Remy Gardner : des années de galère avant de se faire un prénom

Avec persévérance, Remy Gardner a décroché en 2021 son premier titre de Champion du monde, avant de rejoindre la catégorie reine. Au fil de saisons parfois compliquées, il a su faire ses preuves et apprendre de ses erreurs.

Remy Gardner : des années de galère avant de se faire un prénom

"Je suis Remy Gardner, pas Wayne." Combien de fois Remy Gardner a-t-il dû prononcer cette phrase depuis qu'il a commencé à courir ? Sans cesse ramené au nom légendaire de son père, titré en 1987, le pilote australien a longtemps peiné à sortir de cette ombre aussi protectrice qu'envahissante. Il lui a fallu rappeler son prénom lorsqu'au mois de novembre dernier, il a célébré son premier titre mondial, dans la catégorie Moto2, tout comme il a dû le rabâcher tout au long de sa carrière, dans des moments parfois bien plus difficiles où la critique ne le voyait pas à la hauteur de cet héritage.

Car le nouveau lauréat des Grands Prix moto a connu un parcours semé d'obstacles. Né une dizaine d'années après le titre de celui qui fut le premier champion australien de la catégorie reine, Remy Gardner a logiquement été baigné dans la passion paternelle. Formé en flat-track puis en minimoto, il a franchi à 13 ans un cap décisif pour tout Australien souhaitant de nos jours accéder aux plus grandes courses de moto sur circuit : il s'est installé en Espagne afin de participer au Championnat de Méditerranée dans la catégorie Pré-Moto3. Une réussite, puisqu'il s'y est classé deuxième et, dans la foulée, il a pris part trois ans de suite au CEV en catégorie Moto3, dernière étape avant les Grands Prix.

Durant sa dernière saison en Espagne, il a pu faire quelques apparitions en Championnat du monde, avec à la clé un premier point obtenu en Malaisie, et le voici qui intégrait finalement la scène mondiale en 2015, avec le team CIP. Il avait 17 ans et semblait promis à un avenir rayonnant, pourtant cette saison en Moto3 s'est révélée difficile et il n'a marqué que six points, ceux de sa dixième place en Australie. L'expérience a même paru tourner court lorsque l'équipe de Moto2 qui l'avait recruté pour 2016 s'est retirée avant le début de la saison, l'obligeant à passer en Championnat d'Europe pour garder un pied dans la compétition. Il a finalement retrouvé le paddock mondial à partir du Grand Prix de Catalogne, pour marquer d'emblée un premier point dans la catégorie intermédiaire.

Deux saisons chez Tech3 lui ont ensuite offert un contexte plus stable, grâce auquel il s'est efforcé de progresser avant un nouveau coup d'arrêt, lorsqu'il s'est fracturé les deux jambes à Brno en 2018. Il s'est tout de même fait remarquer avec deux entrées dans le top 6, mais c'est en passant sur Kalex en 2019 qu'il a finalement obtenu un premier podium en Argentine, puis décroché une première pole position aux Pays-Bas. En l'espace de quelques semaines, il avait posé les bases des performances solides qui allaient bientôt le mener au succès.

Il a confirmé cette progression en 2020 en restant dans le team SAG. Malgré deux Grands Prix manqués à cause d'une fracture de la main, il a obtenu sept entrées dans le top 5 en 13 courses, dont quatre podiums et surtout une victoire parfaite, assortie de la pole et du meilleur tour en course, en guise de conclusion au championnat. Sur cet élan, Remy Gardner a rejoint le team Ajo et il a alors réalisé une saison 2021 quasiment irréprochable, avec pour seule erreur une chute à Austin. Malgré un coéquipier redoutable, il s'est imposé cinq fois et a cumulé les podiums, gérant suffisamment bien sa campagne pour avoir le dernier mot au championnat. C'est bien simple, en une saison, il a marqué plus de points qu'il n'en avait obtenus jusqu'alors en Grand Prix.

Désormais détenteur d'un titre mondial et de résultats qui font office de référence sur les deux dernières années, Remy Gardner estime avoir réussi à triompher en arrivant à se détacher de ses difficultés passées, même si certaines mauvaises passes auraient pu l'enfoncer. "J'ai connu beaucoup d'années difficiles, des moments très stressants et qui m'ont détruit mentalement", décrit-il auprès du site officiel du MotoGP. "On ne peut pas vivre dans le passé, on avance, on apprend de ces erreurs et on essaye de s'améliorer."

Remy Gardner, Red Bull KTM Ajo

Remy Gardner

"Je crois que j'ai beaucoup appris cette année, particulièrement sur la manière de gérer la pression, surtout avec un coéquipier comme Raúl [Fernández], aussi rapide, un rookie qui a si bien géré toute cette situation", poursuit-il. "Je crois que j'ai beaucoup appris durant cette année et je vais clairement emporter cela avec moi pour le reste de ma vie, où que ce soit, en MotoGP ou en faisant autre chose. Ça a donc clairement été une année spéciale."

Ces enseignements dont il se sent riche, Remy Gardner les aura dans ses bagages au moment de faire ses débuts dans la catégorie reine, cette saison. Il retrouve pour l'occasion le team Tech3, cette fois au guidon d'une KTM RC16.

"Je vais réaliser un autre rêve en courant dans la catégorie reine, avec les grands. C'est le rêve de tous les petits garçons qui veulent être pilotes. Le rêve n'est pas fini, maintenant c'est la partie fun qui commence !" s'enthousiasme-t-il. "J'ai vraiment hâte d'y être. Il est clair qu'il y a beaucoup à apprendre, Raúl sera rapide, il s'adapte vite alors ce sera bien, je pense qu'on va se pousser l'un l'autre et j'espère qu'on aidera KTM et que ça renforcera l'ensemble de la situation. J'espère qu'on pourra faire une année correcte et s'amuser avec cette moto. Quand on voit d'où on arrive, c'est vraiment incroyable."

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