Ce combat perpétuel que l'année 2024 doit rappeler à la F1
La saison de F1 la plus chargée jamais organisée aura lieu trois décennies après le funeste Grand Prix de Sain-Marin 1994. Le rappel d'un combat permanent et jamais gagné, celui de la sécurité.
Martin Brundle n'utilise pas souvent les réseaux sociaux, car avec plus d'un million de followers sur les différentes plateformes, il en comprend à la fois l'importance et les pièges. D'autant plus qu'il est le principal commentateur anglophone de la Formule 1. Lorsqu'il poste quelque chose, il s'agit généralement d'un commentaire perspicace ou d'une chronique qui mérite d'être lue.
C'est ainsi que le 2 novembre dernier est apparue sur mon téléphone une photo de lui, agenouillé sur la tombe d'Ayrton Senna. "Je me suis rendu sur la tombe d'Ayrton pour lui rendre hommage", écrivait-il. "C'est le Dia dos Mortos [Jour des morts] au Brésil, et le cimetière du parc de Morumbi était serein et magnifique. Il repose certainement en paix ici."
Nombreux sont ceux qui se joindront à Martin pour repenser aux 30 années qui se sont écoulées depuis les deux tragédies qui nous ont pris Ayrton et Roland Ratzenberger lors du week-end du Grand Prix de Saint-Marin, en 1994.
Sachant que 35 pilotes se sont tués au volant d'une Formule 1 en Championnat du monde, lors de courses hors championnat ou en essais entre 1950 et ce funeste week-end en Italie, le bilan sécuritaire de la discipline depuis cette date est tout à fait remarquable. La mort de Jules Bianchi après ses blessures subies au Grand Prix du Japon en 2014 a été un choc absolu pour toute une génération de membres du paddock, de médias et de fans de F1 qui pensaient que de telles catastrophes étaient reléguées à jamais dans les livres d'histoire.
Cela n'aurait bien sûr pas dû être le cas.
Les progrès de la sécurité en F1, comme le Halo, ont contribué à sauver la vie de Romain Grosjean en 2020.
Les risques inhérents à la course automobile à plus de 300 km/h demeurent. En 2013, le décès prématuré de Maria de Villota était une conséquence de son accident survenu un an auparavant lors d'une séance d'essais avec Marussia sur l'aérodrome de Duxford. La révolution pour améliorer la sécurité, défendue par Max Mosley, soutenue par Bernie Ecclestone et mise en œuvre par des gens comme le professeur Sid Watkins, Charlie Whiting et Peter Wright ne peut jamais être considérée comme achevée.
Les reproches envers la taille et le poids des monoplaces modernes sont devenues monnaie courante, mais personne ne doute que l'introduction du Halo a permis à des pilotes comme Romain Grosjean et Lewis Hamilton d'éviter des blessures qui auraient pu changer le cours de leur vie, si ce n'est pire. L'amélioration continue de la sécurité doit rester au cœur des règlements techniques et sportifs de la Formule 1 car, dans l'étude de la sécurité, il est évident que plus on s'éloigne de la dernière tragédie, plus on se rapproche de la prochaine.
Dans la F1 d'aujourd'hui, qui prend encore plus de place qu'en 1994, il semble inimaginable qu'un pilote de la même stature qu'Ayrton connaisse un destin similaire alors qu'il est en tête d'une course. Pourtant, c'est précisément pour cette raison que nous devons soutenir ceux qui portent la lourde responsabilité de contrôler les équipes et les pilotes, de faire intervenir la voiture de sécurité, ou encore de brandir un drapeau rouge.
Alors que nous entamons la saison de F1 la plus chargée de l'histoire, les fondements de la sécurité n'ont jamais été aussi importants.
Souvent, je déplore moi-même la réticence qu'a la F1 à "laisser les pilotes courir" dans de mauvaises conditions météorologiques, ou la manière excessive dont elle paraît réagir à la suite d'un accident relativement mineur. La mémoire collective de ce qui s'est passé à Imola en 1994 et à Suzuka en 2014 doit constamment être ravivée et rafraîchie. La suffisance est l'ennemi de la F1.
Alors que nous entamons la saison de F1 la plus chargée de l'histoire avec 24 Grands Prix sur des circuits plus diversifiés que jamais, les fondements de la sécurité n'ont jamais été aussi importants.
Espérons que les prochains anniversaires de la disparition d'Ayrton et Roland seront l'occasion de réaffirmer la détermination de toutes les parties prenantes à faire en sorte que les 30 prochaines années se déroulent sans perdre quelqu'un d'autre. La course vers l'absence totale d'accident mortel vaut la peine d'être gagnée.
La récente visite de Martin Brundle sur la tombe d'Ayrton Senna est un rappel du combat incessant qu'est la sécurité en F1.
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