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Pit Boost : comment ces ravitaillements vont transformer la Formule E

La Formule E fait sa révolution en lançant le Pit Boost ce week-end à Djeddah, des ravitaillements en énergie qui vont apporter un élément stratégique et changer la physionomie des courses. Jean-Éric Vergne et Sébastien Buemi expliquent les changements attendus.

Le Pit Boost en Formule E

Photo de: FIA Formula E

Le week-end de Djeddah marque l'arrivée d'une grande nouveauté pour la Formule E. Le championnat va mettre en place son Pit Boost, un ravitaillement en énergie, et va ainsi retrouver des passages aux stands, qu'il a connu lors de ses premières saisons d'existence, mais sous une forme très différente.

Alors que ces arrêts servaient par le passé à changer de monoplace, ces dernières n'ayant pas l'autonomie requise pour boucler la distance de la course, le but sera cette fois d'offrir un surplus de puissance, sans modifier la longueur des courses.

Comment fonctionne le Pit Boost ?

Dans l'imaginaire collectif, l'électrique est souvent associé à des temps de recharge longs. La Formule E veut mettre fin à ce cliché et faire la promotion des technologies de recharge rapide. Le Pit Boost sera donc un arrêt au stand permettant de gagner 3,85 kWh, soit 10% d'énergie supplémentaire, avec une charge à 600 kW durant une durée de 30 secondes.

Durant une fenêtre imposée pendant la course, tous les pilotes auront l'obligation de faire leur passage par la voie des stands, avec un temps de stationnement d'une durée totale de 34 secondes. Deux membres de l'équipe seront autorisés à travailler sur la voiture, avec une recharge à l'arrière de la monoplace, un troisième étant affecté à l'arrêt et à la libération de la monoplace.

À quel moment les pilotes doivent-ils faire leur Pit Boost ?

Cette saison, le Pit Boost ne sera pas présent lors de tous les E-Prix. Afin d'offrir un spectacle varié et de montrer qu'il s'agit d'une volonté de dynamiser les courses et pas une nécessité liée à l'autonomie des monoplaces, ce dispositif n'apparaîtra que sur les circuits accueillant deux courses, et ne sera présent que sur l'une des deux. Jusqu'à la fin de la saison, on le verra donc une fois sur deux lors de tous les week-ends, sauf à Miami et Jakarta, et à Djeddah, ce sera lors de la course de vendredi.

Le Pit Boost en Formule E

Le Pit Boost en Formule E

Photo de: FIA Formula E

Quand le Pit Boost sera imposé, tous les pilotes devront faire leur arrêt durant une fenêtre imposée par la FIA et communiquée aux équipes 21 jours avant chaque course. Deux pilotes d'une même équipe ne pourront pas faire leur arrêt simultanément.

Le mode attaque, qui a pris une place encore plus importante cette saison en apportant un surplus de performance renforcé, sera toujours en place avec deux activations par course, multipliant ainsi les éléments stratégiques.

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Quelle influence sur les courses ?

La physionomie des courses avec Pit Boost est amenée à changer et le championnat souhaite mener des expérimentations cette année, avant de potentiellement généraliser le concept. Les arrêts aux stands vont devenir un élément essentiel des E-Prix, comme peut l'être un changement de pneus en Formule 1, à faire au bon moment et à cumuler avec les deux activations du mode attaque.

"Il va y avoir une grande part d'inconnue donc il va falloir être bon en tant que pilote, et les ingénieurs qui font les stratégies derrière, pour pouvoir s'adapter au mieux possible", a expliqué Jean-Éric Vergne. "On sait qu'il risque d'y avoir pas mal de choses qui vont se passer à partir du moment où la fenêtre de 'ravitaillements', de pitstops, va s'ouvrir."

Jean-Eric Vergne, DS Penske DS E-Tense FE25

Jean-Éric Vergne

Photo de: Joe Portlock / Motorsport Images

"Ceux qui vont s'arrêter vont forcément commencer à accélérer pour essayer de faire un undercut, ceux qui restent plus longtemps vont essayer d'accélérer pour ne pas se 'faire undercut' par ceux qui se sont arrêtés. Les arrêts sont quand même assez longs."

La lecture des courses pourrait être compliquée selon Vergne, puisqu'avec un arrêt de plus de 30 secondes sur des circuits souvent courts, de gros écarts sont attendus pendant la phase des Pit Boosts : "Sur certains circuits, il y aura des chances que l'on ait même un tour de retard, donc j'espère que la FIA et la Formule E pourront faire en sorte que les pitstops soient peut-être un peu plus courts, de manière à ce que la course reste compréhensible. Si vous avez le leader qui sort des stands, se retrouve un tour derrière et qu'il y a un Safety Car, cela risque d'être un peu compliqué."

"Il y a pas mal d'inconnues. Je pense que c'est une bonne chose qu'on ait cette introduction de pitstops. Je suis pressé de voir ce que cela va donner. Il va falloir être bon dans la façon de réagir et essayer de s'imaginer absolument tous les scénarios possibles de manière à réagir au mieux."

Sébastien Buemi s'attend à un défi stratégique difficile à surmonter pour les équipes, avec un risque d'erreurs élevé. "C'est sûr que ça va rendre la course encore plus technique", a expliqué le Suisse. "La stratégie, le moment où on s'arrête et comment, ça ne va pas être facile. C'est un mix de pas mal de choses nouvelles."

"Ce qui est sûr, c'est que rien que d'être capable de le prendre au bon moment, de ne pas prendre de pénalité et faire tout ce qu'il faut, ça demande un peu de préparation", a souligné Buemi. "La fenêtre n'est pas très grande, après on va tous essayer de maximiser."

Sylvain Filippi, directeur général Envision Racing

Sylvain Filippi

Photo de: Andrew Ferraro / Motorsport Images

Les patrons d'équipes confirment craindre des mauvais choix stratégiques. "Il y a aussi un aspect aléatoire, de risque", a confié Sylvain Filippi, team manager d'Envision. "Je pense qu'il y a surtout beaucoup à perdre, parce qu'il y a énormément de petites procédures qui sont mises en place, ainsi qu'un règlement assez tatillon et strict de la FIA pour la partie sécurité ou opératoire", a de son côté souligné Frédéric Bertrand, à la tête de l'équipe Mahindra.

"On peut rapidement se retrouver à faire une toute petite erreur qui coûtera sûrement pas mal de secondes ou une pénalité, qui n'est pas encore pas exactement définie, donc on va attendre de voir comment elle tombe. Il y a pas mal de petits risques de ce côté-là : un petit raté dans la procédure et on est sûrement dans une phase où on peut se retrouver pénalisés. Cela fait partie du jeu."

Comment définir les stratégies ?

Pour se préparer au mieux à ces courses d'un nouveau genre, les équipes ont beaucoup travaillé dans leurs simulateurs, outil très prisé en raison du faible temps en piste avant les E-Prix en Formule E. L'une des difficultés est notamment de définir toute une stratégie, sachant qu'il faudra y intégrer les huit minutes de mode attaque en deux temps, avant et/ou après le passage par les stands.

De grands décalages stratégiques seront possibles du début à la fin de la course, au risque de créer une confusion. Sébastien Buemi pense en tout cas que les stratégies seront plus ouvertes que jamais, sans craindre une certaine uniformisation des choix dans le plateau.

"Il faut tester avant de dire que ça ne fonctionne pas, mais je ne pense pas que ça puisse forcer tout le monde [à adopter la même stratégie]. C'est sûr que la fenêtre ne va pas être très, très grande, mais il y aura quand même des différences. Maintenant, je ne pense pas que cela va figer tout le monde avec la même stratégie, clairement pas. Cela va encore l'ouvrir un petit peu plus. Cela va un peu dépendre de la taille de la fenêtre, mais je ne pense pas que ça va figer tout ça."

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