Interview

La fin de l'ère Ogier : "J'ai douté de moi à de nombreuses reprises "

Ce week-end, le Rallye de Monza marque la fin d'une ère en WRC : Sébastien Ogier s'apprête à mettre un terme à sa présence à temps plein dans le championnat et vise avant cela un huitième titre mondial. Malgré sa longévité, le pilote Toyota révèle dans une interview exclusive que l'incertitude persistante l'a poussé dans une quête incessante de perfection.

Sébastien Ogier, Toyota Gazoo Racing

Le spectacle familier d'un Sébastien Ogier en pleine action, luttant pour un nouveau titre de Champion du monde des Rallyes, appartiendra l'an prochain au passé. Il va tirer ce week-end un trait sur sa carrière à plein temps dans la discipline, à l'occasion de la finale du championnat, à Monza. De l'extérieur, la manière dont le métronome humain du WRC a continué à enchaîner les titres a paru relativement simple. C'est ça, la magie d'Ogier. Il est passé maître dans l'art de rendre d'apparence facile la plus difficile des disciplines de la course automobile.

L'imperturbable Français ne laisse que très rarement paraître ses émotions et une performance sans faille au volant est attendue à chaque rallye, tandis qu'une erreur est presque accueillie comme quelque chose de collector. C'est le niveau qu'Ogier a recherché et atteint au cours de sa carrière en WRC, avec à ce jour 53 victoires et sept titres mondiaux au compteur sous les couleurs de quatre constructeurs différents (Citroën, Volkswagen, M-Sport Ford et Toyota).

Depuis 2013, il n'a été battu qu'une seule fois : en 2019 par Ott Tänak, lorsqu'Ogier a fait un bref retour chez Citroën. Il est resté invaincu pendant ses quatre années passées au volant de la Polo de VW et ses deux années au volant de la Fiesta de M-Sport.

S'il parvient à se défaire de son coéquipier et rival Elfyn Evans au Rallye de Monza ce week-end, il décrochera un impressionnant huitième titre mondial. Et il sera également invaincu au cours de son passage sous les couleurs du constructeur japonais. Il ne serait alors devancé dans l'Histoire du WRC que par les neuf tires de Sébastien Loeb. Ce n'est toutefois pas un véritable au revoir, car Ogier aura un programme partiel l'an prochain, qui commencera par le Rallye Monte-Carlo.

Pour souligner le poids d'Ogier dans la discipline depuis qu'il y a fait ses débuts avec l'équipe junior de Citroën en 2009, il suffit de rappeler qu'à 37 ans, il a remporté plus d'un tiers des 148 rallyes auxquels il a participé au volant d'une auto de la catégorie reine et qu'il est monté sur le podium à 90 reprises (soit 60% du temps).

Au cours de la dernière décennie, Ogier a été quasiment inarrêtable.

Au cours de la dernière décennie, Ogier a été quasiment inarrêtable.

Chacun a son opinion sur le secret du succès prolongé d'Ogier en WRC, qui repose sur sa capacité à produire des performances dignes d'une machine, tel un métronome pour enchaîner les victoires et les titres. Son talent inné n'est qu'une partie de l'histoire, car c'est la manière dont il l'a exploité et fait progresser qui a fait de lui une légende du WRC.

Les spécialistes affirment que la manière dont Ogier sait passer d'un style superbe, souple et moins flamboyant entre l'asphalte et la terre est l'une des raisons de son succès. D'autres mettent en avant sa capacité à limiter la casse lorsqu'il ouvre la route sur terre, un obstacle devenu fréquent puisqu'il a souvent mené le championnat du début à la fin. D'ailleurs, et c'est un record, il a remporté l'inaugural Rallye Monte-Carlo à huit reprises. Cela nécessite également une relation étroite avec un copilote tout aussi talentueux, en l'occurrence Julien Ingrassia, qui aura été présent pendant 16 ans à ses côtés et prendra sa retraite après ce week-end.

J'ai toujours affiché cette étrange force mentale que j'ai, en ne laissant pas ressortir beaucoup d'émotions. Mais en moi, j'avais des doutes.

Sébastien Ogier

Cependant, en revenant sur sa carrière lors d'un entretien accordé à Motorsport.com, Ogier révèle que les secrets de son succès sont beaucoup plus complexes. Il donne l'impression d'être cool et calme au volant, mais si l'on gratte un peu, lui-même confie avoir souvent douté de ses capacités. Il estime que c'est en canalisant cette énergie et en cherchant sans cesse à atteindre la perfection qu'il a réussi à imposer sa domination.

"C'est une bonne question et c'est toujours difficile d'y répondre", explique Ogier, qui envisage l'an prochain une reconversion en Endurance. "J'ai été fort sur asphalte mais en vérité, depuis que j'ai commencé le rallye, j'ai davantage préféré piloter sur terre. C'est une surface sur laquelle on peut ressentir et exploiter l'essentiel du potentiel d'une WRC. Mais à force de devoir ouvrir la route sur de nombreux rallyes, surtout sur terre, ça a un peu tué le bonheur, car souvent ça te met dans une situation où c'est super difficile d'être rapide sur cette surface lorsque tu pars premier."

"Je dirais que, peu importe ce que j'ai accompli dans ma carrière, j'ai toujours pris le temps de réfléchir et de m'interroger : 'Comment puis-je être meilleur' ? Je n'ai jamais ressenti au fond de moi : 'C'est fini, je suis le meilleur et je n'ai plus besoin de rien faire'. Je me suis toujours remis en question, même lors d'un week-end réussi. Bien sûr, à l'extérieur j'ai toujours affiché cette étrange force mentale que j'ai, en ne laissant pas ressortir beaucoup d'émotions. Mais en moi, j'avais des doutes. J'ai douté de moi à de nombreuses reprises et je crois que c'est la meilleure manière d'essayer de progresser."

Canaliser ses doutes, la force d'Ogier.

Canaliser ses doutes, la force d'Ogier.

Nous y voilà. Même les meilleurs du monde doutent. Après tout, Ogier est humain. Les mots du pilote tricolore constituent une leçon précieuse qui peut s'appliquer à chacun d'entre nous. Il n'y a pas de mal à douter ; ce qui compte, c'est la manière d'y faire face. Ogier a choisi de se confronter à ses propres doutes et a été récompensé par une carrière dont il se souviendra avec tendresse dans les années à venir.

"Je suis évidemment très heureux de ce que j'ai accompli", dit-il. "Quand tu as le rêve d'accéder à ce monde, personne n'ose viser si haut et gagner autant. Le rêve était de devenir Champion du monde et j'y suis parvenu en 2013. Après ça, y ajouter plus de victoires et de titres a vraiment été un privilège. C'est une aventure fantastique, lors de laquelle j'ai réussi à gagner avec des équipes et des gens différents. Je chérirai tous ces souvenirs pour toujours. Pendant ta carrière, parfois tu ne prends pas le temps de réfléchir et de regarder tout ça. Je suis certain que lorsque je vais lever le pied, je m'en rendrai compte davantage."

Ceux qui ont observé Ogier de près n'ont pas besoin d'y retourner pour saluer ce qu'il a accompli, qui a retenti dans tout le monde du WRC. Son ancien coéquipier et adversaire chez Volkswagen, qui est désormais son patron chez Toyota, en est encore admiratif. "Pour moi, quand on prononce le nom de Sébastien Ogier, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est le rival le plus dur jamais vu en rallye", confie Jari-Matti Latvala. "Il a cette étincelle quand il est sous pression et, quand il se bat, il semble avoir plus d'énergie encore. Je dirais qu'il a rehaussé le niveau de tous les autres pilotes du championnat. Si tu veux battre Ogier en face-à-face, tu dois vraiment, vraiment être bon."

Ogier ne veut pas laisser l'émotion le déborder dans la lutte pour un dernier titre à Monza.

Ogier ne veut pas laisser l'émotion le déborder dans la lutte pour un dernier titre à Monza.

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