Porsche vs Ferrari, histoire d'une controverse

Le duel entre Ferrari et Porsche pour le titre mondial en GTE Pro a pris une tournure délicate à Bahreïn, où un accrochage entre Alessandro Pier Guidi et Michael Christensen a marqué les derniers instants de course. Ferrari n'est que provisoirement titré, car Porsche a fait appel.

Porsche vs Ferrari, histoire d'une controverse
Charger le lecteur audio

La deuxième course organisée sur le circuit de Bahreïn pour conclure la saison 2021 du WEC a débuté dans l'animosité et s'est terminée de la même manière : Ferrari et Porsche se sont affrontés aussi bien en piste que chez les commissaires. Cette controverse a malheureusement pris le dessus sur une course fabuleuse où il était impossible de dire qui allait gagner, et où les prétendants au titre étaient roue dans roue à onze minutes de l'arrivée d'une épreuve de huit heures.

Pour le moment, l'accrochage entre la Ferrari pilotée par Alessandro Pier Guidi et la Porsche de Michael Christensen permet au pilote italien et à son coéquipier James Calado d'être titrés à bord de la Ferrari #51. Cependant, la couronne pourrait revenir à la Porsche #92 que Kévin Estre et Neel Jani partageaient le week-end dernier avec Christensen.

Après la course, le constructeur allemand a porté réclamation. Celle-ci a été rejetée par les commissaires et Porsche a rapidement décidé de faire appel. Il est donc fort probable que le titre des pilotes et celui des constructeurs en GTE Pro se décide devant la Cour d'appel internationale de la FIA, à une date encore inconnue.

L'histoire sombre de ces 8 Heures de Bahreïn a débuté le mercredi entre les deux épreuves organisées sur le circuit de Sakhir. Le Comité WEC, composé d'experts techniques de la FIA et de l'Automobile Club de l'Ouest, a annoncé un changement de la BoP pour Ferrari après avoir fortement affecté ses performances lors de la course précédente.

La réduction de puissance infligée à la 488, estimée à 25 ch par Ferrari, a ainsi été réduite de moitié. Porsche a soulevé une objection de la manière la plus polie possible, son directeur des opérations en WEC, Alexander Stehlig, suggérant que ce n'était pas conforme à ses chiffres tout en concédant que la FIA et l'ACO avaient davantage de données à leur disposition.

Pourtant c'est Ferrari, bien que bénéficiaire de cette décision, qui a manifesté sa colère. L'équipe AF Corse a porté réclamation contre la BoP des deux courses de Bahreïn mais les commissaires l'ont rejetée. Les détails de cette double réclamation ne sont pas publics, mais il était clairement question de remettre en cause la légitimité des changements infligés au nom d'une règle permettant au législateur d'intervenir en-dehors du système de BoP automatique introduit en 2017.

 

Dans sa réclamation, Ferrari a cité un communiqué de presse du WEC datant de 2017, ainsi qu'un échange de mails entre les constructeurs et le législateur. Les commissaires ont estimé qu'aucun de ces documents ne constituait un engagement et que seul l'article concerné dans le Règlement Technique l'était. Ils ont également indiqué que "les changements effectués par le Comité WEC ne sont pas sujets à réclamation ou appel".

La décision des commissaires est parue vendredi midi, juste avant que Calado ne signe en essais libres un chrono à deux dixièmes de la pole précédemment établie par Estre. L'écart de 0"160 entre les deux constructeurs était alors le plus faible depuis le début de la saison. Mais une nouvelle pole du pilote français a permis à son duo formé avec Jani de revenir à hauteur de Pier Guidi et Calado avec le même nombre de points au championnat.

Porsche et Ferrari semblaient donc être sur un pied d'égalité avant la course. Lors des 30 premiers tours, Estre et Calado était rarement séparés par plus d'une seconde, avant que le Britannique ne prenne un peu d'avance. Le Français a ensuite repris la tête puis la Porsche est restée devant la Ferrari tout au long de ce double relais. Jamais l'écart n'a dépassé trois secondes.

La physionomie du duel a changé au début de la quatrième heure. Ferrari a pris l'ascendant sur Porsche dans les stands, au moment où Calado et Christensen se sont installés au volant. La 488 était alors clairement la voiture la plus rapide, s'échappant en tête tandis que Daniel Serra a placé la deuxième AF Corse aux avant-postes devant la Porsche.

Le clan allemand a donc décidé de modifier sa stratégie. Christensen s'est arrêté plus tôt au milieu de son double relais puis est repassé au stand pendant la quatrième neutralisation par Full Course Yellow pour laisser sa place à Estre. Ce dernier a repris la piste avec des pneus neufs, à une dizaine de secondes de Calado, chaussé quant à lui de pneus usés. Il a effacé ce retard puis pris 12 secondes d'avance en tête. À son tour en pneus neufs, Pier Guidi n'a pas repris beaucoup de temps à Estre dans le relais suivant.

À 1h10 de l'arrivée, Christensen est repassé au volant de la Porsche de tête pendant une cinquième neutralisation. Porsche n'avait plus de pneus neufs et a donc équipé le Danois des meilleures gommes usées encore à sa disposition, tandis que Pier Guidi avait deux pneus neufs à l'arrière.

L'arrêt pour changer uniquement ces deux pneus a globalement réduit de moitié l'avantage de Porsche, puis Pier Guidi est revenu sur le leader en l'espace de 20 tours. Ses gommes avaient toutefois souffert lorsqu'il est arrivé dans les échappements de Christensen et il est resté à cette position.

 

Puis la manœuvre polémique est survenue, quand Filipe Albuquerque a plongé avec son Oreca à l'intérieur de la Porsche au dernier virage. La Ferrari a alors accroché la Porsche par l'arrière et l'a envoyée en tête-à-queue.

Quelques secondes plus tard, un message du directeur de course est apparu sur les écrans, indiquant à Ferrari de demander à son pilote de rendre la position à Christensen. La Ferrari a ralenti et n'était pas à pleine vitesse lorsque la Porsche est rentrée au stand. Un tour plus tard, la Ferrari a fait de même : les arrêts prématurés sous FCY nécessitaient un ultime appoint de carburant dans les deux équipes.

Après ces arrêts, Pier Guidi s'est retrouvé en tête avec quelques secondes d'avance sur Christensen, qui ne pouvait pas se rapprocher en pneus usés. L'ordre d'inverser les positions a été abrogé mais cela n'a pas été officiellement communiqué sur les écrans. Et la Ferrari a coupé la ligne d'arrivée victorieusement à 22 heures, avec trois secondes d'avance.

Christensen était furieux, assurant qu'il avait été "tout simplement mis hors piste". Il a également insisté sur le fait qu'il n'avait rien fait de mal au moment d'être doublé par une LMP2. "Le prototype me dépassait et j'étais à l'extérieur du virage, comme l'on peut s'y attendre", a-t-il expliqué. "Je n'ai pas freiné tôt mais, évidemment, je devais m'assurer de pouvoir prendre le virage."

Pour expliquer l'incident, Pier Guidi a quant à lui utilisé le mot "involontaire" : "Je n'aime pas [ce qui s'est passé] mais je ne pouvais rien faire différemment. Je ne pouvais pas l'éviter."

Pier Guidi a également souligné qu'il avait perdu beaucoup de temps dans le tour consécutif à l'accrochage, puisqu'il essayait de rendre la position. Il était approximativement dix secondes plus lent, soit l'écart entre les deux voitures après le tête-à-queue de Christensen.

Porsche a rapidement porté réclamation. Celle-ci était axée sur l'ordre de la direction de course, estimant qu'il s'agissait d'une décision unilatérale du directeur de course et contraire au Code Sportif International de la FIA. Les commissaires ont rejeté cette réclamation, assurant qu'ils avaient eux-mêmes pris la décision.

"Toutes les décisions relatives à l'incident entre la voiture 51 et la voiture 92 au virage 14 ont été rapportées aux commissaires par le directeur de course, examinées et prises par les commissaires en accord avec le directeur de course", ont-ils indiqué.

Porsche a donc notifié son intention de faire appel et disposait, à partir de cet instant, de 96 heures pour monter son dossier. Si cela se confirme, tout se jouera donc devant les instances de la FIA dans les semaines ou mois à venir. 

 

partages
commentaires

Ogier ne s'est "pas mis de pression" pour son test en WEC

Le sport auto est très bankable, selon la légende du Mans Tom Kristensen