Il y a 20 ans : les débuts controversés du HANS en F1
Cela fait 20 ans que le HANS, système du maintien de la tête et de la nuque, est obligatoire en Formule 1. Équipement indispensable à la sécurité du pilote, le HANS a mis du temps à s'imposer dans les différents championnats, les pilotes de F1 ayant traîné des pieds au moment de l'adopter.
Rétro : Dans l'Histoire des sports méca
Sur deux ou quatre roues, replongez-vous dans l'Histoire des sports mécaniques, celle qui a écrit la légende des hommes et des machines durant des décennies.
Si la combinaison, les gants et le casque viennent presque automatiquement en tête au moment de faire la liste de l'équipement complet d'un pilote de Formule 1, l'on oublie parfois de citer le HANS, pourtant si important. Le Head And Neck Support, comprenez "système du maintien de la tête et de la nuque", fait partie du paysage de la F1 depuis 20 ans. Imposé aux pilotes en marge de la saison 2003 afin de les protéger davantage contre les blessures à la tête, plus particulièrement le "coup du lapin", le HANS a tout d'abord peiné à séduire.
L'histoire du HANS remonte au début des années 1980. À une époque où la faucheuse était encore au premier rang des tribunes, le responsable de la compétition de Renault aux États-Unis, Patrick Jacquemart, a perdu la vie lors d'un accident en essais privés sur le circuit de Mid-Ohio. Au volant d'une Renault 5 Turbo modifiée pour le championnat IMSA, Jacquemart s'est mortellement blessé à la tête en percutant une motte de sable de face.
En réponse à cette tragédie, le pilote Jim Downing, ami de Jacquemart, et son beau-frère, le docteur Bob Hubbard, se sont intéressés à l'amélioration de l'équipement des pilotes afin de mieux les protéger en cas d'accident en développant ce qui sera plus tard le HANS.
Prêt avant la fin de la décennie, le système s'est montré hautement impopulaire, d'autant qu'il n'était pas imposé par les compétitions automobiles. Ce n'est qu'en février 2001, après la mort de Dale Earnhardt (l'un des plus grands opposants au HANS outre-Atlantique) des suites d'une fracture basilaire du crâne lors d'un accident au Daytona 500, que le HANS n'a plus été considéré comme une alternative mais comme une obligation.
Nick Heidfeld et Felipe Massa, pilotes Sauber, ont été les premiers à porter un HANS en Grand Prix, à la fin de la saison 2002.
Entre 2001 et 2002, les trois divisions de la NASCAR et le CART ont imposé le port du HANS à ses participants, le Championnat du monde de Formule 1 emboîtant le pas en 2003. Pourtant, malgré l'évidente avancée en matière de sécurité ainsi que les nombreux exemples de décès par fractures basilaires en sport automobile, le système ne faisait toujours pas d'émules.
Jacques Villeneuve reprochait notamment au HANS de mettre en danger les pilotes. "Il y a des situations où le HANS peut vous blesser. Aucun pilote n'aurait été sauvé par le système au cours des neuf dernières années, car aucun accident ne l'a nécessité", expliquait-il, allant jusqu'à affirmer que "[Pedro] Diniz aurait été tué s'il avait porté le HANS lorsqu'il a eu son gros accident [au départ du Grand Prix d'Europe 1999]."
L'arceau de la Sauber de Pedro Diniz s'était brisé lors d'un tonneau au départ du GP d'Europe 1999.
Le Canadien faisait en effet une remarque pertinente : lors des deux premières manches de la saison 2003, Rubens Barrichello et Justin Wilson ont dû abandonner après avoir été blessés par leur HANS. À Melbourne, le Brésilien était parti à la faute en raison d'une perte de la concentration, ce qui avait résulté en une hernie au cou et une dispense de HANS par la FIA pour la course suivante, à Sepang, lors de laquelle un système mal installé avait pincé les épaules de Wilson au point de lui faire perdre les sensations dans ses bras et de l'envoyer à l'hôpital.
"Actuellement, quand je suis dans la voiture, je suis incapable de me concentrer pleinement sur le pilotage depuis les deux mois que nous le testons", racontait Barrichello. "Le système est vraiment douloureux. J’ai testé toutes sortes de modifications, mais jusqu’à présent, je ne parviens pas à être à l’aise. Je suis en faveur d’un travail continu dans le but d’améliorer la sécurité des pilotes, mais je pense qu’il devrait s’agir d’un choix personnel concernant l’utilisation ou non du HANS par un pilote. Je suis inquiet d’être blessé encore plus fort en cas d’impact qu’un pilote n’utilisant pas le HANS."
Si ces déclarations se sont jointes à de nombreuses autres, la FIA est restée catégorique. Max Mosley, alors président de la fédération, avait notamment lancé : "Vous n'êtes pas obligé de porter un HANS mais vous ne quitterez pas la pitlane sans en porter un". Finalement, les critiques ont cessé et de nombreuses vies ont pu être sauvées.
GP de Malaisie 2003 : Rubens Barrichello est le dernier pilote de F1 à prendre le départ sans être équipé du HANS.
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