Le sort de Williams, symptôme d'une F1 impitoyable

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Le sort de Williams, symptôme d'une F1 impitoyable
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25 févr. 2019 à 12:38

Les efforts de Williams pour construire sa voiture à temps n'ont pas été reconnus à leur juste valeur, et c'est compréhensible, car l'équipe a manqué les deux premières journées d'essais. En F1, la moindre imperfection devient une faiblesse majeure.

Tel le temps, tel le reflux des marées, la Formule 1 n'attend personne. Williams s'en est rendu compte à ses dépens la semaine dernière, quand la légendaire écurie britannique a eu toutes les peines du monde à faire rouler sa voiture lors du premier test de pré-saison à Barcelone.

Finalement, grâce à un effort gigantesque des techniciens à Grove, Williams a pu se précipiter à l'aéroport de Birmingham, prendre un Antonov AN-26B qui a atterri à l'aéroport de Gérone à 2h15, avant d'arriver au circuit à 4h. George Russell a ainsi fait ses premiers tours de roue mercredi après-midi.

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Dans nombre d'autres industries, un léger retard dans le lancement d'un produit serait toléré sans sourciller. En réalité, c'est fréquent pour les smartphones, les films ou les jeux vidéo, par exemple. Quand cela se produit, la plupart des gens haussent les épaules et attendent ; c'est la vie.

Or, en Formule 1, nul ne peut se permettre une attitude si sereine. Dans un championnat si relevé, il n'y a pas de seconde chance : si vous ratez le train, il n'y en aura pas d'autre ensuite.

Mal calculer le calendrier de production d'une voiture peut rapidement faire boule de neige avec du retard dans sa construction, et c'est là que la perspective d'une participation à la première journée d'essais s'affaiblit. Toutes les écuries connaissent le stress de ces délais particulièrement restreints, mais chez Williams, on s'est rendu compte que l'on avait fait fausse route.

George Russell, Williams FW42

"Nous avons compris assez tard que nous n'allions pas être prêts pour le shakedown, ni pour la première journée [d'essais]", commente la directrice d'équipe adjointe, Claire Williams. "Nous pensions pouvoir obtenir tout ce dont nous avions besoin pour être en piste mardi, mais les pièces n'arrivaient pas comme espéré ni aussi vite qu'espéré ou prévu."

"Mais je ne vais pas entrer dans les détails de pourquoi c'est arrivé. Je ne pense pas qu'il soit approprié de discuter des raisons de cet échec. Nous n'avons de toute façon pas fini d'analyser ce qui s'est passé à Grove. Nous sommes clairement conscients de certains problèmes, mais il est trop tôt pour commencer à en discuter dans le moindre détail, et c'est probablement quelque chose que nous ne ferions pas de toute façon. Nous devons résoudre les problèmes que nous avons eus pour qu'ils ne se reproduisent pas."

Williams n'est pas la seule équipe à avoir rencontré des difficultés dans sa préparation pour les premiers essais : c'est également le cas de Renault, qui a failli ne pas pouvoir effectuer son shakedown avec la R.S.19. Son directeur technique Nick Chester a exprimé de la compassion pour Williams – pour le commun des mortels, il n'est pas évident de comprendre à quel point construire une nouvelle voiture est difficile.

"Oh oui, absolument. C'est vraiment difficile", assure Chester. "Tant que vous n'avez pas vécu plusieurs constructions de voitures, vous ne réalisez pas à quel point c'est difficile et le nombre de pièces qui sont fournies à la dernière minute."

"Les gars de la production font un travail absolument fantastique et ils réalisent des milliers de pièces dans une période de deux ou trois semaines. Ils ont tout qui tourne quasiment en même temps et c'est très, très chargé. Il suffit d'un ou deux problèmes pour avoir quatre ou cinq jours de retard, donc c'est un grand challenge."

Nico Hulkenberg, Renault Sport F1 Team R.S. 19

Mais peu importe à quel point la préparation d'une voiture est intense, à quel point la production et le montage sont compliqués, combien l'ingénierie relève d'une technologie de pointe, la moindre imperfection est une faiblesse majeure en F1.

C'est en effet l'un des principaux atouts de la F1 : le niveau est si relevé qu'il exige le meilleur de chacun. Ce n'est pas un concours de popularité, et ceux qui se donnent à moins de 100% n'y sont pas à leur place. C'est aussi vrai pour les écuries en difficulté immédiate comme Williams que pour les pilotes qui se battent à l'avant de la grille.

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Il était intéressant d'entendre Mattia Binotto, nouveau directeur de la Scuderia Ferrari, indiquer déjà qu'en raison du manque d'expérience de Charles Leclerc, l'écurie allait soutenir en priorité Sebastian Vettel dès le début de la saison.

"Charles doit encore apprendre, comme il l'a souligné lui-même, mais nous savons à quel point il est talentueux", a déclaré Binotto. "Je pense qu'il est normal, surtout en début de saison, que Sebastian soit notre priorité s'il y a des situations particulières. Il est le guide avec qui nous visons le championnat. Mais il n'y a pas de préjugés : la priorité absolue est que Ferrari gagne. Bref, j'espère avoir ce problème de devoir gérer deux pilotes aux meilleures places."

Charles Leclerc, Ferrari, Sebastian Vettel, Ferrari avec la Ferrari SF90

Pour les fans de F1, l'idée qu'un top team aborde la saison en évoquant déjà des consignes d'équipe est loin d'être réjouissante (et encore moins pour Leclerc), mais la réalité est que ces tactiques fermes peuvent être une nécessité, et Binotto le comprend parfaitement.

L'an dernier, c'est en hésitant à prendre ce type de décision que Ferrari a facilité la tâche à Lewis Hamilton. Si la Scuderia avait agi plus tôt au Grand Prix d'Allemagne en demandant à Kimi Räikkönen de laisser passer Sebastian Vettel en raison de leurs stratégies différentes, Vettel n'aurait pas eu tant de pression lorsque la pluie s'est mise à tomber par la suite, car c'est là qu'il a gâché ses chances de victoire alors qu'il menait la course.

C'était d'autant plus évident à Monza, où Ferrari n'a pas concentré ses forces sur Vettel. C'est Räikkönen qui est parti en pole et qui a provoqué la bataille dans laquelle Lewis Hamilton a réalisé une manœuvre décisive dans la seconde chicane. Il allait remporter une victoire cruciale.

Pour Binotto, de telles faiblesses dans le management de l'écurie ne peuvent être tolérées face à une équipe aussi solide que Mercedes. D'autant que celle-ci s'est avérée capable de se rendre impopulaire lorsqu'elle le jugeait nécessaire, comme lorsqu'elle a exigé que Valtteri Bottas cède la victoire à Lewis Hamilton en Russie afin de faire un nouveau pas vers le titre.

Comme l'avait dit Toto Wolff, directeur de Mercedes AMG F1, à l'époque : mieux vaut être le méchant un dimanche soir que l'idiot à la fin de la saison. Certes, affirmer que seuls les méchants peuvent gagner serait faux, mais toujours est-il que la F1 ne tolère pas la faiblesse. La moindre bévue technique, la moindre erreur du management, la moindre boulette d'un pilote peuvent coûter la victoire. C'est quelque chose qui ne change jamais.

Et peu importe à quel point c'est parfois douloureux, et combien ça l'a été pour Williams la semaine dernière, personne en Formule 1 ne préférerait qu'il en soit autrement.

George Russell, Williams FW42

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Équipes Williams
Auteur Jonathan Noble
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