Zarco pourrait être tenté par un guidon de pilote d'essais

Le pilote français s'apprête à remonter en selle après avoir pris la lourde décision de rompre avec un an d'avance son contrat avec KTM. S'il promet de rester professionnel jusqu'à la fin de la saison, il étudie aussi ses options pour 2020.

Zarco pourrait être tenté par un guidon de pilote d'essais

Dix jours après avoir annoncé sa décision de quitter KTM avant la fin de son contrat, Johann Zarco reprend la routine des Grands Prix en ayant, explique-t-il, levé "un blocage". Une sorte de nouveau départ pour le pilote français, désormais libéré d'un engagement devenu trop pesant avec une moto qui ne le rend pas heureux, mais un changement majeur pour lequel il n'a pas préparé sa porte de sortie.

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"Avant de quitter KTM, la meilleure façon de faire aurait été de travailler en cachette et d'essayer de trouver une autre possibilité, mais je n'ai pas fait ça. Je ne voulais pas faire les choses comme ça et je voulais être clair", explique le Français. "C'est pourquoi je n'ai pas pris ma décision un mois avant, mais quand je me suis senti au plus mal et que je n'arrivais plus à dormir la nuit." Une décision prise ainsi pendant le GP d'Autriche, où il a sollicité le samedi, après les qualifications, une entrevue exceptionnelle avec les patrons de l'équipe.

"J'ai dit à KTM, en étant honnête : 'Si j'accepte de finir 15e juste pour faire le job, ça voudra dire que je vais juste courir pour votre argent, et je ne veux pas faire ça'. Peut-être plus tard, dans dix ans, mais pas maintenant", explique Zarco, bien conscient qu'il n'a pas fait le choix le plus évident. "J'ai parlé avec les gens autour de moi, y compris Jean-Michel [Bayle]. Ils ont tous dit : 'On ne peut pas choisir pour toi, mais clairement, si tu penses de manière logique, tu as le choix entre ne rien avoir ou bien continuer en MotoGP l'année prochaine avec un bon salaire, alors que choisis-tu ?' Logiquement on se dit, OK, je continue en MotoGP. Mais je me sentais mal, alors j'ai dit : 'Non, je ne peux pas, ça n'est pas la manière dont je veux courir'."

Le calendrier a ceci de cruel, toutefois, qu'il lui faut rapidement mettre ses émotions de côté pour tenter de trouver une solution de rebond. En ce sens, le World Superbike n'est "pas encore" une option étudiée par Johann Zarco. "Ça pourrait l'être, mais je crois que pour moi la meilleure façon de rester proche d'un niveau MotoGP ou du podium, c'est de rester dans ce monde, dans ce paddock, et même si je dois revenir en Moto2", explique-t-il.

Renoncer à une saison complète ?

L'une de ses meilleures options pourrait être, en effet, de retourner dans la catégorie intermédiaire des Grands Prix, où il a remporté deux titres. "C'est une possibilité", concède-t-il. "Je n'ai pas encore parlé clairement avec les bonnes personnes pour un retour en Moto2. C'est une possibilité, mais on n'a eu que dix jours après la décision et il était important aussi de laisser passer quelques jours pour que je puisse prendre le temps d'expliquer ma situation à toute personne importante dans ce monde du MotoGP. Je pense que revenir en Moto2 ne serait pas une mauvaise solution pour l'aspect sportif, parce qu'avec une bonne équipe, j'aurais la possibilité de donner le meilleur de moi-même et je pourrais avoir pour objectif un titre mondial qui m'aiderait à me maintenir à un très haut niveau de performance, dans la tête et le corps, et dans ce cas à me sentir bien."

Si l'on comprend bien son intention de rester dans le paddock des Grands Prix, l'autre voie que peut explorer le Français est de trouver un poste de pilote d'essais, et c'est là une solution qui semble l'attirer. "J'ai déjà parlé [avec des personnes] et il faut encore que j'en parle. Pour garder un contact avec une MotoGP et faire beaucoup de tours avec une MotoGP, pour préparer mon esprit et mon corps au haut niveau du MotoGP, je crois que c'est l'une des meilleures options", estime-t-il, même s'il s'interroge : "Pour garder les plus hautes sensations sur une MotoGP, il semble qu'il vaut mieux être pilote d'essais. Le seul point d'interrogation c'est, si je ne fais pas 20 courses dans la saison, est-ce que je vais perdre le rythme ou pas ?"

"On va voir quelles portes vont s'ouvrir. Je le ferais en tant que pilote d'essais, mais pas comme un pilote retraité, comme un gars qui a faim de revenir", prévient en tout cas Johann Zarco. Et il est effectivement animé par une volonté farouche de remonter la pente, lui qui assure avoir pris une décision destinée à sauver la suite de sa carrière même s'il admet avoir peut-être échoué dans ce projet avec KTM. "Possiblement. Mais le sentiment que j'avais était que si je continuais l'année prochaine, sans pouvoir obtenir de meilleurs résultats, je n'allais pas seulement échouer dans ce projet mais aussi dans ma carrière. C’était ma plus grande inquiétude et c'est la raison pour laquelle j'ai préféré me donner la possibilité de faire quelque chose d'autre pour l'année prochaine plutôt qu'attendre une année de plus."

"J'ai pris cette décision moi-même et je sais que c'est un risque pour ma carrière de ne pas courir l'année prochaine, mais le doute face au risque de perdre toutes mes compétences en continuant l'année prochaine est maintenant levé", souligne-t-il.

Johann Zarco, Red Bull KTM Factory Racing

Poursuivre la saison en donnant le meilleur de lui-même

En attendant que son avenir à moyen terme s'éclaircisse, Johann Zarco reprend la compétition cette semaine pour la 12e des 19 manches de la saison. Et, il l'assure : pas question de faire les choses à moitié ou de manquer de respect à son équipe, même si leurs chemins sont amenés à se séparer en novembre. Est-ce déstabilisant ? "Si on est professionnel, non", répond-il au micro de Canal+. "Moi, je le serai et je pense que l'équipe aussi."

"Après, ça ne change pas le job. Je ne peux pas faire le travail à moitié. Monter sur la moto en pensant que je vais leur donner de fausses informations ou quoi que ce soit, c'est partir droit dans le mur et ça devient même très dangereux. L'énergie que je mettrai sur la moto, elle sera pure et les informations aussi, le plus honnête possible. J'espère que l'équipe réagira de la même manière en face, mais il n'y a pas de raison qu'ils ne réagissent pas comme ça. Vraiment, l'équipe avec qui je travaille, je leur ai dit : 'Je n'ai rien contre vous, simplement je ne voulais plus rouler avec autant de tristesse'."

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"[J'aborde le week-end] avec les mêmes stratégies qu'avant : donner le max, bien étudier la piste. Là, on a un nouvel asphalte sur cette piste, donc [il faut] voir aussi comment la moto s'adapte et comment les pneus réagissent. Et moi [j'ai] un peu moins de blocage et [je vais] voir si déjà avec ce blocage en moins, j'arrive à mieux utiliser cette moto, à mieux appliquer aussi le pilotage différent que je dois appliquer, parce que c'est clair que je ne peux pas appliquer le pilotage que j'aime bien. Sur la dernière course, Miguel [Oliveira] a vraiment fait une très belle course, il y a des choses à apprendre de lui et je vais tenter d'appliquer tout ça pour progresser pour moi-même. Ça ne peut que m'aider."

"Sur une MotoGP on ne peut pas faire les choses à moitié. Il faut tout donner, sinon on ne monte pas sur la moto. C'est ma façon de faire", poursuit le #5, "cependant sur les dernières courses je donnais tout mais avec comme un frein à main à l'intérieur. On va voir, maintenant, si j'ai relâché ce frein à main. Moi, en tant que professionnel, je vais donner le meilleur de moi-même. […] C'est ma nature, [...] c'est la mentalité dont a besoin un pilote et je sens que c'est encore là. Le travail que je vais faire sur les prochaines courses, jusqu'à Valence, sera donc pour moi très clair et simple, parce que ce sera le meilleur travail que je pourrai faire."

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