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Bilan mi-saison - Des victoires et des questions pour Red Bull

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Bilan mi-saison - Des victoires et des questions pour Red Bull
Guillaume Navarro
Par : Guillaume Navarro
13 août 2018 à 18:00

Red Bull donne des ailes, mais Daniel Ricciardo déserte. Les points d'interrogation sur un avenir avec le moteur Honda n'y sont pas pour rien.

Si l'on s'en tient strictement aux positions au Championnat du monde du monde à la trêve estivale, il n'est pas surprenant de trouver Red Bull en troisième position, et ses pilotes Daniel Ricciardo et Max Verstappen respectivement cinquième et sixième. Il est en revanche certain que l'équipe dispose du potentiel pour être bien plus proche de Mercedes et Ferrari d'un point de vue comptable et que peu manque pour assister à une superbe lutte à six autos pour la victoire et les places sur le podium week-end après week-end.

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Jusqu'à présent, l'équipe basée à Milton Keynes a une nouvelle fois tenu son rang de seul team capable de remporter des courses lorsque Mercedes et Ferrari ne sont pas en mesure de s'attribuer les lauriers. 25% des GP 2018 sont tombés dans la besace du team au Taureau Rouge (un tiers après l'Autriche) et pourtant, le cœur n'y est pas tout à fait dans le clan dont l'ambition est de se battre pour les couronnes mondiales et qui se sait fortement retenu par le manque de vigueur de l'unité de puissance Renault. La propulsion cliente concède trop de terrain en ligne droite et ne permet pas à ses pilotes de se battre pour la pole position, forçant bien souvent ses hommes à surpiloter ou tenter des stratégies décalées, sans même parler des pénalités déjà accumulées sur la grille pour cause de fiabilité. Et cela n'est peut-être pas parti pour s'arranger.

Une pole après laquelle court encore Max Verstappen, qui a jusqu'à la fin de cette saison 2018 pour espérer battre le record de précocité établi par Sebastian Vettel dans l'exercice. La pointe de vitesse du Néerlandais dans l'exercice des qualifications est évidente, mais sans "party mode" et avec un handicap évident en ligne droite, la fougue ne suffit plus.

Daniel Ricciardo, Red Bull Racing RB14

Daniel Ricciardo, Red Bull Racing RB14

Photo de: Zak Mauger / LAT Images

Max Verstappen, Red Bull Racing

Max Verstappen, Red Bull Racing

Photo de: Manuel Goria / Sutton Images

Le savoir-faire stratégique et la capacité de Red Bull à exploiter au mieux les pneumatiques en course ne sont plus suffisants non plus, et une statistique simple de qualifications suffit à illustrer pourquoi le team ne peut jouer à la régulière contre ses rivaux désignés : depuis l'introduction des moteurs hybrides V6 1.6L turbo, Red Bull n'a signé que deux poles (Ricciardo), toujours à Monaco, un circuit sur lequel la puissance moteur est clairement secondaire. Pire, signer une quatrième position sur la grille, suggérant que l'une ou l'autre des Ferrari ou Mercedes a été battue, relève de la réelle performance. Peu, cependant, remarquent celle-ci, au grand dam d'un Christian Horner dont la communication plaintive mais justifiée passe mal auprès de nombreux fans. Mais comment en vouloir à Red Bull d'envisager toute autre solution – même radicale – après cinq saisons lors desquelles son fournisseur n'a pas été en mesure de se placer au niveau de Mercedes et Ferrari, et ne montre pas de signe solide quant à sa capacité à changer les choses à moyen terme ?

Un team uni... jusqu'au départ de Ricciardo

Pour ceux qui douteraient des qualités de Red Bull au sujet de ce qui est sous contrôle direct de Milton Keynes en matière d'exploitation, d'organisation ou de rythme de développement, cependant, rappelons que l'équipe évolue près de 1,5 seconde au tour en moyenne plus vite que l'équipe d'usine Renault, désormais dans sa troisième année de relance post-Lotus, et deux secondes au tour plus vite que McLaren, qui disposent de la même unité de puissance en provenance de Viry-Châtillon. On notera aussi que la stabilité du staff technique du team est exemplaire, à l'heure où même Mercedes a le plus grand mal à conserver à la maison sa matière grise. Mais ce n'est pas le genre de la maison de se targuer de mini-réalisations ou de sur-communiquer à mi-chemin d'objectifs assumés, et rien d'autre que la lutte pour les couronnes mondiales n'intéresse une structure qui n'a ainsi d'autre choix que de se lancer dans une nouvelle aventure osée à compter de 2019 avec un nouveau partenaire moteur. Une décision qui, associée au fait d'avoir ostentatoirement montré parier sur Verstappen pour le futur, a poussé Ricciardo vers la sortie.

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Après 12 manches, Daniel Ricciardo, double vainqueur en Chine et à Monaco, totalise 118 points. Moins qu'au même stade de ses saisons 2017 et 2016, où il comptait respectivement 132 et 133 points après autant de courses. Si quelques-uns furent perdus contre la monoplace de son équipier Verstappen dans un contact malheureux à Bakou, synonyme de double élimination qui aurait pu mettre le feu aux poudres dans le team, l'Australien a trop souvent semblé être neutralisé par des coups du sort l'excluant de la lutte avant même que les feux ne s'éteignent le dimanche après-midi. La fébrilité de Red Bull a finalement été apparente lorsqu'il est devenu évident qu'il saisirait toute perche potentiellement tendue par Mercedes ou Ferrari. L'équipe, elle, sait qu'un package "Verstappen/tout autre pilote" sera une autre paire de manches en 2019.

Max Verstappen, Red Bull Racing et Pierre Gasly, Toro Rosso

Max Verstappen, Red Bull Racing et Pierre Gasly, Toro Rosso

Photo de: Glenn Dunbar / LAT Images

Max Verstappen, Red Bull Racing RB14

Max Verstappen, Red Bull Racing RB14

Photo de: Andrew Hone / LAT Images

Car Verstappen fut bien souvent le premier à se neutraliser lui-même en début de saison, enfilant les approximations comme autant de perles dans un style sans compromis faisant aussi de lui l'un des pilotes les plus excitants à suivre de ces dernières décennies lorsque tout se met correctement en place. Et c'est sans doute d'une certaine façon grâce au fait que Red Bull évolue actuellement dans un no man's land entre la tête et le reste du plateau que le management de l'équipe a pu permettre à sa perle de lester parfois de manière exaspérante un bilan comptable grandement perfectible. Elle n'aura plus ce luxe en 2019. C'est cependant cette confiance mutuelle et ce soutien inconditionnel qui ont permis au clan Verstappen de lier son destin à celui d'une équipe présentant encore de gros points d'interrogation quant à sa capacité à se présenter comme un candidat aux titres mondiaux avant le prochain changement de réglementation technique majeur.

La seconde moitié de saison 2017 a prouvé à quel point Red Bull est capable de jouer les arbitres d'une partie où les enjeux deviennent de plus en plus importants pour les leaders, notamment grâce à un travail de développement soutenu. Néanmoins, difficile d'imaginer l'équipe en mesure de signer de nouveaux succès avant Singapour cette année, tandis que la reprise de la saison se fera à Spa et Monza – deux circuits où le déficit de puissance se fera cruellement sentir.

Reste donc pour Ricciardo et Verstappen quelques exercices de danse de la pluie, du show et des dépassements, la mesure interne de leurs performances respectives en qualifications et en course, et l'objectif de surpositionner leur monoplace à l'arrivée en battant l'un ou l'autre des "lieutenants" finlandais des top teams, voire mieux. Avant un grand saut dans l'inconnu pour toutes les parties concernées…

 
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Auteur Guillaume Navarro
Type d'article Analyse