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Il y a 15 ans : six F1 au départ, la farce d'Indianapolis

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19 juin 2020 à 08:51

Il y a 15 ans jour pour jour, le Grand Prix des États-Unis 2005 démarrait avec six voitures seulement sur la grille de départ, faute à des problèmes de pneus Michelin et à l'impossibilité de parvenir à une solution pour assurer la tenue de la course.

Avant le début du week-end d'Indianapolis, Fernando Alonso (Renault) arrive en leader du Championnat du monde, avec 59 points contre 37 pour son plus proche poursuivant, Kimi Räikkönen (McLaren). Après avoir dominé la F1 pendant cinq années, Ferrari est en grande difficulté et n'est pas du tout dans le match pour les titres mondiaux.

La première séance d'essais libres du Grand Prix des États-Unis voit Juan Pablo Montoya (McLaren) terminer en tête en 1'12"027 devant Ricardo Zonta (Toyota) et Alonso. Mais durant l'après-midi, l'épreuve prend un tournant décisif. Ralf Schumacher (Toyota) est victime d'une grosse sortie de piste dans le virage 13 du tracé d'Indianapolis, le seul virage de l'ovale emprunté par les F1 dans cette configuration (et le seul virage de ce type dans tout le calendrier). Il apparaît clairement que c'est le pneu arrière gauche de la Toyota qui a cédé, envoyant le pilote allemand dans le mur.

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Paul Stoddart, alors directeur de Minardi, racontera quelques jours plus tard : "Plus tard cet après-midi là, c'était la première fois que je prenais connaissance d'un problème potentiel avec les pneus Michelin lors de cette course. En toute honnêteté, je n'y ai pas accordé une grande attention, car notre équipe était équipée de pneus Bridgestone."

Lors de la même séance, Zonta subit également une défaillance pneumatique étrange, mais dans une autre partie du tracé. Schumacher déclare forfait le samedi matin. Il est remplacé pour le reste du week-end par le même Zonta, qui avait roulé jusqu'ici en tant que pilote de réserve, dans une troisième Toyota.

"En arrivant au circuit, la rumeur était qu'il y avait un problème avec les pneus arrière fournis à toutes les équipes Michelin pour cette course, et il est devenu évident lors [des essais libres] que la plupart des équipes touchées étaient très conservatrices concernant leur roulage en piste", expliquera aussi Stoddart à propos du samedi.

Côté sport, ce samedi se passe presque normalement : Räikkönen termine la dernière séance d'essais libres en tête, en signant 1'10"643. Les qualifications, à l'époque disputées sur un seul tour lancé, permettent à Jarno Trulli de s'emparer de la pole (en 1'10"625), la toute première de l'Histoire de Toyota en F1. Il devance Räikkönen et Jenson Button (BAR).

Un gros problème

Plus tard cependant, il devient clair que la situation est grave : Michelin n'a pas encore trouvé la cause du problème et fait affréter de nouveaux pneus, mais ceux-ci étant de la même spécification, la même défaillance est très probable. Cela est d'autant plus problématique qu'en 2005, un seul train de gommes doit réaliser l'intégralité des qualifications et de la course.

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Le manufacturier français explique alors à la FIA ne pas comprendre la cause des problèmes et pointe le fait que le virage 13 impose aux gommes des contraintes spécifiques. Cela est d'autant plus vrai en 2005 car la piste du speedway a été resurfacée depuis l'édition 2004, avec un tarmac plus abrasif. Pourquoi Bridgestone ne semble pas en souffrir ? A priori car les données récoltées par sa filiale Firestone, dont les pneus équipent les voitures d'IndyCar, lui ont servi pour préparer la course. 

Après l'alerte lancée par Michelin, la FIA propose trois solutions : que les pilotes ralentissent dans le virage 13, qu'ils changent de pneus très régulièrement en course ou qu'ils utilisent une autre spécification, avec risque de pénalité car cela est contraire au règlement. Des solutions inenvisageables sur le plan de la sécurité ou impossibles à mettre en œuvre matériellement.

L'hypothèse de la chicane

Pierre Dupasquier et Nick Shorrock indiquent alors que le manufacturier ne laissera pas courir ses équipes (sept sur dix) dans ces conditions. Une solution est proposée par la firme française, soutenue par neuf écuries (à l'exception notable de Ferrari) : ralentir le virage 13 en modifiant le tracé et en installant une chicane.

Une réunion en urgence est organisée le dimanche matin. Y participent Bernie Ecclestone, Tony George, le responsable du circuit, des représentants de Michelin et les directeurs d'équipes. Jean Todt, à la tête de la Scuderia Ferrari, est absent. Tout le monde s'accorde alors pour dire que seule la solution de la chicane dans le virage 13 est viable. Ecclestone se charge de convaincre Max Mosley, président de la FIA et non présent à Indianapolis, et Todt.

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Aux alentours de 11h, une autre réunion a lieu et le verdict tombe : non seulement Jean Todt n'est pas d'accord, estimant que cette situation n'est pas le problème de Ferrari, mais Mosley refuse la moindre altération du tracé sous peine d'annulation pure et simple du Grand Prix. En effet, c'est bien le tracé sans chicane qui est homologué et la moindre modification poserait des problèmes en matière de sécurité mais également au niveau des assurances et sur le plan juridique en cas d'accident grave.

Les neuf équipes présentes tentent alors de trouver une solution qui garantirait le spectacle en piste pour les gens sur le circuit et devant leur télévision. Ainsi, plusieurs idées germent : faire de cette course une épreuve hors championnat, ne pas faire marquer de points aux voitures Michelin, installer la chicane mais en ne la faisant utiliser que par les voitures du manufacturier français... La solution d'une course hors championnat implique alors que la FIA retire son personnel.

Les menaces de Mosley

Qui dit pas de FIA, dit pas d'inspection et donc, de fait, pas vraiment de règlement. Les écuries réfléchissent alors à la meilleure manière de maintenir le plan avec la chicane tout en utilisant leur propre personnel pour combler les vides laissés par le départ de la fédération. Les 20 pilotes sont alors appelés à rejoindre la réunion pour se faire exposer le plan : aucun ne semble en désaccord, même si ceux de Ferrari laissent à Jean Todt le soin de décider.

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Après le départ des pilotes, la solution trouvée est exposée au téléphone par Flavio Briatore, directeur de Renault, à Max Mosley. Ce dernier refuse de nouveau et surtout, plus tard, menace les autorités sportives américaines de représailles si jamais la moindre course hors championnat venait à se dérouler. Dans ces conditions, le retrait de sept écuries devient inévitable malgré tous les efforts déployés.

Il est décidé, en accord avec Ecclestone, que l'ensemble des voitures Michelin se mettent en grille, tout en ne prenant pas le départ de la course. Cependant, pour l'extérieur, le doute plane car ni les médias, ni les spectateurs ne sont informés officiellement de l'échec total des tractations même si la rumeur commence à s'élever.

Une grille de 6 voitures

Une fois la piste dégagée, les 20 voitures prennent le départ du tour de formation, toujours sans qu'aucune annonce n'ait été faite. Au moment de revenir sur la grille et malgré le plaidoyer de certains pilotes à la radio, les 14 voitures équipées de Michelin plongent dans la voie des stands et se retirent de la course, sous les regards médusés des spectateurs et des téléspectateurs. Personne n'en croit ses yeux, pas même les commissaires présents.

Et pourtant, il n'est plus possible de faire machine arrière : alors que les dernières voitures Michelin sont rentrées dans les garages, le départ de la course est donné avec six monoplaces, toutes chaussées de Bridgestone (Ferrari, Jordan et Minardi). Stoddart expliquera plus tard que Minardi avait prévu de se retirer également, comme Jordan, mais apprenant que l'équipe irlandaise allait finalement bien courir, l'équipe italienne avait pris le départ. La réaction du public ne se fait pas attendre : cris, huées, sifflets, pouces baissés et doigts d'honneur accompagnent le spectacle offert. Des objets, comme des canettes ou des bouteilles, sont jetés sur la piste.

Sur le plan du sport, presque anecdotique ce jour-là, Ferrari réalise un doublé avec Michael Schumacher devant Rubens Barrichello, les deux hommes ayant même failli s'accrocher à une vingtaine de tours de l'arrivée. Au terme de l'épreuve, personne n'est vraiment heureux – à l'exception notable et bien compréhensible de Tiago Monteiro, qui monte sur son premier podium – devant des tribunes en grande partie vides.

Le lendemain, la presse mondiale, généraliste ou sportive, évoque cette parodie de course et tacle l'incapacité de la discipline à parvenir à une solution de compromis qui aurait sauvé l'épreuve. Cependant, il apparaît en réalité que le problème était quasiment insoluble, de part et d'autre.

En effet, suite à l'épreuve, la FIA convoque les sept écuries Michelin à une audience devant le Conseil Mondial du Sport Automobile pour qu'elles s'expliquent sur les raisons du forfait. Les structures sont alors accusées d'avoir nui à l'intérêt de la compétition et du sport automobile (article 151 c du Code Sportif International). Des cinq éléments qui leur étaient reprochés, deux conduisent à un jugement de culpabilité : celui ne pas avoir en possession de pneus viables pour la course (avec d'importantes circonstances atténuantes toutefois) et celui de ne pas avoir pris le départ de la course. Les sanctions doivent être décidées en septembre.

Cependant, le 22 juillet 2005, le Conseil Mondial annule ce verdict en exonérant totalement les structures. Selon la BBC, l'élément clé de ce changement d'approche a été la révélation que la loi de l'État d'Indiana ne permettait pas aux équipes chaussées de Michelin de faire autre chose que de se retirer de la course. En effet, si jamais elles avaient couru, elles auraient été exposées à des accusations criminelles pour avoir mis en danger des personnes en connaissance de cause, et ce même si aucun accident n'avait eu lieu.

Une enquête menée par la suite démontrera qu'il n'y avait par ailleurs aucun défaut de fabrication des pneus Michelin apportés à Indianapolis. Mais les contraintes placées par le virage 13 avaient été sous-estimées, notamment en raison de l'abrasivité de la nouvelle surface, et ils avaient donc été incorrectement conçus pour pouvoir y résister sur l'ensemble d'une épreuve.

Michelin prendra, quelques jours après la course, la décision de rembourser les spectateurs présents ce dimanche 19 juin 2005 et achètera également 20'000 billets pour le GP des États-Unis 2006 afin de les distribuer.

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À propos de cet article

Séries Formule 1
Lieu Indianapolis Motor Speedway
Auteur Fabien Gaillard