Analyse

Le manque de progrès de Giovinazzi lui a coûté sa place en F1

Guanyu Zhou s'étant emparé du dernier baquet disponible sur le plateau 2022 de Formule 1, Antonio Giovinazzi se retrouve sans volant et s'exile en Formule E. Certes, il y a des raisons financières à cela, mais le niveau de performance de Giovinazzi a stagné au fil de ses trois années en F1.

Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo Racing C41

Une personne est éliminée, et la cagnotte augmente pour la partie suivante. Nous faisons évidemment référence à la fin de carrière d'Antonio Giovinazzi en Formule 1, remplacé par Guanyu Zhou chez Alfa Romeo aux côtés de Valtteri Bottas pour 2022. Zhou, actuellement deuxième de Formule 2, apportera avec lui l'exubérance de la jeunesse ainsi qu'un soutien financier non négligeable en provenance de Chine.

La phrase d'introduction de cet article est une timide métaphore de la série Squid Game, principalement afin de souligner à quel point le monde de la F1 est cruel. Et pourtant, si Giovinazzi en avait été l'un des personnages, il n'aurait pas été un protagoniste. Certes bien trop talentueux pour être éliminé lors des premières manches, il serait parvenu à atteindre le stade intermédiaire où les jeux commencent vraiment à réduire le nombre de personnes. Mais lors des trois dernières années, il a échoué à triompher d'un vieux qui n'est là que pour s'amuser.

Avec l'arrivée de Zhou, l'aventure de Giovinazzi avec Alfa Romeo est terminée. Sur les réseaux sociaux, certains s'indignent et semblent penser que la F1 n'a jamais autorisé les pilotes à apporter leurs propres sponsors et que le départ de l'Italien est la plus grande des injustices. Bien sûr, Giovinazzi était lui-même au sein de l'écurie grâce à Ferrari, mais peut-être cela n'est-il pas en phase avec l'histoire qu'ils veulent raconter.

Trêve d'espièglerie, certains commentaires présentent un bon argument, auquel Giovinazzi a lui-même fait référence : les pilotes de F1 devraient être choisis selon leurs performances et non en fonction de l'argent. Et dans un monde idéal, ce serait vrai : beaucoup de Champions du monde potentiels ont échoué dans leur quête, simplement car leur portefeuille n'était pas assez fourni. Malheureusement, un monde idéal libre de tous les maux n'existe pas. Et même dans ce scénario impossible, Giovinazzi pourrait-il revendiquer légitimement le second baquet Alfa pour 2022 ? Épluchons les chiffres.

Antonio Giovinazzi kicked off his F1 career as a substitute for the injured Pascal Wehrlein at Sauber

Antonio Giovinazzi a commencé sa carrière en F1 en remplaçant Pascal Wehrlein, blessé, chez Sauber

Le pilote apulien a passé trois saisons complètes en Formule 1 au sein de la même écurie, sans oublier ses deux Grands Prix en 2017, déjà chez Sauber, remplaçant Pascal Wehrlein après que ce dernier s'est blessé lors de la Course des Champions. Giovinazzi était véritablement impressionnant lors de la manche d'ouverture, à Melbourne, qualifié à moins de deux dixièmes de son coéquipier Marcus Ericsson et 12e à l'arrivée, mais à deux tours lors de cette course marquée par de nombreux abandons.

Le déficit qualificatif était similaire en Chine, les deux pilotes Sauber ayant atteint la Q2 contre toute attente... mais Giovinazzi était parti en tête-à-queue en roulant sur l'astroturf à la sortie du dernier virage, percutant le mur et mettant un terme à la Q1. Après des débuts impressionnants, son deuxième album était bien plus difficile à vendre. Au bout de trois tours de course, à la suite d'une neutralisation par la voiture de sécurité virtuelle, il a produit une copie quasi conforme de son accident qualificatif pour conclure un week-end affreux.

C'est deux ans plus tard que la carrière de Giovinazzi en F1 a véritablement commencé, et Sauber s'appelait désormais Alfa Romeo. La recrue Kimi Räikkönen allait être sa référence pendant trois ans, en provenance de Ferrari. Le Finlandais approchait toutefois de la quarantaine, un âge auquel les capacités physiques des athlètes déclinent généralement. Par conséquent, si Giovinazzi voulait être candidat à un volant Ferrari à l'avenir, il devait faire de 2019 une saison d'apprentissage et donner du fil à retordre au vétéran par la suite.

Si Giovinazzi avait été assez convaincant pour qu'Alfa Romeo le conserve, la menace Zhou aurait été moindre, mais du point de vue de la performance, ça n'est simplement pas le cas

Les deux pilotes ont fait jeu égal en qualifications sur la saison 2019. En prenant en compte les séances représentatives, Räikkönen avait l'avantage pour simplement cinq millièmes de seconde. En extrapolant ce rapport de force au niveau de la course, Giovinazzi aurait dû marquer autant de points, mais Räikkönen en a inscrit 43 contre 14 pour son équipier. En effet, Giovinazzi parvenait considérablement moins à convertir ses bons résultats qualificatifs en points. Certes, on peut se montrer clément vis-à-vis d'un rookie : une première saison en Formule 1 est généralement l'opportunité de faire des erreurs pour s'améliorer dans cet environnement à forte pression.

Carlos Sainz Jr., Ferrari SF21, battles with Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo Racing C41, ahead of Yuki Tsunoda, AlphaTauri AT02

Antonio Giovinazzi bataille avec Carlos Sainz

Comparons cela à Lando Norris chez McLaren, où il a largement été battu par son coéquipier Carlos Sainz pour leur première saison ensemble : 96 à 49. Norris a réduit l'écart à seulement huit points pour sa deuxième année, ce qui montre sa progression en l'espace d'un an.

On peut considérer que Giovinazzi a fait ça en 2020. Il avait un avantage de 0"020 sur Räikkönen en qualifications – en d'autres termes, ils faisaient à nouveau jeu égal au volant d'une Alfa Romeo C39 bien plus médiocre que sa devancière, probablement à cause d'une unité de puissance Ferrari lobotomisée pendant l'intersaison.

Räikkönen et Giovinazzi ont fini la saison avec quatre points chacun, mais lorsque les deux Alfa étaient à l'arrivée, le nordique était en tête neuf fois sur treize. Bref, en 2021, l'Italien devait vraiment élever son niveau de jeu afin d'être courtisé sur le marché des transferts, que ce soit dans son écurie actuelle ou ailleurs.

Or, jusqu'à présent, ça n'est pas le cas. L'écart reste infime en qualifications avec 0"014 à l'avantage de Giovinazzi. La différence de points entre les deux est encore plus marquante : le transalpin n'en a qu'un à son actif, tandis que Räikkönen en a dix en ayant participé à deux courses de moins, puisqu'il a raté Zandvoort et Monza après avoir été testé positif au COVID-19.

Lors de ces deux courses, Giovinazzi a signé deux de ses meilleures qualifications de la saison, septième sur la grille aux Pays-Bas et huitième des Qualifs Sprint à Monza – soit une autre septième place sur la grille grâce à une pénalité infligée à Bottas pour avoir dépassé le quota de pièces de l'unité de puissance. Or, le pillote Alfa Romeo n'est parvenu à conclure dans aucun des deux cas, percutant Sainz après être sorti dans la Variante della Roggia et n'être pas revenu en piste assez prudemment.

L'écurie en a suffisamment vu. La carrière de Giovinazzi en F1 subit un coup d'arrêt, Ferrari ayant renoncé à son droit contractuel de choisir le second pilote, dont ont profité Charles Leclerc en 2018 puis pendant trois ans Giovinazzi. Si ce dernier avait été assez convaincant pour qu'Alfa Romeo le conserve, la menace Zhou aurait été moindre, mais du point de vue de la performance, ça n'est simplement pas le cas. Par conséquent, dans le monde idéal où les pillotes aimeraient être jugés, il n'aurait probablement pas de sursis non plus.

Cependant, tout n'a pas été vain : Giovinazzi a connu quelques bons résultats en F1. Sa cinquième place au Grand Prix du Brésil 2019 témoignait de l'opportunisme dont un pilote doit faire preuve face au chaos. Il a aussi signé une belle neuvième place en ouverture d'une saison 2020 tronquée, où les points allaient se faire rares. Lors de week-ends "normaux", Giovinazzi n'a toutefois pas su saisir les opportunités comme Räikkönen lorsque la voiture était rapide. L'expérience joue un rôle dans ces scénarios, mais Giovinazzi a déjà passé trois saisons en F1 et n'en a simplement pas tiré le meilleur.

Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo Racing C41

Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo Racing C41

C'est dommage, quand on repense à la saison explosive de Giovinazzi en GP2, lorsqu'il s'est battu avec Pierre Gasly pour le titre 2016. Il a remporté les deux épreuves du week-end de Bakou, remontant depuis la dernière place lors de la Course Sprint. Malheureusement, dans un monde où les écuries de F1 recherchent la prochaine superstar en permanence, Giovinazzi n'a pas concrétisé après cette saison qui lui a valu un contrat avec la Ferrari Driver Academy.

Encore une fois, l'Italie se retrouve sans pilote sur la grille, problème que Giovinazzi avait lui-même résolu longtemps après la retraite de Jarno Trulli et de Vitantonio Liuzzi fin 2011. Il pourrait falloir attendre longtemps avant qu'un autre transalpin débarque dans l'élite.

Giovinazzi n'est néanmoins pas dépourvu d'avenir : il va rejoindre la Formule E pour la saison prochaine, chez Dragon / Penske Autosport aux côtés de Sérgio Sette Câmara. Mais il ferait bien d'entretenir sa relation avec Ferrari, qui pourrait certainement lui donner du travail à l'avenir.

Ferrari pourrait souhaiter le garder sous la main pour ses autres projets également, notamment en Hypercar à partir de 2023

Il a joué un rôle crucial sur le simulateur à Maranello en 2018, des essais libres médiocres ayant alors été transformés en excellents résultats. Il serait un réserviste très utile, à l'image de ses compatriotes Gianni Morbidelli et Nicola Larini dans les années 1990.

Ferrari pourrait souhaiter le garder sous la main pour ses autres projets également, notamment en Hypercar à partir de 2023. Il serait un véritable atout compte tenu de ses compétences techniques et de son expérience en Endurance, lui qui a couru non seulement en WEC mais aussi en Asian Le Mans Series et en ELMS.

Cependant, en F1, du moins pour l'instant, le Joueur 99 est éliminé.

Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo Racing C41

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