Gil de Ferran, 1967-2023
Gil de Ferran est décédé brutalement, vendredi 29 décembre, à l'âge de 56 ans. Motorsport.com lui rend hommage.
Lorsque Gil de Ferran a décroché la victoire lors de sa dernière tentative aux 500 Miles d'Indianapolis en 2003, ce fut le couronnement d'une carrière qui avait mis en lumière sa remarquable combativité et son grand sens de la course.
À 35 ans, il avait battu de 0,299 seconde son grand ami et coéquipier brésilien de l'équipe Penske, Helio Castroneves, au terme d'une lutte acharnée. Les deux hommes avaient repoussé les assauts des pilotes de l'équipe Andretti Green Racing, Tony Kanaan et Michael Andretti, et de Tomas Scheckter (Chip Ganassi Racing), Gil de Ferran s'emparant de la tête de la course au détriment d'Helio Castroneves à 30 tours de l'arrivée.
Malgré l'énorme pression mise par Helio Castroneves, qui avait déjà remporté deux fois l'Indy 500 à cette époque et souffrait de crampes à l'épaule dans les derniers tours, ce fut la consécration d'une brillante carrière en monoplace pour Gil de Ferran. Il savait parfaitement allier sa pointe de vitesse à une remarquable intelligence de course et, ce jour-là, cela lui avait particulièrement bien servi.
"Quand tu cours, tu es tellement concentré sur le pilotage et sur le fait d'essayer de prendre les bonnes décisions que pour gérer la pression d'une course comme celle-ci, il faut vraiment mettre les émotions de côté", expliquait Gil de Ferran à Motorsport.com en évoquant sa victoire. "Il faut rester aussi rationnel que possible. Il m'a fallu un certain temps pour réaliser ce que ça signifiait réellement. C'est Rick Mears qui l'a le mieux exprimé en me disant juste après la course : 'Tu ne comprendras pas avant deux ou trois semaines, puis ça fera tilt'. Et c'est exactement ce qui s'est passé."
Gil de Ferran quittera l'IndyCar à l'issue de cette même saison 2003, après avoir également remporté deux titres en 2000 et 2001, sous l'appellation CART.
Né à Paris, Gil de Ferran a commencé à faire du karting au Brésil, après que sa famille se soit installée là-bas durant son enfance. C'est toutefois en Grande-Bretagne qu'il s'est vraiment fait un nom, suivant la voie tracée par Emerson Fittipaldi pour les jeunes pilotes brésiliens. Il a couru en Formule Ford, Opel/Vauxhall Lotus et en Formule 3, remportant le titre de F3 britannique en 1992 avec Paul Stewart Racing.
Gil de Ferran et David Coulthard en 1990.
Il est ensuite passé en Formule 3000, où il a remporté trois courses en deux saisons, mais n'est pas parvenu à s'ouvrir les portes de la Formule 1, malgré des tests avec Williams et Arrows. Il a alors choisi, en 1995, de se tourner vers le continent américain.
Gil de Ferran a fait irruption sur la scène de l'IndyCar à une des époques les plus concurrentielles de la discipline, s'imposant lors de la dernière course de sa première saison au volant de la Reynard Pennzoil jaune vif du Jim Hall Racing à Laguna Seca. Il devançait alors des pilotes comme Jacques Villeneuve, Emerson Fittipaldi, Michael Andretti, Al Unser Jr, Paul Tracy et Bobby Rahal. C'est fort logiquement qu'il fut désigné Rookie de l'année.
Il s'est ensuite distingué avec Penske, passant à la postérité en établissant le record de vitesse sur circuit lors des qualifications avec un tour stupéfiant à 241,428 km/h de moyenne sur le California Speedway (388,537 km/h). Puis il a remporté 12 victoires et signé 21 pole positions, décrochant son ultime succès lors de son dernier départ en IndyCar, au Texas en 2003.
"Gil a défini ce qu'était la classe d'un pilote, et un gentleman", souligne Roger Penske dans l'hommage qu'il lui a rendu. "Champion IndyCar et vainqueur des 500 Miles d'Indianapolis, Gil a accompli tellement de choses durant sa carrière, sur la piste comme en dehors. Gil était aimé de beaucoup de monde. C'était un grand ami du Team Penske et de la famille de l'IndyCar, ainsi que de l'ensemble de la communauté internationale du sport automobile. La disparition de Gil est une terrible perte, et il nous manquera énormément."
Pour Gil de Ferran, l'après-IndyCar fut un cocktail d'Endurance, de management et de communication. Il a également réussi à enfin accéder à la F1, rejoignant BAR-Honda en tant que directeur sportif de 2005 à 2007.
Gil de Ferran chez BAR-Honda en F1.
Gil de Ferran restera dans les mémoires pour sa personnalité chaleureuse, son sens de l'humour aiguisé et sa nature amicale.
En 2008, il fit son retour dans un baquet, celui d'un prototype Acura LMP2 avec un soutien d'usine en American Le Mans Series, avec sa propre équipe, Ferran Motorsports. Il avait pour coéquipier un jeune Français, Simon Pagenaud, qui allait plus tard l'imiter en remportant le championnat IndyCar et les 500 Miles d'Indianapolis. L'équipe se hissa en LMP1 en 2009, avec cinq victoires, sept pole positions et la deuxième place du championnat à la clé.
"Mon ami Gil, j’ai tellement de choses à dire et pourtant rien ne peut décrire la douleur de te voir partir aujourd’hui", a écrit Simon Pagenaud ce samedi. "Tu vas me manquer dans mes moments de joies, mes moments de doutes et les moments entre chaque ! Tu as été mon modèle dans la vie et je ressens un vide énorme là, maintenant ! Je t’aimerai pour toujours mon Yoda."
Gil de Ferran a par la suite été copropriétaire de l'équipe Ferran Dragon Racing en Indycar, jusqu'en 2011. Il a aussi siégé au sein en tant que représentant des patrons d'équipe au sein du comité ICONIC, qui a évalué les conceptions de la nouvelle génération de châssis en IndyCar. En 2018, il fut nommé directeur sportif de McLaren Racing en Formule 1, rôle qu'il occupa jusqu'à début 2021. En mai dernier, l'écurie l'avait rappelé en tant que consultant et conseiller.
"J'ai couru avec Gil dans le monde entier, et je l'ai vu gagner certaines de ses plus grandes courses", rappelle Zak Brown, PDG de McLaren Racing. "C'était un grand ami, pendant plus de 20 ans, il nous manquera beaucoup et on ne l'oubliera jamais."
Outre ses succès en piste, Gil de Ferran restera dans les mémoires pour sa personnalité chaleureuse, son sens de l'humour aiguisé et sa nature amicale envers tous ceux qu'il rencontrait dans ce sport qui le passionnait tant. Il laisse derrière lui sa femme Angela, qu'il avait rencontrée lorsqu'elle travaillait pour Paul Stewart Racing, sa fille Anna et son fils Luke.
Gil de Ferran
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