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L'Arrows A23, le châssis aux quatre vies

En janvier 2002, la petite équipe Arrows met en piste une monoplace qui attire le regard des plus fins observateurs. Cependant, personne n’aurait pu prédire le singulier destin qui attendait l'A23...

Une monoplace innovante

Dans sa décoration encore provisoire, l'A23 dévoile une ligne élégante, aux pontons galbés et au nez inhabituellement haut pour l’époque, alors que la tendance est aux museaux plongeants, tel qu’aperçu sur la Ferrari F2001, qui dominait la saison précédente.

Ce nez surélevé favorise l’efficacité aérodynamique, en guidant un flux d’air plus "propre" vers le diffuseur. Cette solution est permise grâce à un système astucieux de double quille, qui dégage un espace considérable sous le museau de l'A23 : les triangles de suspensions avant sont attachés sur deux quilles différentes, de part et d’autre de l'Arrows, plutôt que sur une quille unique, plus volumineuse et en position centrale, sous le nez de la monoplace. L'équipe de Leafield doit cette innovation à Sergio Rinland, transfuge de chez Sauber, qui avait déjà expérimenté cette solution avec l'équipe suisse.

Tout cela ne peut masquer les difficultés financières de l’équipe dirigée par Tom Walkinshaw : un imbroglio avec Cosworth force l’écurie à manquer les premières séances d’essais, le motoriste refusant de fournir ses V10 après de nombreux impayés… La situation se décante provisoirement et les voitures orange (couleur héritée du sponsor principal) sont présentées à la hâte lors de la première manche de la saison 2002, à Melbourne.

Si financièrement, les choses empirent, sur la piste, Heinz-Harald Frentzen s’en tire avec les honneurs : toujours performant en qualifications, il marque le point de la sixième place en Espagne et à Monaco. Malheureusement, en plus d’être peu fiable, le moteur Cosworth a un coût que l’équipe de Tom Walkinshaw ne peut plus couvrir, et Arrows doit se retirer de la Formule 1 après le Grand Prix d'Allemagne.

Deux deuxièmes vies

Quelques mois plus tard, Paul Stoddart, l'homme d’affaires australien à la tête de la petite Scuderia Minardi, rachète les Arrows A23 et envisage d'utiliser ce modèle conçu en 2001 pour participer à la saison 2004 et remplacer la peu performante PS03. Après une séance d'essais au Mugello avec Jos Verstappen, l'A23 produit des temps au tour similaires à ceux de la PS03, et cette idée est abandonnée.

L'épisode Minardi écourté, la fin de carrière pour la vénérable A23 semble tout écrite. C'est sans compter sur l'arrivée tardive et perturbée de la nouvelle écurie nippone Super Aguri. Alors que la volonté initiale d'Aguri Suzuki était d'utiliser le châssis de la BAR007 de 2005. Néanmoins, le règlement impose à toutes les nouvelles équipes de fabriquer leur propre châssis. Super Aguri, maintenant dans les anciens locaux d'Arrows, décide d’adapter l'A23, vieille de cinq ans, à la règlementation 2006.

Logiquement, la voiture est dépassée et affiche en général entre cinq et sept secondes de retard sur la pole position. Takuma Sato produit des prestations honorables, mais le deuxième pilote, Yuji Ide, est complètement inadapté pour la Formule 1, au point que la FIA "suggère" à Aguri Suzuki de remplacer le Japonais après seulement quatre Grands Prix.

Au fil de la saison 2006, l'A23, devenue SA05 puis SA06, va évoluer considérablement. Le V10 Cosworth est remplacé par un V8 Honda, les ailerons sont revus, les pontons retravaillés et bon nombre d’appendices aérodynamiques font leur apparition sur l’antique monoplace.

C’est ainsi que l'Arrows A23 s’est retrouvée sur la grille de départ cinq ans après ses débuts en piste. Singulier destin d'une F1 jadis prometteuse et qui paradoxalement, n'a jamais eu l’occasion de développer tout son potentiel.

Voir aussi :

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