Le WRC adopte les chicanes virtuelles : de quoi s'agit-il ?
Le WRC va mettre en application des chicanes virtuelles cette semaine, à l'occasion du Rallye de Finlande. Explications.
Photo de : Austral / Hyundai Motorsport
Cette semaine, à l'occasion du Rallye de Finlande, neuvième manche de la saison 2024, le WRC va utiliser pour la première fois en compétition des chicanes virtuelles, un système qui permet de compter à nouveau sur la légendaire spéciale d'Ouninpohja.
Rendues possibles grâce aux progrès technologiques, ces chicanes virtuelles sont de plus en plus répandues en rallye. Parmi les différents championnats qui ont expérimenté ce système, on compte notamment l'ERC, pas plus tard que le week-end dernier au Rally di Roma Capitale. Mais c'est un autre cap qui sera franchi cette semaine avec l'intégration de ce concept en WRC, deux semaines après qu'il a été testé lors du shakedown du Rallye de Lettonie.
Une chicane virtuelle permet de ralentir les voitures avant une section difficile sans que les organisateurs ne placent d'obstacle physique devant être contourné par les pilotes. Au lieu d'utiliser de lourdes bottes de foin pour délimiter une chicane, les organisateurs peuvent désormais désigner des zones prédéterminées où les pilotes sont tenus de ralentir à 60 km/h.
On retrouvera ce principe de chicane virtuelle lors du shakedown du Rallye de Finlande, jeudi matin, puis dans la spéciale d'Ouninpohja qui fera figure d'ES13 et d'ES16, samedi. C'est la première fois depuis 2016 qu'Ouninpohja va figurer au parcours du rallye dans son format long de 33 km, mais en sens inverse par rapport à cette dernière édition.
Entre-temps, les concurrents du WRC en ont arpenté des tronçons, mais jamais plus la totalité de ce tracé mythique. Véritable institution du rallye, cette spéciale est l'une des plus célèbres de l'histoire du WRC, elle qui est réputée pour ses sauts à grande vitesse et ses virages en enfilade et à l'aveugle. Si elle fait son retour au programme, c'est précisément grâce à la mise en place des chicanes virtuelles.
"C'est une bonne chose que les organisateurs aient posé la question [du retour d'Ouninpohja]", explique Nicolas Klinger, délégué à la sécurité des rallyes de la FIA, à Motorsport.com. "Ils voulaient qu'Ouninpohja se coure à nouveau, mais nous savons évidemment qu'elle est très rapide."
Ce n'est toutefois pas pour casser la vitesse en ligne droite que les chicanes virtuelles vont être utilisées : "Il ne s'agit pas des lignes droites rapides. Elles servent à éviter d'entrer dans un virage piégeux qui est rapide, et de réduire un peu le risque."
Pourquoi les chicanes virtuelles sont-elles introduites ?
La sécurité est en effet l'une des raisons motivant la mise en place de chicanes virtuelles. Le concept réduit la vitesse des concurrents avant un tronçon difficile, et ce sans utiliser d'obstacles physiques susceptibles d'endommager les voitures en cas de contact. Mais ce n'est pas la seule motivation. Les progrès technologiques qui permettent l'utilisation d'un tel système, ainsi que la difficulté à trouver des bottes de foin pour dessiner des chicanes classiques ont également joué un rôle dans la multiplication de ce dispositif dans les rallyes du monde entier.
"Dans certains pays, il n'est pas possible d'avoir de bottes de paille, il est de plus en plus difficile d'en obtenir. Les bottes de paille pèsent 400 kg et il faut les déplacer, sans compter que, parfois, les routes peuvent être très étroites et que, rien qu'en raison de leur largeur, il n'est pas possible de mettre en place une chicane", explique Nicolas Klinger.
"C'est donc l'une des raisons, et je dois dire aussi que la technologie a évolué, et qu'elle nous permet maintenant de faire des chicanes virtuelles. C'est quelque chose qui est utilisé en Australie, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie aussi, donc ce n'est pas quelque chose de nouveau. Il s'agit simplement d'utiliser la technologie dont nous ne disposions pas auparavant."
"Il est certain que [la sécurité est un facteur] parce qu'à l'avenir, cela nous aidera et nous permettra de faire d'autres choses et d'aller dans d'autres spéciales où nous ne sommes pas autorisés à aller. Il y a aussi un côté sportif car tout le monde ralentit à la même vitesse [pour la chicane virtuelle], on ne va donc pas avoir de situation où quelqu'un pousse les bottes de paille et où la voiture suivante peut rouler 20 km/h plus vite et prendre l'avantage. En Lettonie, ce n'était pas un test pour nous. Nous savons que cela fonctionne, cela a été testé, y compris dans d'autres pays. C'était plus pour les pilotes."
Les chicanes virtuelles, comment ça marche ?
Au cours de la spéciale, les équipages verront des panneaux indiquant le décompte de la distance les séparant de la chicane virtuelle, en partant de 300 mètres et jusqu'à 100 mètres avant la zone concernée. Ces alertes apparaitront aussi sur le boîtier intégré au cockpit de la voiture, lequel sert également à avertir les équipages d'une suspension au drapeau rouge.
Dans la zone de 200 mètres précédant la chicane virtuelle, la voiture doit ralentir jusqu'à rouler au maximum à 60 km/h. Le boîtier affiche une lumière verte lorsque la vitesse correcte est atteinte, après quoi la voiture peut à nouveau accélérer. Si la voiture ne ralentit pas jusqu'à 60 km/h, l'équipage sera pénalisé de deux secondes pour chaque km/h de dépassement et ce temps sera ajouté au temps total de la spéciale.
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