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Dakar - Sébastien Loeb avant son 10e départ : "Il faut aussi de la réussite pour gagner"

À trois semaines du départ du Dakar, Sébastien Loeb fait le point sur sa préparation avec Dacia, les progrès réalisés depuis l'an dernier et l'état d'esprit avec lequel il aborde son dixième départ. Entre fiabilité, organisation d'équipe et part d'incertitude propre au rallye-raid, il se livre dans un entretien.

#219 The Dacia Sandriders Dacia: Sebastien Loeb

Photo de: Red Bull Content Pool

Avant de rejoindre l'Arabie saoudite pour le Dakar (3-17 janvier 2026), Sébastien Loeb était de passage à Paris, où il s'est entretenu avec Motorsport.com

L'an dernier, on est arrivés au Dakar sans être prêts à 100%.

Sébastien, comment se présente ce Dakar 2026, le deuxième avec Dacia ? 

Globalement, la voiture est performante, donc c'est une bonne chose. Après, on est tous proches : la réglementation technique fait que les performances des voitures sont quand même très serrées. On ne peut pas dire que l'on soit au-dessus du lot, mais on est dans le paquet, on est plutôt bien.

Les dernières courses se sont bien passées. À titre personnel, j'avais très mal commencé la saison avec le Dakar 2025 et Abu Dhabi, et depuis on a fait trois podiums dont une victoire [au Rallye du Maroc]. C'était une belle fin de saison, qui donne forcément de la confiance pour la suite. L'an dernier, on est arrivés au Dakar sans être prêts à 100%. Je pense qu'on est plus prêts que l'an dernier et il va falloir essayer de tout mettre bout à bout. 

Le Dacia Sandrider a connu des soucis de jeunesse pour ses débuts en compétition. En un an, quels ont été les axes de travail, qu'est-ce qui a changé sur cette voiture ?

Ce qui était compliqué, c'était de résoudre les problèmes électroniques de ventilateur, parce qu'on est avec des systèmes de 48 volts qui, a priori, compliquent tout le fonctionnement. Un ventilateur, on se dit que ça marche ou ça ne marche pas, ça ne paraît pas compliqué, mais la gestion avec les 48 volts est plus compliquée. Il faut aussi des stratégies dessus parce que de temps en temps, le ventilateur va prendre un seau de sable et il faut qu'il puisse s'arrêter, relancer automatiquement des stratégies de redémarrage, qu'il ne force pas trop.

Ce sont plein de choses comme ça qui étaient un peu compliquées à gérer, et c'était vraiment la plus grosse préoccupation. Après, il y avait aussi des fragilités au niveau des triangles et des biellettes. Un de nos premiers axes de développement était aussi de limiter les crevaisons. Sur la voiture d'avant, qui nous servait un peu de référence au moment où on a fait la Dacia, on crevait beaucoup les roues arrière et il a fallu analyser et comprendre pourquoi, afin de faire les choses différemment sur la nouvelle.

On avait les échappements qui chauffaient les pneus, et on pense que c'était une des causes, et puis il y a eu un gros travail sur les amortisseurs arrière pour essayer de soulager un peu le pneu sur les impacts de pierres. J'espère que les problèmes de ventilateur sont résolus définitivement, et pour le reste, ça a plutôt l'air de fonctionner aussi. 

Le Dacia Sandrider devrait avoir gagné en fiabilité.

Le Dacia Sandrider devrait avoir gagné en fiabilité.

Photo de: Red Bull Content Pool

Et sur le plan de l'équipe à proprement parler, de sa gestion de l'épreuve, qu'est-ce qui a évolué depuis le Dakar 2025 ? 

Pas grand-chose, car c'est Prodrive qui fait la voiture. C'est une équipe d'expérience en sport auto, ils savent gérer une voiture de rallye en course. Au Dakar, il y a peut-être des spécificités, mais maintenant ça fait cinq ans qu'on fait le Dakar avec Prodrive, donc ils sont bien rodés sur le fonctionnement.

Là où il faut toujours essayer d'avoir une attention particulière, c'est sur les chefs de voiture, c'est-à-dire entre l'ingénieur qui est responsable de la voiture et le chef mécanicien qui est responsable de ses gars. Il faut vraiment une cohésion dans ce groupe.

Ce sont eux, par exemple, qui savent si la durite de turbo démontée la veille a été correctement resserrée au couple. Un truc comme ça, une vis pas serrée, en plein milieu de la spéciale, c'est mort si c'est quelque chose qui lâche dans le compartiment moteur, car on n'y a pas accès. Changer un triangle, une biellette de direction, une roue, ça on sait faire. Mais il faut une vraie cohésion et une vraie confiance dans l'ingénieur qui est responsable de la voiture et dans l'équipe de mécaniciens qui tourne autour. 

Tant que je ne suis pas à 1h30 au moins de la tête du rallye, je ne vais pas m'arrêter.

Dacia aura quatre voitures au lieu de trois sur le Dakar 2026, avec l'arrivée de Lucas Moraes aux côtés de Nasser Al-Attiyah et Cristina Gutiérrez. Qu'est-ce que cela modifie ? 

Ça ne change pas grand-chose au niveau des ambitions, même de façon générale. Clairement, ça fait un rival de plus dans l'équipe. En même temps, s'il ne l'était pas dans l'équipe, il le serait dans l'équipe adverse. Ça fait une voiture de plus dans l'équipe, ça la rend un peu plus forte, ça permet peut-être d'avoir des retours d'expérience chaque jour, parce que s'il y a un problème sur une voiture, ça va vite alerter tout le monde, et tout est toujours mis en commun pour éviter que ça se reproduise chez les autres le lendemain. Ça fait plus d'expérience globale.

Pour le reste de la course, tant qu'on est capables de jouer la victoire, il n'y a pas d'histoires de stratégie pour l'un ou pour l'autre. À partir du moment où une voiture est complètement perdue et que d'autres jouent la victoire, là, forcément et malheureusement pour celui qui a perdu, il faut rouler pour aider les autres. Mais ça fait partie de la course sur un rallye comme le Dakar. Il y a deux ans, Sainz gagne parce qu'il a deux équipiers qui partent derrière lui à chaque spéciale. C'était une assistance instantanée qui le suivait toute la spéciale. Mais il faut pouvoir compter là-dessus, parce que s'il n'avait pas eu ça, il n'aurait pas gagné.

Pour Cristina on verra, mais les trois autres, on est potentiellement trois à vouloir gagner. Donc tant que je ne suis pas à 1h30 au moins de la tête du rallye, je ne vais pas m'arrêter. C'est sûr qu'avoir plus de voitures sur la piste peut aider pour avoir des roues ou des choses comme ça. 

Est-ce qu'on vous laissera lutter jusqu'au bout et sans consignes s'il y a un duel serré avec Nasser Al-Attiyah ? 

Je pense. Si on est au coude-à-coude et en bagarre jusqu'au bout, alors on se battra jusqu'au bout. Tant qu'on considère avoir notre chance, on ne lâchera pas. 

Nasser Al-Attiyah sera un rival sérieux avant d'être un coéquipier précieux.

Nasser Al-Attiyah sera un rival sérieux avant d'être un coéquipier précieux.

Photo de: A.S.O.

Être confiant sur un rallye de 15 jours, c'est impossible.

Dans la tête, comment aborde-t-on une telle épreuve quand on court après la victoire après avoir été plusieurs fois deuxième, sans pour autant en faire une obsession ? 

Je vous laisse penser ce que vous voulez et je pense ce que je veux ! Moi je garde les pieds sur terre et je sais que la victoire au Dakar n'est pas qu'une question de vouloir et de faire les choses bien. Il faut aussi de la réussite. Il y a eu des rallyes que j'ai perdus par ma faute, il y a eu des rallyes qu'on a perdus par manque de réussite. Ce n'est pas que de la chance non plus, on est bien d'accord, mais il faut quand même avoir un petit facteur chance avec soi pour que ça marche. C'est sûr que ce serait bien de le gagner, mais il n'y a qu'un gagnant par an et je ne suis pas le seul à vouloir l'être. On verra bien !

Un mot sur le parcours de cette édition 2026 en Arabie saoudite ?

Je n'ai pas trop regardé. Ça ne me parle pas trop parce que de toute façon, on ne peut pas connaître les spéciales, elles sont secrètes jusqu'au départ. J'ai vu que l'on n'allait pas dans l'Empty Quarter, mais les dunes les plus compliquées n'y sont pas forcément ; ils peuvent très bien trouver des grosses spéciales de sable et de dunes sans aller là-bas. Pour le reste, a priori il y aura probablement plus de piste, mais j'espère qu'il n'y aura pas forcément plus de cailloux, pour les crevaisons, parce que c'est parfois frustrant de rouler à deux à l'heure et de crever quand même.

Pour conclure, quel est votre état d'esprit avant le départ ? 

J'ai confiance en notre niveau de préparation, et je suis prudent dans ma confiance aussi, parce que je sais que c'est un rallye où tout peut arriver, tout le temps. C'est arrivé à tout le monde d'avoir un problème à un moment donné, donc c'est difficile pour moi d'être confiant sur un rallye de 15 jours, c'est impossible. 

 

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Photo de: Dacia

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