Il y a 30 ans : la rocambolesque histoire d'Andrea Moda
Une microscopique écurie de Formule 1 italienne n’aura vécu qu’une seule saison tout en accumulant les ennuis techniques et sportifs. C'était il y a 30 ans, et elle s'appelait Andrea Moda.
Andrea Moda est née du rachat, effectué en 1991, de la Scuderia Coloni d’Enzo Coloni. Après Enzo Ferrari et Enzo Osella, faut-il croire qu’il fallait être ainsi prénommé pour monter une équipe de Formule 1 ?
L’écurie Coloni a survécu en F1 pendant cinq saisons. Avec un budget à peine suffisant pour courir en Formule 3000, elle recrutait des pilotes payants qui lui permettaient de boucler ses fins de mois. Mais le résultat fut catastrophique : en cinq années, ses voitures n’ont participé qu’à 13 Grands Prix et ont encaissé 68 non-qualifications…
Courant 1991, Coloni annonce l’arrivée d’un "mystérieux investisseur", selon ses propres mots. Il s’agit d’un excentrique industriel italien douteux, Andrea Sassetti, qui dirige une entreprise de fabrication de chaussures et d’accessoires d'un goût franchement discutable. Sassetti, au look de voyou négligé, n’investit pas mais rachète directement l’écurie. Des informations font état d’une transaction évaluée à neuf millions d’euros. Difficile à confirmer.
Sassetti déménage l’écurie dans l'une de ses usines pour la saison 1992 et change son nom pour qu'elle devienne Andrea Moda, sa marque commerciale. Le projet original de l’Italien est de passer un accord avec Simtek qui a réalisé, quelques années auparavant, une monoplace destinée à recevoir un moteur BMW. Ce châssis est en effet disponible, car le constructeur automobile allemand a finalement choisi de courir en DTM et non pas en F1.
Premier Grand Prix, premier ennui
Par contre, les délais sont trop courts pour engager cette voiture dès le premier Grand Prix de la saison, en Afrique du Sud. La minuscule écurie n’a d’autre choix que de se rabattre sur un ancien châssis Coloni C4 pour débuter. Les mécaniciens doivent d'abord greffer un Judd V10 à ce châssis conçu pour recevoir un V8 Cosworth. À Kyalami, l’écurie est toutefois déclarée non éligible car elle n’a pas payé la caution qui valide son inscription… En effet, la FIA considère qu’Andrea Moda est une nouvelle écurie, même si elle est née des cendres de Coloni.
Perry McCarthy lors du week-end du GP d'Espagne.
Pour le Mexique, la voiture Simtek n’est toujours pas prête. Sassetti expédie deux coques nues, deux moteurs et quelques pièces pour ne pas avoir à payer la pénalité liée à son absence. Les deux pilotes, Alex Caffi et Enrico Bertaggia, excédés par cette totale désorganisation, quittent le navire.
Sassetti recrute alors Roberto Moreno et le Britannique Perry McCarthy, qui accepte de courir sans salaire. Cependant, des pilotes payants, aux poches bien remplies, frappent soudainement à la porte d’Andrea Moda. À la vue de cet argent frais, Sassetti tente de se séparer de McCarthy, mais la FIA refuse tout nouveau changement de pilote. Ne pouvant mettre McCarthy à la porte, Sassetti décide donc de l’ignorer et de ne pas faire préparer sa voiture… On ne lui moule même pas de baquet !
Lors des pré-qualifications en Espagne, la S921 de McCarthy parcourt 18 mètres dans la voie des stands quand son moteur Judd se coupe soudainement. Quant à Moreno, il est trop lent de 10 secondes pour être pré-qualifié. Celui-ci se qualifie miraculeusement à Monaco, mais une rumeur veut que ce soit grâce à de l’essence de haute qualité, d'un pétrolier concurrent et tirée d’un fut cédé par le manager d’une autre écurie.
Des soucis à répétition
Au Canada, Andrea Moda se retrouve sans moteur en raison d'une étrange affaire de problème d'expédition de matériel outre-mer. L’écurie Brabham lui prête alors un moteur pour Moreno. En France, le camion transporteur n’arrivera jamais au circuit de Magny-Cours, bloqué par une grève des routiers. En Hongrie, l’écurie envoie McCarthy en piste pour tenter de se pré-qualifier alors qu'il ne reste plus que 45 secondes dans la séance. Le pauvre ne parvient évidemment pas à effectuer un tour chronométré ! Les S921, surtout celle de McCarthy, sont entretenues avec des pièces en fin de vie, et même parfois des pièces endommagées et réparées à la hâte.
En Belgique, Andrea Sassetti est arrêté dans le paddock du circuit de Spa-Francorchamps pour une affaire de fausses factures. Les deux voitures sont encore ridicules en piste. Pire, McCarthy croit sa dernière heure venue quand la direction de sa monoplace se bloque en passant dans le Raidillon de l'Eau Rouge.
Deux semaines plus tard, l’équipe pénètre dans le paddock du circuit de Monza mais en est immédiatement expulsée. La FIA l’exclut du Championnat du monde pour avoir jeté le discrédit sur la Formule 1. C’est la fin de l’aventure.
Roberto Moreno lors du GP de Monaco 1992.
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