probablement falloir résister encore trois, quatre ou cinq courses. Ça peut faire mal.
Si je regarde la course [de Silverstone], une course difficile avec des conditions changeantes, Yuki [Tsunoda] était dans le même rythme que les deux Aston et Nico [Hülkenberg] devant. Et s'il n'était pas dans le même rythme, il lui manquait un dixième mais pas beaucoup plus. C'était vrai sur le sec et avec les inters. Il nous a probablement manqué quelque chose dans le dernier relais quand Alex [Albon] nous a dépassés, mais ça fait partie du jeu. C'est un bon point en tout cas. Il y aura d'autres variations de rythme durant la seconde partie de saison. L'entreprise s'efforce de faire en sorte que nous ayons prochainement de nouvelles évolutions. Ce ne sera pas pour demain matin, donc il va probablement falloir résister encore trois, quatre ou cinq courses. Ça peut faire mal, car nous avons vu à quel point Haas continue d'être performant. Mais encore une fois, ça fait partie du jeu et nous riposterons plus tard.
Vous n'êtes pas la seule équipe à avoir du mal avec les améliorations. On le voit avec Ferrari, avec Aston Martin...
Je pense que nous l'avons constaté un peu partout. Vous avez mentionné Ferrari, nous ne sommes pas ici pour parler des autres. Mais il est certain que des équipes comme Aston étaient très loin de nous, beaucoup plus rapides que nous au début de saison. Puis, soudainement, nous sommes revenus dans la lutte avec eux. Et ensuite, ils ont peut-être repris du poil de la bête. Je pense que ce n'est pas inhabituel, mais ce n'est jamais agréable. La photo que l'on peut prendre à la mi-saison, c'est celle de la 12e course. Et nous sommes assurément dans la lutte pour la sixième place. C'est très, très serré avec Haas et ça le sera probablement avec Alpine et Williams plus tard dans l'année. C'est ainsi.
Où en êtes-vous dans la compréhension des raisons pour lesquelles des évolutions n'ont pas fonctionné ou pour lesquelles certaines ont fonctionné ? Vous avez retiré le plancher, mais d'autres pièces sont-elles toujours en place ?
Nous comprenons très bien pourquoi nous ne sommes pas allés plus vite. En revanche, nous nous demandons pourquoi cela nous a fait ralentir, car nous pensons que c'est ce qui s'est passé. La beauté de ces voitures est qu'elles sont extrêmement complexes. Tout se joue dans les moindres détails et dans [la pensée] de second ordre, des choses que nous n'examinions pas il y a quelques années. Encore une fois, c'est la raison pour laquelle cela nous oblige à développer de meilleures fondations pour l'équipe, qui seront en fin de compte les étapes que nous devrons franchir si nous voulons sérieusement continuer à être compétitifs à ce niveau.
Je dirais donc que nous avons une idée assez claire de ce que nous voulons pour le prochain package. À 100% ? Non, absolument pas. Avons-nous tout compris ? Non, non. C'est un travail en cours. Ça va nous prendre du temps. Ça fait partie de la croissance de cette équipe, c'est ce que cette équipe doit faire si elle veut se battre à l'avant du milieu de peloton. Est-ce que nous y sommes ? Non. Mais encore une fois, je ne pense pas que ce soit nécessairement une mauvaise chose dans notre cheminement, de subir ce revers et de faire encore plus d'efforts pour franchir les étapes que nous devons franchir.
Et nous parlons d'améliorations de l'ordre d'un demi-dixième. Est-il plus difficile de les valider ? Parce qu'il pourrait y avoir une certaine marge d'erreur...
Vous avez tout à fait raison et c'est aussi ce à quoi je faisais référence en parlant d'une approche de développement super agressive. C'est ce que nous avons fait toute l'année. Nous avons apporté un grand nombre de petites mises à jour, toujours à la dernière minute, parce qu'il s'agit d'une mise sur le marché rapide. Donc, [c'est fait] à la dernière minute, nous ne prenons pas le temps de comparer parce que nous voulons juste avancer et aller vite. Bien sûr, parfois vous vous trompez et c'est exactement ce que vous dites, c'est exactement ce qui s'est passé à Barcelone. Nous avons mis les deux voitures sur la piste et il était très difficile de comprendre comment réagir.
Ensuite, nous avons pris le temps de faire une pause en Autriche pour faire les bonnes comparaisons, même s'il s'agissait d'un week-end sprint. Et oui, bien sûr, vous me direz : "OK, pourquoi ne pas le faire tout le temps ? Pourquoi ne prenez-vous pas tout le temps dont vous avez besoin ?" Parce qu'il s'agit d'une affaire de mise sur le marché et que si vous allez plus vite que les autres avec une même évolution, vous pouvez en tirer plus d'avantages. Mais il est bon, en termes d'esprit d'équipe et d'esprit d'entreprise, d'être dans cet état d'esprit de risque élevé. C'est une activité hautement compétitive et c'est ce que nous voulons que l'entreprise fasse.
Vous avez dit qu'il faudrait attendre quelques courses, après la pause estivale, pour obtenir des améliorations correctes ?
Oui, vous avez une mise à jour toutes les trois, quatre ou cinq courses. Et dans notre cas, lorsque l'une d'entre elles n'est pas couronnée de succès, il ne s'agit pas seulement de se dire "D'accord, c'est quand la prochaine ?", parce qu'il faut d'abord comprendre ce qui n'a pas fonctionné avec celle-ci, ce qui a un double effet négatif. Non seulement vous n'avez pas obtenu l'avantage que vous attendiez, mais en plus vous devez retarder la suivante jusqu'à ce que vous compreniez vraiment ce qui se passe.
Il serait facile de penser "Je vais copier cet aileron avant, ou cette carrosserie". Mais toutes les équipes ont essayé de copier Red Bull pendant des années et cela n'a pas vraiment fonctionné.
C'est pourquoi, entretemps, à chaque week-end de course, il y a toujours un écart de performance, quelle que soit votre place, entre les équipes du milieu de peloton, ce qui signifie que vous pouvez toujours réussir un week-end mieux que l'autre. Vous avez vu Alpine monter et descendre, nous monter et descendre, et donc en attendant, l'équipe va continuer à explorer comment extraire plus de la voiture. Il y a encore des caractéristiques d'équilibre dont nous ne sommes pas totalement satisfaits et nous sommes convaincus qu'il y a encore du temps à gagner.
Nous avons vu avec McLaren et Mercedes à quel point les ailerons avant peuvent faire la différence. J'ai entendu dire que vous travailliez également sur un nouvel aileron ?
Je pense que c'est le cas de toutes les équipes. Mais vous savez, il est également juste de dire que ces dernières années, je l'ai dit à tout le monde, qu'il serait facile de penser "Je vais copier cet aileron avant, ou cette carrosserie". Mais toutes les équipes ont essayé de copier Red Bull pendant des années et cela n'a pas vraiment fonctionné. C'est encore une fois la beauté de ce sport. On ne peut pas se contenter de copier-coller.
Propos recueillis par Filip Cleeren
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