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Les pilotes MotoGP trop divisés pour créer une association ?

Plusieurs pilotes évoquent un besoin d'avancer plus unis face aux instances dirigeantes en MotoGP. Mais ils ont presque tous délaissé la commission de sécurité, peut-être pas adaptée à ces discussions, et semblent trop dispersés pour créer enfin une association pour les représenter.

Luca Marini, Honda HRC, Fabio Di Giannantonio, VR46 Racing Team, Francesco Bagnaia, Ducati Team

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Rassembler les pilotes est régulièrement vu comme une nécessité, afin d'évoquer des questions liées à la sécurité, avec l'arrivée d'au moins un circuit urbain, ou déterminer des orientations du MotoGP, à l'heure où Liberty Media débarque. Pendant un week-end de Grand Prix, la commission de sécurité est justement l'occasion de le faire tous les vendredis soir, mais ce cadre n'est aujourd'hui plus satisfaisant.

Ce rendez-vous, sur le même modèle que le briefing qui existe en F1, permet aux pilotes d'évoquer directement des problématiques liées à une piste, après avoir roulé pendant deux séances quelques heures plus tôt, ou de soulever tout autre question. Mais cette commission est de plus en plus boudée par les pilotes, très voire trop occupés pendant les week-ends.

Lors des derniers Grands Prix, ils n'étaient ainsi plus qu'une poignée à s'y rendre. Enea Bastianini, par exemple, assume son absence, pas seulement justifiée par le manque de temps. "C'est très difficile de parler en commission de sécurité", expliquait le pilote Tech3 à Jerez. "On parle tout le temps de sécurité, mais il n'y a pas toujours de changements. Ça me déçoit un peu. Cette année, je ne suis jamais allé en commission de sécurité, parce que je n'ai sincèrement pas vu de grosse différence."

D'après Luca Marini, l'un des rares à se rendre encore régulièrement en commission de sécurité avec Pecco Bagnaia et Jack Miller, le championnat fait des efforts pour avoir une "communication vraiment transparente" avec les pilotes, mais il reconnaît que les sujets liés à la sécurité n'ont plus une grande importance lors des réunions du vendredi.

"Selon moi, la commission de sécurité est très bonne pour que l'on communique avec la Dorna et que l'on cherche des solutions", a commenté le pilote Honda. "Tout a évolué au cours des années, la Dorna a fait un travail fantastique : la sécurité dans son ensemble, les circuits, se sont beaucoup améliorés."

Luca Marini aimerait un plus grand dialogue entre les pilotes.

Luca Marini aimerait un plus grand dialogue entre les pilotes.

Photo de: Marc Fleury

"Il n'y a plus beaucoup de sujets de discussion parce que sur les pistes que nous avons depuis de nombreuses années, ils ont fait de gros progrès. Peut-être que sur un nouveau circuit, il y a beaucoup de choses à dire."

"Il y a certains pilotes qui ne veulent pas parler parce qu'on n'a pas le temps pendant les Grands Prix", a-t-il ajouté. "C'est difficile avec le stress parce qu'actuellement, le MotoGP est très exigeant mentalement et qu'il faut s'en occuper. On ne veut pas [participer], on renonce, parce que ça fait une chose de moins sur la liste des choses stressantes qu'un pilote MotoGP peut avoir."

C'est exactement pour cette raison que depuis environ un an, Pedro Acosta fait l'impasse sur les réunions. "J'ai suffisamment de problèmes dans le garage pour trouver le temps d'y aller", a assuré l'Espagnol. "Quand il y a un sujet dont il faut parler, j'y vais, aussi pour voir ce que disent les autres. Mais il n'y avait rien de très intéressant dans les dernières courses, alors je n'y suis pas allé."

"Il faut que ça existe parce qu'au final, c'est nous qui risquons nos vies, pas ceux qui sont dans les bureaux", a reconnu Acosta. "C'est important de leur exprimer notre point de vue."

Une association nécessaire... mais dure à mettre en place

Pour Marini, imposer une présence en commission de sécurité ne résoudrait rien : "Avant, on était 20 et c'était plus chaotique qu'en étant trois ou quatre. Il faut peut-être qu'on s'unisse avec un représentant qui pourrait plus discuter avec l'organisation."

"Mais on a essayé plusieurs fois de le faire et ce n'est pas possible actuellement, donc on verra à l'avenir. Mais ce n'est pas un problème de nombre, c'est juste qu'il faut qu'on soit plus unis."

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Les pilotes sont pourtant globalement d'accord sur l'actuel manque de communication, pas tant avec le championnat mais plus entre eux, afin d'avancer d'une voix unie. Mais comme Marini l'a expliqué, nommer un représentant ou mettre en place une association reste difficile

En Formule 1, cette association, le GPDA, existe depuis longtemps. L'ancien pilote Alex Wurz a joué un rôle important pour la structurer et l'idée de confier un rôle similaire à Andrea Dovizioso avait été évoquée après sa retraite, sans se concrétiser. Bastianini souhaite remettre le dossier sur la table.

"Il faut faire quelque chose de différent. Il y a deux ans, on a commencé [à discuter] de quelque chose de nouveau pour les pilotes. Il y a une [association] pour les équipes, l'IRTA, mais rien pour les pilotes. Sauf que tous les pilotes ne se plaignaient pas de la situation, alors c'était dur à comprendre. Selon moi, c'est avant tout pour la sécurité, et aussi pour beaucoup d'autres choses. J'espère qu'on aura ça à l'avenir, parce que ça changerait complètement les choses pour nous."

Même entre pilotes, on n'est pas toujours d'accord.

Fabio Quartararo confirme ce besoin mais selon lui, mettre en place de telles initiatives se heurte à un manque de consensus sur les décisions à prendre. "C'est très compliqué", a estimé le champion du monde 2021. "Même entre pilotes, on n'est pas toujours d'accord. Par exemple, quand il pleut en Inde, certains disent qu'il ne faut pas rouler, puis deux pilotes décident de rouler, et finalement tout le monde suit."

Fabio Quartararo sent un manque d'unité entre les pilotes.

Fabio Quartararo sent un manque d'unité entre les pilotes.

Photo de: MotoGP Sports Entertainment Group

"Ce n'est pas tant une question d'association, mais plutôt d'accord collectif, et ça, c'est difficile. C'est pour ça que je ne vais pas en commission de sécurité, sauf pour les sujets vraiment importants."

Luca Marini confirme lui aussi un manque d'unité dans les opinions des pilotes : "Selon moi, le problème est que nous ne pouvons pas être tous unis en tant que pilotes. C'est vraiment difficile d'avancer dans la même direction avec les mêmes idées, parce que chacun à les siennes."

"Je pense que c'est la même chose dans tous les boulots, mais ça serait fantastique si les pilotes pouvaient avoir une meilleure communication et une meilleure relation entre eux. Aujourd'hui, il y a un grand respect entre tout le monde, mais il faut un état d'esprit plus ouvert."

Avec Téha Coubon

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