Comment la Chine ambitionne de bouleverser les 24H du Mans et l'Hypercar
Avec Chery et Lynk & Co, deux grands constructeurs chinois se sont imposés comme des candidats potentiels à l'Hypercar, et leurs projets pourraient constituer bien plus qu'une simple participation au WEC.
Photo de : Chery Automobile
Le championnat du monde d'endurance pourrait être sur le point de connaître une percée majeure en Chine, les géants automobiles Chery et Lynk & Co (Geely) se préparant à une entrée potentielle dans la catégorie Hypercar.
Alors que Chery a déjà présenté une feuille de route officielle jusqu'en 2030, Lynk & Co réoriente ses activités sportives vers l'endurance après son départ surprise du TCR World Tour, où il sera remplacé par la marque Geely en 2026.
Après le coup dur inattendu porté au nouvel "âge d'or" de l'endurance par le retrait de Porsche de la catégorie Hypercar, l'industrie automobile chinoise pourrait s'avérer être une source de compensation essentielle pour le co-promoteur qu'est l'Automobile Club de l'Ouest.
Chery prévoit un projet d'infrastructure majeur
À ce jour, la croissance rapide des marques chinoises à l'échelle mondiale ne s'est pas encore reflétée sur la scène internationale du sport automobile, mais c'est sur le point de changer radicalement. Lors de l'ouverture de la saison d'Asian Le Mans Series à Sepang, le groupe Chery, quatrième plus grand constructeur automobile chinois, détenu par l'État, a présenté un plan ambitieux sur cinq ans.
Au cœur de cette stratégie se trouve sa marque haut de gamme EXEED, créée en 2017. Chery Automobile a quant à elle été fondée en 1997. L'objectif ultime est de devenir le premier constructeur chinois à se battre pour la victoire dans la catégorie Hypercar aux 24 Heures du Mans.
Le plan consiste en trois étapes :
- Création d'un championnat national d'endurance afin de développer les compétences techniques et les talents ;
- Participation à l'Asian Le Mans Series ;
- Création d'une équipe EXEED pour participer aux 24 Heures du Mans, dans le but de devenir la première structure chinoise à le faire.
Il convient de noter que Chery a annoncé la signature d'un accord avec l'ACO le 13 décembre, qui va bien au-delà d'une simple opération de branding. Une partie de cette "collaboration à grande échelle" implique le développement d'un circuit certifié Le Mans à Wuhu (Anhui), où se trouve le siège du groupe.
Chery a l'intention de faire forte impression en sport automobile, en se servant de ce tracé comme terrain d'essai pour prouver l'efficacité et la fiabilité de ses prochains modèles de série, qui devraient arriver sur le marché européen dans les années à venir.
Lynk & Co : du succès en TCR à l'Hypercar?
Yvan Muller (Cyan Racing Lynk & Co 03 TCR).
Photo de: Clément Marin - DPPI
Pendant ce temps, un remaniement stratégique est en cours chez son rival. Lynk & Co, fer de lance sportif de Geely Group (largement connu en Europe comme la société mère de Volvo et Polestar), met fin à sa participation très réussie au TCR World Tour.
Après que Cyan Racing ait remporté trois titres pilotes et quatre titres constructeurs en WTCC et en TCR World Tour, Geely a fait une annonce surprise en novembre. Au lieu d'un deuxième lifting pour la Lynk & Co 03, Cyan Racing alignera la Geely Preface à partir de 2026, marquant ainsi la fin des efforts de Lynk & Co dans le domaine des voitures de tourisme.
Au beau milieu de cette transition, Lynk & Co a fait les gros titres avec une annonce spectaculaire sur les réseaux sociaux : "Lynk & Co va étendre ses activités, passant des courses sur circuit et des courses sprint aux rallyes et aux courses d'endurance, qui mettent à l'épreuve les performances globales des véhicules."
Même si l'on ignore encore s'il s'agira de GT3, de prototype ou des deux, les rumeurs concernant les ambitions de Geely au Mans sont persistantes depuis plusieurs années. De plus, Lynk & Co est actuellement l'une des marques automobiles chinoises les plus reconnues en Occident.
Le multiple champion TCR Yann Ehrlacher se prépare également pour les exigences de l'endurance avec une participation en LMP2, pour ARC Bratislava, à l'Asian Le Mans Series. Cela représente un parcours classique pour un futur programme de haut niveau. Son expérience précédente en prototype se limite à des sorties en LMP3 entre 2016 et 2019.
Vers un WEC chinois ?
Si ces deux programmes aboutissent, cela bouleverserait considérablement la donne au sein du WEC. À l'heure actuelle, à l'exception de Mercedes-Benz et de Tata Motors, la maison mère de Jaguar Land Rover, tous les grands groupes automobiles traditionnels sont représentés dans la catégorie Hypercar.
Cependant, la Chine est en train de remodeler le marché automobile mondial à une vitesse record et s'apprête désormais à étendre son influence au sport automobile.
En dehors de Macao, la Chine n'avait pas de culture automobile profondément enracinée pendant longtemps, mais ce sport se développe rapidement. Sa popularité a explosé, notamment grâce au Grand Prix de Formule 1 à Shanghai, où le WEC était également présent jusqu'en 2019.
Si ces projets se concrétisent, en particulier en ce qui concerne l'approche de Chery, qui mise fortement sur les infrastructures, le niveau d'investissement dépasserait probablement celui de tous les constructeurs actuellement engagés et pourrait également façonner le paysage politique au sein de ce sport.
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