Test Pirelli : les intérêts des pilotes sont-ils mal défendus ?
Tenus à l'écart des tests organisés avec les pneus Pirelli en cours de développement pour 2027, certains pilotes MotoGP dénoncent une préparation inéquitable et déplorent une nouvelle fois l'absence d'une association visant à défendre leurs intérêts.
Photo de : Motorsport.com
Lundi, au lendemain du GP d'Autriche, se tiendra un nouveau test dédié aux pneus Pirelli et ouvert aux titulaires des équipes MotoGP, en plus des pilotes de développement de chaque constructeur. Il s'agira de la seconde journée de ce type organisée en cours de saison, après celle qui s'est tenue au mois de juin à Brno.
Seulement, la participation effective des pilotes dépend beaucoup de leur contrat 2027 et du bon vouloir des constructeurs. Ceux qui ne changent pas de marque sont autorisés sans difficulté à prendre part à cette journée, alors que les autres doivent obtenir l'autorisation de leur employeur actuel puisque réaliser un tel test leur permet de découvrir, en partie au moins, les motos développées pour répondre au futur règlement.
Ainsi, on a pu voir Pedro Acosta sur la KTM à Brno, de même que Joan Mir et Luca Marini avec la Honda, alors même qu'on les sait en partance pour la concurrence. Pour autant, l'Italien a indiqué n'avoir aucune explication quant au fait qu'il ne sera pas de la partie ce lundi : "Je n'en ai aucune idée. S'ils m'avaient demandé de rouler, évidemment j'aurais été content parce qu'au final, ça aurait été positif pour moi aussi. Mais d'autres choix ont été faits, je l'accepte."
"J'aurais bien aimé essayer les pneus Pirelli, y compris ici lundi prochain", a quant à lui fait savoir Enea Bastianini, qui passera de KTM à Aprilia en 2027 sans avoir obtenu l'autorisation de réaliser ces tests. "J'ai essayé de [négocier] avec KTM pour voir s'il était possible d'essayer la moto, mais ils m'ont finalement dit non."
Seront présents lundi des pilotes qui resteront liés à leur marque, à l'image de Marc Márquez, Marco Bezzecchi et Toprak Razgatlioglu qui ont déjà pu rouler à Brno, ainsi que certains rookies comme Nicolò Bulega qui participe déjà activement aux tests de développement de Ducati et engrange une expérience qui fait grincer quelques dents.
Pedro Acosta a pu participer au test du mois de juin avec les pneus Pirelli.
Photo de : Pirelli
Mais ce qui agace surtout certains pilotes, c'est que ceux qui auront été exclus de ces journées de piste ne découvriront finalement les pneus Pirelli que le 1er décembre prochain, lorsque débutera l'intersaison au surlendemain du dernier Grand Prix.
Or, il apparaît aujourd'hui que, plus que la réduction de la cylindrée ou des aides, le passage de Michelin à Pirelli constituera le changement le plus fort de 2027, susceptible de profondément chambouler les habitudes des pilotes. Ceux qui n'auront aucune expérience de ces produits risquent donc de partir avec un désavantage dont les conséquences pourraient être lourdes.
"En une journée seulement, il sera très compliqué de comprendre comment sera l'avenir avec les Pirelli", juge Bastianini. "Et je sais qu'il y a des pilotes qui seront avantagés, comme ceux qui viennent du Moto2 et Nicolò qui passera du Superbike au MotoGP."
La crainte de mauvaises conditions à Valence
L'inquiétude est décuplée par le fait que le premier test collectif de l'intersaison se tiendra le 1er décembre à Valence. Une date plus tardive que jamais pour ce rendez-vous traditionnel, conséquence du déplacement du dernier Grand Prix du championnat pour libérer une place pour le Qatar - ce qui se révélera probablement inutile au final, puisque l'épreuve de Losail est susceptible d'être annulée.
On pressent donc que les conditions seront peu favorables. À cette époque de l'année, les températures sont fraîches sur le circuit espagnol, ce qui va vraisemblablement réduire la fenêtre de roulage. "On va se rendre à Valence sans jamais avoir testé les Pirelli, on aura une journée de test. Et s'il pleut, qu'est-ce qu'on fait ?", interroge Bastianini.
Pirelli équipera le MotoGP à partir de 2027.
Photo de : Motorsport.com
"Le fait d'avoir une association de pilotes pourrait aider dans certaines circonstances", ajoute l'Italien, dépité de constater ce déficit d'expérience qui se crée et dont il sera l'une des victimes. "À mon avis, ça n'est pas juste d'aller là-bas sans avoir essayé les pneus. On aurait dû rendre possible et obligatoire pour tous les pilotes MotoGP, au moins ceux de l'année prochaine, d'essayer les pneus."
L'avis du pilote de Rimini est partagé par Fabio Di Giannantonio, qui se prépare à passer de Ducati à KTM et reste lui aussi sur la touche. "C'est dommage parce qu'on n'a pas d'association des pilotes ou quoi que ce soit de ce genre actuellement. Ceci dit, dans une association il pourrait aussi y avoir des pilotes qui s'opposent", rappelle le Romain, plutôt agacé par la situation.
"Je ne suis pas content de ce qu'il se passe, parce qu'on n'aura que quatre jours pour comprendre une nouvelle moto, et dans mon cas une nouvelle équipe, ainsi que les nouveaux pneus. Je sais que Fabio Quartararo a dit que pour lui, quatre journées sur la moto étaient suffisantes mais sincèrement, je pense qu'il faudrait être très chanceux pour trouver des réglages parfaits, un équilibre parfait et que tout soit parfait en quatre jours, puis gagner la première course."
"Actuellement, Bulega est celui qui a le plus d'expérience sur la nouvelle moto. D'autres pilotes vont tester la nouvelle moto, et ils auront un avantage aussi. Me concernant, j'aimerais avoir plus de temps pour être le plus préparé possible pour la première course, donc pour le moment ce n'est pas équitable pour tout le monde", grogne Di Giannantonio.
Tout cela ne plaît pas beaucoup à Enea Bastianini.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
En plus des conditions peu favorables auxquelles s'attendent les pilotes pour le test de Valence, la donne est compliquée par le fait qu'ils doivent faire face à une limite jamais connue dans leur préparation. Outre ces tests menés dans le courant de l'année et dont certains auront été exclus, le programme des essais hivernaux a en effet été réduit pour ne laisser que cinq jours à la plupart, et jusqu'à sept pour les rookies en comptant le shakedown qui leur est réservé.
Une solution est-elle encore possible ?
La question, si elle n'est pas nouvelle, semble se faire plus pressante à mesure qu'approche l'échéance et que grimpe l'agacement des laissés pour compte. "Je ne sais pas pourquoi les organisateurs n'ont pas pensé à [décider que] tous les pilotes avaient besoin de tester les Pirelli. Pas seulement un pilote par constructeur, mais tous", se lamente Bastianini.
"Il n'était pas obligatoire de nous faire rouler avec la 850cc, juste de nous permettre de livrer un feedback et de comprendre à quoi s'attendre pour l'année prochaine et sur quoi travailler. Ça peut sembler être un petit avantage, mais à mon avis il est assez important."
"Ça aurait été un avantage pour tout le monde, pas juste pour moi. J'aurais pu essayer la moto et fournir des commentaires à l'usine, et moi j'aurais pu essayer les pneus pour le futur. À mon sens, ça aurait avantagé tout le monde, les constructeurs comme les pilotes."
"C'est une situation difficile et je pense que les parties prenantes ne peuvent pas faire grand-chose", constate Di Giannantonio, "à part le MotoGP lui-même qui pourrait décider du temps dont un pilote peut disposer avant la première course."
Fabio Di Giannantonio découvrir la KTM et les pneus Pirelli au mois de décembre.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Oui, la réponse appartient au championnat. Faudrait-il, par exemple, que les titulaires aient le droit de participer au shakedown du mois de janvier ? "J'espère vraiment, il faut que l'on essaie. J'espère vraiment, au minimum", acquiesce Di Giannantonio, à qui Bastianini ainsi que Marini font écho.
"À mon avis, même une seule journée peut faire la différence", juge ce dernier, non sans nuancer la situation actuelle : "Il est vrai aussi que tant que ce ne seront pas les bons pneus, ça a peut-être un peu moins de valeur. Au sens où, si Pirelli était déjà prêt et apportait ici lundi les pneus avec lesquels on commencera le championnat l'année prochaine, alors effectivement plus on fait de jours et mieux c'est."
"Au lieu de ça, ils sont encore en phase de développement. Ils sont déjà bien avancés, mais je ne pense pas qu'ils en soient déjà au stade de pouvoir dire : 'OK, on est bons, voilà les pneus pour l'année prochaine'. Donc ça ne fait rien de perdre une journée de test [pour le moment]."
L'ouverture hypothétique du shakedown du test de Sepang à l'ensemble des pilotes titulaires demanderait une modification du règlement, ce rendez-vous étant réservé aux pilotes débutants et aux essayeurs. Voilà qui pourrait donc mener à une demande expresse de la part des pilotes. Mais ainsi que l'ont souligné les Italiens, il faudrait une union solide de leur part pour espérer faire changer le règlement, et c'est précisément ce qui a manqué jusqu'à présent.
Avec Vincent Lalanne-Sicaud
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