Accords Concorde en Formule 1 : à quoi servent-ils et pourquoi sont-ils essentiels ?
Les Accords Concorde sont un facteur clé qui a permis à la Formule 1 de devenir le phénomène mondial qu’elle est aujourd’hui. Voici tout ce qu'il faut savoir sur ce contrat.
Photo de: Liberty Media
Ces derniers mois, les écuries de Formule 1 étaient constamment en discussion avec Liberty Media au sujet des nouveaux Accords Concorde, qui viennent d'entrer en vigueur pour la période 2026-2030. Ces derniers sont essentiels au fonctionnement quotidien de la discipline et remontent aux années 1980, lorsqu'ils ont mis fin aux conflits politiques qui entachaient le championnat à l'époque. Plusieurs versions des Accords Concorde ont depuis été signées, la F1 s'apprêtant à entrer dans son neuvième mandat. De quoi s'agit-il exactement ?
Qu'est-ce que les Accords Concorde ?
Il s'agit d'un contrat entre la F1, son organe directeur, la FIA, et les équipes qui participent au championnat. Il définit le fonctionnement de la discipline, avec un accord relatif au cadre réglementaire des Grand Prix, et un autre décrivant les conditions commerciales.
Le contenu des Accords Concorde est en grande partie confidentiel, mais on sait que le contrat précise la valeur des places d'arrivée au championnat. Les équipes reçoivent également une part de 50% des bénéfices de la F1 jusqu'à un certain point, celle-ci diminuant ensuite si des revenus supplémentaires sont générés. Il semblerait que sur la période qui va prendre fin, les équipes de F1 recevaient 45% de la cagnotte après que les revenus aient dépassé les 3 milliards de dollars en 2023.
Des primes sont également versées pour des résultats tels que la victoire au championnat. Ferrari reçoit quant à elle un bonus historique controversé, pour être la seule équipe à avoir participé à toutes les saisons de F1 depuis les débuts du championnat en 1950. Il est entendu que l'écurie italienne recevra 5% supplémentaires si le montant total des prix distribués aux équipes ne dépasse pas 1,1 milliard de dollars. Le bonus de Ferrari est finalement plafonné à 10% pour tout ce qui dépasse un revenu approximatif de 1,6 milliard de dollars, exactement le niveau actuel des revenus.
Ferrari est la seule équipe de la grille à recevoir un bonus historique pour avoir participé à toutes les saisons depuis 1950
Photo de: Erik Junius
Par le passé, James Vowles, directeur de l'écurie Williams, avait d'ailleurs reconnu : "Je pense que Ferrari apporte quelque chose de particulier à la F1. Nous devons être honnêtes à ce sujet. Si on demande à une personne lambda qui elle connaît en Formule 1, Ferrari est toujours un nom qui se démarque. C'est la vérité qui se cache derrière. Ils apportent un certain niveau d'héritage et de reconnaissance à la F1. Je pense donc qu'il y a une raison pour laquelle ces choses existent."
Le droit d'entrée en F1 (657 837 $ par an jusqu'en 2025) et le plafond des coûts (135 millions de dollars par an) sont d'autres conditions incluses dans les Accords Concorde. Mais tout n'est pas que financier, car le contrat énonce également l'obligation pour les écuries de participer à toutes les courses et aide à toute modification éventuelle de la réglementation.
Les Accords Concorde sont donc essentiels au fonctionnement quotidien de la F1 et doivent être signés par toutes les équipes du championnat. Il est décidé au moment de la signature combien de temps ces Accords Concorde spécifiques dureront, période pendant laquelle les équipes doivent rester engagées dans le championnat si elles ont signé le contrat.
Depuis quand les Accords Concorde existent-ils ?
Les premiers Accords Concorde ont été signés en 1981 pour tenter de mettre fin au conflit entre la Fédération Internationale du Sport Automobile (FISA) et l'Association des Constructeurs de Formule 1 (FOCA), communément appelé la guerre FISA-FOCA.
La bataille a débuté à la fin des années 1970, lorsque les deux organisations sportives, aujourd'hui disparues, se sont battues pour avoir le contrôle du championnat. La FISA, alors instance dirigeante du sport automobile, était dirigée par le président Jean-Marie Balestre, tandis que Bernie Ecclestone dirigeait la FOCA avec Max Mosley comme conseiller juridique.
La FOCA était une sorte de syndicat des équipes non officielles, qui estimaient que la FISA avait un parti pris en faveur des grands constructeurs comme Ferrari, Renault et Alfa Romeo. Le conflit a atteint son paroxysme en 1980, lorsque les équipes de la FOCA ont boycotté les briefings obligatoires des pilotes pour les Grand Prix de Belgique et de Monaco, afin de protester contre la répartition des revenus de la F1.
Enzo Ferrari entouré de Bernie Ecclestone et Jean-Marie Balestre lors du renouvellement des Accords Concorde en 1987.
Photo de: Ercole Colombo
Des amendes ont été infligées en conséquence, et la FISA a ensuite déclaré qu'elle retirerait les licences de course en cas de non-paiement de celles-ci. La FOCA a alors menacé de se retirer du Grand Prix d'Espagne, organisé deux semaines seulement après Monaco, ce qui aurait été un désastre pour la FISA si seulement trois équipes avaient participé à l'épreuve.
Cette possibilité semblait bien réelle jusqu'à ce que Juan Carlos, roi d'Espagne de 1975 à 2014, ordonne la tenue de la course. Mais elle a été organisée sans l'aval de la FISA, ce qui a entraîné le retrait des équipes participantes et de l'événement à proprement parler, qui est devenu une course hors championnat.
Le conflit a également conduit le fournisseur de pneumatiques Goodyear à menacer de quitter la F1 à la fin de la saison 1980, ce qui aurait causé de graves préjudices à la discipline. Ecclestone a donc organisé une réunion avec les directeurs d'équipe et les représentants de la FISA au siège de la FIA, place de la Concorde à Paris, d'où le nom du contrat, qui a conduit à la signature des premiers Accords Concorde.
Le conflit entre la FISA et la FOCA s'est en grande partie réglé, car une répartition plus équitable des revenus a été convenue, ainsi qu'une structure pour les changements réglementaires à venir et l'obligation pour les équipes de participer à chaque course. Les premiers Accords Concorde ont duré jusqu'en 1987, lorsqu'Ecclestone a créé Formula One Promotions and Administration, plus tard connue sous le nom de FOM, pour gérer les droits de télévision des équipes.
Ces deuxièmes Accords Concorde ont duré jusqu'à la fin de l'année 1991, le troisième contrat étant signé pour l'année suivante et couvrant les saisons 1992 à 1996. Mais les quatrièmes Accords Concorde n'ont duré qu'un an car ils ont été rejetés par McLaren , Williams et Tyrrell, qui s'étaient indignés de voir qu'en tant que président de la FOCA, Ecclestone avait transféré les droits commerciaux de la F1 à sa société Formula One Administration.
Les trois équipes ont perdu des revenus en conséquence, mais les cinquièmes Accords Concorde ont été signés pour 1998 afin de satisfaire McLaren, Williams et Tyrrell après avoir trouvé un compromis. À ce jour, les cinquièmes Accords Concorde sont ceux qui ont duré le plus longtemps car un sixième contrat n'a été signé qu'en 2009, ce qui a mis fin au conflit FIA-FOTA.
La Formula One Teams Association (FOTA) était un groupe d'équipes de F1 (Ferrari, McLaren, Renault, Toyota, BMW-Sauber, Brawn GP, Red Bull et Toro Rosso ) qui menaçaient de former un championnat dissident en 2010. Cette décision est intervenue après que la FIA ait tenté d'imposer de nouvelles réglementations, notamment un plafond budgétaire optionnel dans le contexte de la crise financière de 2007-2008. Ceux qui auraient choisi d'utiliser le plafond budgétaire auraient bénéficié d'une plus grande liberté technique et de conception, et les équipes ont donc pensé que cela créait essentiellement deux ensembles de règles pour le championnat.
McLaren était au cœur des désaccords dans les années 1990.
Photo de: Motorsport Images
La menace semblait bien réelle et la FOTA avait même divulgué un projet de calendrier pour son championnat. Les sixièmes Accords Concorde ont donc apporté une stabilité bien nécessaire à la F1 et contenaient des propositions revues pour les changements de réglementation qui sont entrés en vigueur en 2010. En réalité, il s'agissait simplement d'une continuation des cinquièmes Accords Concorde et ils ont été signés par toutes les équipes à l'exception de BMW, qui a quitté la F1 à la fin de la saison 2009.
Les sixièmes Accords Concorde ont duré jusqu'à la fin de l'année 2012, mais les septièmes n'ont été signés qu'en juillet 2013, et ne sont entrés en vigueur que deux mois plus tard. Selon Ecclestone, ils ont permis aux équipes de s'impliquer davantage dans le processus d'élaboration des règles.
Le septième contrat a expiré fin 2020, et le huitième a complètement révolutionné la F1. Il s'agissait des premiers Accords Concorde signés sous la propriété de Liberty Media et ils ont introduit le tout premier plafond budgétaire de la F1, qui a commencé à 145 millions de dollars par saison avant de baisser de 5 millions de dollars chaque année jusqu'à s'établir à 135 millions de dollars à partir de 2023. Cela a été fait pour encourager une plus grande parité sur le plateau, car les principaux constructeurs avaient environ quatre fois le budget des équipes de fond de grille.
Ces changements se sont avérés cruciaux pour confirmer l'engagement de nombreuses équipes, dont l'avenir était incertain en raison des négociations menées en pleine pandémie de COVID-19. C'était donc une période préoccupante pour beaucoup, et l'importance de la signature par les 10 équipes des huitièmes Accords Concorde et de la confirmation de leur adhésion au moins jusqu'à la fin de 2025 ne peut être sous-estimée.
Quid des nouveaux Accord Concorde ?
Les neuvièmes Accords Concorde, officiellement signés vendredi 12 décembre, entreront en vigueur pour la saison 2026, afin de coïncider avec les changements réglementaires qui vont remanier le groupe motopropulseur. Bien que l'on ne sache pas encore très bien ce qui est détaillé dans le contrat, Motorsport.com a révélé que Ferrari conservera son bonus historique, mais qu'il devrait être plafonné à 5%.
L'arrivée de Cadillac modifie le partage du gâteau.
Photo de: FIA
Cela survient alors que le PDG du championnat, Stefano Domenicali, a déclaré que la priorité était de livrer un contrat qui ne s'écarte pas beaucoup du dernier. "Le point le plus important est de maintenir la situation aussi stable que possible", assurait-il ces derniers mois.
Ces accords, finalement établis jusqu'en 2030, permettent aussi d'inclure l'arrivée de Cadillac, qui sera la onzième écurie du plateau dès l'an prochain. D'après les informations de Motorsport.com, la F1 et ses écuries se sont engagées à payer collectivement une somme plus élevée à la FIA, en échange de quoi l'instance devrait investir davantage pour améliorer et professionnaliser davantage sa gestion des Grands Prix, par exemple au niveau des commissaires.
Des modifications ont aussi été décidées en matière de gouvernance, et notamment pour les quotas en cas de vote en Commission F1, avec plus de souplesse concernant les notions de majorité et de super majorité.
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