Sebring, ou Le Mans made in USA !

C’est non sans émotion que nous avons vécu ce formidable week-end de Sebring. C’est en effet là qu’avait commencé la grande aventure du WEC, en mars 2012. Sept ans plus tard, à l’occasion d'une course hors norme, nous avons eu le sentiment d’une "boucle bouclée" et d’une grande réussite pour une discipline majeure.

Sebring, ou Le Mans made in USA !

Les Américains avaient baptisé ce rendez-vous le "Super Sebring" et c’est vrai que les spectateurs sur place ont bénéficié d’un plateau exceptionnel : IMSA, WEC, sans oublier les courses support, nombreuses – il n’y a pas beaucoup de meeting dans le monde qui peuvent en dire autant ! Et les deux courses principales (les 12 Heures et les 1000 Miles) ont totalisé 20 heures d’action au total pour ce qui était ni plus ni moins que le meilleur plateau possible de l’Endurance mondiale.

Pour le WEC en particulier, il a certes fallu se faire à un planning spécifique qui a engendré une proportion très importante de course en nocturne. Totalement pour les qualifs et aux deux tiers pour la course. Eh bien, avouons que cela a donné une "touche " tout à fait étonnante, une ambiance propre dignes des "nuits des 24 Heures", et Dieu sait que la nuit est bien une donnée presque consubstantielle à l’Endurance.

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Il est bon de parfois remettre à l’honneur ces horaires un peu décalés qui mettent l’accent sur une des composantes de ces courses où il faut aller chercher les limites, mécaniques ou humaines. La résistance au sommeil, une vision "assombrie", les températures plus fraîches, tout cela fait aussi partie de la panoplie que doit avoir tout pilote qui veut se lancer à l’assaut de ce genre de courses longues...

On espère pour 2020 !

Au moment où on écrit ces lignes, on ne sait pas encore de manière officielle ou définitive si le WEC reviendra bien à Sebring en 2020. Le rendez-vous est bien inscrit au calendrier de la prochaine saison, mais sans qu’une date ne soit marquée, donc sans confirmation qu’il y aura un nouveau week-end partagé avec l’IMSA. On peut toutefois penser que tout est en place pour pérenniser un beau meeting appelé à devenir un classique. Et comme il semble bien qu’on a battu des records de fréquentation sur le circuit floridien en 2019, on serait étonné et déçu que l’expérience ne se reproduise pas. Sebring, c’est vraiment le Le Mans américain ! Et si on se souvient qu’une telle cohabitation avait déjà existé à Austin, on peut franchement affirmer qu’à Sebring ce partenariat prend une toute autre dimension qu’au Texas. 

#86 Gulf Racing Porsche 911 RSR: Michael Wainwright, Benjamin Barker, Thomas Preining

On a donc eu un week-end vraiment à part, avec un format rompant avec celui usuel du WEC. 1000 miles ou 8 heures, c’était vraiment digne de cette piste à nulle autre pareille. Tristan Gommendy, notre consultant durant notre live sur Motorsport.tv (et qui tient sa chronique sur Motorsport.com) n’a cessé de le répéter : Sebring est un défi permanent, avec ses bosses, sa chaleur, son trafic, voire sa pluie comme cette année – bien plus exigeant que Le Mans sur le pilotage pur finalement ! D’où le fait de ne pas prendre à la légère ce rendez-vous.

D’où le fait aussi de ne pas forcément autoriser le "double duty", la possibilité pour certains de faire les deux courses du week-end. Fernando Alonso a par exemple révélé qu’il voulait faire les 12 Heures de Sebring et que Toyota l’en avait empêché, ne lui donnant pas l’autorisation de jouer sur les deux tableaux. Tristan Gommendy (et nous sommes d’accord avec lui) a estimé que cela lui semblait normal, qu’il paraissait tout de même difficile de s’investir avec toute la rigueur nécessaire à un grand constructeur en passant d’un paddock à l’autre, d’un débrief à l’autre, d’une séance d’essai à l’autre. Les pilotes Toyota se sont donc concentrés sur leur programme principal, pour lequel ils sont sans doute très bien payés, soit dit en passant...

Toyota sans surprise

On ne peut pas dire, pour continuer à parler de Toyota, que Sebring aura été pris à la légère. Trois jours d’essais privés en février, un week-end plein la semaine précédant la course, deux jours d’essais officiels – on doit en être à presque 10 000 km au total cumulé ! Dès lors, il semblait évident que c’est une nouvelle victoire qui allait récompenser tous ces efforts, restait juste à savoir dans quel ordre. Rappelons en effet que les équipages des #7 et #8 en étaient à deux victoires partout au sortir des 6 Heures de Shanghai.

#8 Toyota Gazoo Racing Toyota TS050: Sébastien Buemi, Kazuki Nakajima, Fernando Alonso

Au bout du compte, c’est bien l’équipage Alonso-Buemi-Nakajima qui s’est imposé. Ça ne s’est pas joué à grand-chose : juste à une touchette de José María López avec une Aston Martin GTE Am qui a nécessité un arrêt express au stand. Presque deux tours de perdus dans cette histoire et le sort de l’épreuve qui bascule : cela tient à seulement ça en ce moment en LMP1  ! Mine de rien, il s’agit de la première victoire de la #8 depuis Le Mans en juin dernier, cela commençait sans doute à faire long.

On retiendra aussi deux chronos extraordinaires : celui d’Alonso en qualifs qui, en 1'40"124 a explosé tout le monde et permet de voir que presque six secondes séparent la voiture de pole en WEC de celle en IMSA (1'45"865 pour Dane Cameron avec l’Acura Team Penske ARX-O5 #6). Superbe effort également pour Kamui Kobayashi qui, deux tours seulement après avoir relayé le pauvre López en course au volant de la #7, établit le meilleur tour en course en 1'41"800, une demie seconde plus vite que le meilleur tour de la voiture vainqueur – du grand art !

Rebellion, SMP, même combat

Derrière Toyota, on est en revanche un peu déçu des relatives contre-performances des deux grands outsiders des machines japonaises. Il y a de belles choses chez Rebellion et chez SMP, mais il semble hélas que la fiabilité ne doive jamais être au rendez-vous : soit pour problèmes techniques, soit sur accidents. Les deux se sont cumulés à Sebring, avec les soucis dès le début de la Rebellion #1 (aggravés par deux autres figures de Mathias Beche) et le crash d'Egor Orudzhev sur la SMP #17. Certes, la #11 de l’équipe russe termine sur le podium au général (à 11 tours), mais la Rebellion #3 doit se contenter de la septième place à l’arrivée, battue donc par trois LMP2 ! C’est un petit peu inquiétant tout de même, tant on espère toujours que ces deux structures puissent venir "titiller" les Toyota. Au contraire, l’écart semble s’être de nouveau creusé entre P1 constructeur et les P1 privés.

#17 SMP Racing BR Engineering BR1: Stéphane Sarrazin, Egor Orudzhev, Matevos Isaakyan

En P2, la situation est désormais fabuleuse : à cause de sa contre-performance de Sebring (seulement sixième de la catégorie), la #38 du Jackie Chan DC Racing abandonne la première place au classement "teams". C’est l’autre voiture qui en profite (même avec un équipage 100% renouvelé !), et qui possède désormais cinq points d’avance sur la #36 de l’équipe Signatech Alpine. Sept points seulement séparent ces trois voitures à deux manches de la fin : difficile de faire mieux là aussi côté suspense !

Occasion ratée pour BMW

En GTE Pro, on a une nouvelle fois été bluffé par le niveau et l’intensité de la lutte. Le duo Estre-Christensen a marqué un peu le pas et a dû se contenter de la cinquième place de la catégorie. On se doutait bien que les Ford GT seraient très motivées à l’idée de gagner sur leur sol, et vu le premier relais d’un Andy Priaulx impérial sur la 67, on se disait que ça allait le faire…

Mais c’était sans compter sur des BMW soudain très rapides et qui allaient globalement dominer et se diriger vers leur première victoire de la Super Saison – jusqu’à un dernier arrêt aux stands au moment où l’orage s’abattait sur Sebring qui permettait à la Porsche #91 de passer devant ! Bref, un spectacle de tous les instants et quatre constructeurs différents aux quatre premières places de la catégorie ! On est bien obligé de répéter que le vrai spectacle du WEC se situe sans doute en GTE Pro et qu’il a été encore plus magnifié dans un écrin du niveau "mythique" de Sebring !

#81 BMW Team MTEK BMW M8 GTE: Martin Tomczyk, Nicky Catsburg, Alexander Sims

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