Quelles conséquences au changement de pneus en cours de saison ?

Pirelli prévoit de modifier la structure de ses pneus à partir du Grand Prix de Grande-Bretagne, en plein milieu de la saison. Quelles conséquences un tel changement pourrait-il avoir ?

Quelles conséquences au changement de pneus en cours de saison ?
Charger le lecteur audio

Les pneumatiques ont déjà joué un rôle essentiel au cours de la saison 2021, notamment dans la lutte entre Mercedes et Red Bull. Ainsi, un changement pour la 10e course de la saison, qui rend potentiellement obsolète un grand nombre de données précieuses, n'est pas une mince affaire. Pour l'instant, personne, y compris Pirelli et les équipes, ne connaît les conséquences d'un tel changement. Les nouveaux pneus n'ont pas été utilisés en piste et ne le seront pas avant d'être testés ce vendredi au Grand Prix d'Autriche, durant les premiers essais libres.

Le passage à un flanc arrière plus rigide pourrait ne faire que peu ou pas de différence, ou bien avoir un impact sur la compétition à tous les étages, du moins jusqu'à ce que les équipes apprennent à les gérer. Pour ajouter du piment, ces pneus seront introduits lors du premier meeting comprenant une course sprint, à Silverstone, alors que toutes les équipes feront un saut dans l'inconnu en ce qui concerne le déroulement de leur week-end.

Elles utiliseront les nouveaux pneus lors des essais du vendredi matin, puis se lanceront directement dans les qualifications et les conditions de parc fermé l'après-midi, avec très peu d'occasions de régler leurs voitures.

"C'est un point d'interrogation", a déclaré le patron de Mercedes, Toto Wolff, interrogé par Motorsport.com sur l'impact des nouveaux pneus. "Personne ne sait vraiment si ce changement lui sera bénéfique. Vous pouvez être du côté chanceux ou du côté malchanceux. Nous allons les tester la semaine prochaine et voir ce qu'ils font. Mais c'est vraiment une inconnue. Cela influe beaucoup, parce que nous n'avons plus que cette séance de 60 minutes, donc nous sommes limités dans le temps de toute façon, et maintenant vous devez tester un autre pneu. Mais tant que c'est la même chose pour tout le monde, nous pouvons faire face. Nous allons relever le défi et essayer de comprendre ce qu'il faut avec ces pneus, et quel retour donner à Pirelli, et c'est très bien comme ça."

Le nouveau pneu fait partie de la réponse de Pirelli aux défaillances subies par Max Verstappen et Lance Stroll en Azerbaïdjan. La première étape a été la directive technique qui a modifié l’utilisation des pneus pour le Grand Prix de France, ainsi que des pressions arrière plus élevées.

 

En se rendant à Silverstone, circuit réputé pour ses charges ultra élevées et ses problèmes de pneus, Pirelli voulait faire un pas de plus en termes de sécurité. La possibilité de changer la structure de la gomme arrière a été discutée au cours des deux dernières semaines, et le plan a été confirmé lors d'une réunion des patrons d'équipes en Autriche vendredi dernier, présidée par le patron de la F1 Ross Brawn. Mario Isola, représentant de Pirelli, a eu l'occasion d'exposer les arguments du fabricant italien. La présence de Brawn à cette réunion indique qu'il s'agit d'un grand changement et qu'il est important d'éviter une répétition des échecs de Bakou. Cependant, il minimise son impact potentiel.

"C'est une évolution", a-t-il déclaré à Motorsport.com après la réunion. "Pirelli veut donner un peu plus de marge aux équipes pour qu'elles puissent travailler. Et c'est un changement raisonnable. Je pense que c'est quelque chose que toutes les équipes soutiennent, et c'est un changement logique. Je crois que les changements apportés au contrôle de la pression auraient permis de gérer la situation. Mais nous voulons nous donner un peu plus de marge."

Mais ce changement pourrait-il donner lieu à des plaintes de la part des équipes qui ont du mal à s'adapter au nouveau pneu ? "Eh bien, la F1 est très compétitive, donc quelqu'un va trouver un problème ! Mais je ne le pense pas. Je crois que les équipes sont très solidaires, et je suis optimiste, il n'y aura pas de problèmes."

Les écuries n'ont reçu que quelques informations de base sur les pneus, et devaient recevoir des détails plus complets mardi. Vendredi, chaque pilote disposera de deux trains de pneus pour les deux premières séances d’essais libres, en plus de leur quota habituel pour le week-end de course. Ce test est essentiel, et sans résultat convaincant, les nouveaux pneus ne pourront pas être utilisés à Silverstone.

"Nous parlons d’une structure que nous n'avons jamais testée auparavant sur la piste", a déclaré Isola. "Ce type de pneu est une idée que nous avions l'année dernière, lorsque nous développions les gommes de 13 pouces pour 2021. Si vous vous souvenez, nous avons testé différentes structures à Portimão. Et puis nous avions une date limite à respecter pour homologuer la nouvelle spécification de 2021. Mais après Portimão, nous avions aussi d'autres idées sur la façon de rendre le pneu arrière plus robuste. Et nous avons fait quelques prototypes. Nous effectuons habituellement plusieurs tests en interne pour évaluer le niveau d'intégrité du pneu. Et la nouvelle spécification a été positive à cet égard."

 

"La conception de 2021 est assurément une amélioration par rapport à 2020. Mais la nouvelle que nous voulons proposer est un autre pas clair vers un pneu plus robuste que celui utilisé actuellement. Pourquoi voulons-nous le tester et pourquoi voulons-nous l'introduire ? Il est vrai qu'avec la nouvelle directive technique, nous avons une situation bien meilleure maintenant. Le type et le nombre de contrôles effectués par la FIA nous donnent une bonne garantie sur la manière dont les équipes utilisent les pneus. Mais il est également clair que nous n'avons pas encore de capteur [de pression] standard. Et jusqu'en 2022, il est impossible d'introduire un capteur standard. La situation s'est donc considérablement améliorée par rapport à il y a quelques courses, mais nous avons toujours cette impossibilité de vérifier la pression en fonctionnement. Et nous avons une année chargée devant nous. Nous pensons donc qu'avoir cette solution dans la poche, et ne pas l'utiliser, n'est pas la bonne décision."

Ce nouveau pneu permet également à Pirelli d'essayer certaines idées pour l'année prochaine, comme l'explique Isola : "Cette nouvelle spécification présente certains concepts que nous envisageons d'introduire également dans le pneu 18 pouces. Ainsi, lorsque nous avons constaté que cette structure améliorait le prototype, quand nous l’avons testé en fin d'année dernière, ces concepts ont été retenus pour le pneu 18 pouces. Et maintenant, si nous l'introduisons, c'est aussi pour le 13 pouces. C'est un bon test également pour le pneu 18 pouces, parce que l'idée derrière s’applique aux deux types de pneus."

Comme Brawn, Isola minimise l'impact potentiel sur les équipes, soulignant que le profil du nouveau pneu est le même que celui du pneu actuel. "Je ne m'attends pas à un comportement différent", a-t-il déclaré. "Évidemment, c'est une spécificité différente en termes de géométrie et de conception du pneu. Nous n'allons pas changer le profil extérieur, car sinon cela affecte le design du fond plat et l'appui sur l'arrière de la voiture. Le nouveau pneu ne va donc pas changer ces éléments. Mais il est plus robuste. En termes de comportement, je ne m'attends pas à un grand changement dans l'équilibre, ou quelque chose comme ça. Mais nous devons le tester sur piste pour le confirmer."

Malgré ce que dit Isola sur la forme statique inchangée du pneu, en termes de vitesse, un flanc plus rigide fléchira forcément d'une manière différente. Cette perturbation aura inévitablement un impact aérodynamique, notamment en ce qui concerne l'interaction entre le pneu et le sol – un domaine critique pour toutes les voitures de 2021.

Un autre élément à prendre en compte : l'aspect dynamique global de la monoplace. Les pneus sont considérés comme une partie de la suspension de la voiture, car ils fournissent un taux d’élasticité supplémentaire dans le système. Avec un flanc plus rigide, ce taux d'élasticité serait plus élevé, et cela affecterait également d'autres paramètres dynamiques tels que la force centrifuge et le glissement. Cependant, si Pirelli a compensé cela avec le reste de la structure du pneu, alors il se pourrait que les forces latérales exercées par le pneu soient à peu près égales.

 

À la question de savoir si la hiérarchie pourrait être affectée, Isola a ajouté : "Sur le papier, les changements ne sont pas importants en termes de comportement attendu. Et donc je ne pense pas qu'ils vont affecter la hiérarchie des équipes. Ils doivent les tester et évidemment ils vont essayer de comprendre le nouveau pneu dès que possible. C'est normal, il y a toujours une courbe d'apprentissage. Évidemment, nous ne parlons pas d'un pneu complètement différent. Cela signifie que je ne m'attends pas à ce que cette courbe d'apprentissage soit longue."

Les équipes n'ont pas eu leur mot à dire sur la décision d'utiliser le nouveau pneu, mais Isola a également expliqué qu'elles l'ont accepté comme une mesure qui améliorera la sécurité. Un aspect intriguant de ce changement est qu'il devrait permettre à Pirelli de diminuer les pressions arrière, qui ont été augmentées pour la France et les courses autrichiennes.

"La nouvelle construction est conçue pour fonctionner à une pression plus faible par rapport au pneu actuel", a noté Isola. "Étant plus robuste, vous pouvez le faire fonctionner à une pression plus basse. Et puis, évidemment, la pression est toujours définie grâce aux simulations que nous recevons, et aussi des considérations sur le niveau de pression de fonctionnement auquel ils se stabilisent."

Pirelli a déjà fabriqué suffisamment de nouveaux pneus pour Silverstone, et au cas où ils ne pourraient pas être utilisés (dans le cas où la journée du vendredi serait pluvieuse en Autriche, par exemple), il y a également un stock suffisant de pneus actuels disponible. Isola insiste sur le fait que, malgré les problèmes de l'année dernière, Pirelli n'a pas d'inquiétude quant au fait d'aller à Silverstone avec le pneu actuel, si cela s'avère nécessaire : "Non, parce que nous avons changé la structure cette année. L'avant est différent non seulement dans son développement, mais aussi dans son profil, nous avons eu la possibilité de faire un pas de plus sur la nouvelle spécification de 2021, en changeant aussi le profil, un pas qui n'était pas possible sur l'arrière. Mais avec les nouvelles conditions, nous ne sommes pas inquiets pour l'intégrité du pneu actuel. Si nous voulons introduire le nouveau, c'est parce qu'il est disponible, et parce que nous pensons que nous avons plus de marge, pas parce que je suis inquiet de quoi que ce soit."

 

Qu'en pensent les équipes ? Comme il s'agit d'une question de sécurité, elles n’ont pu que soutenir Pirelli et la FIA. "En fin de compte, la chose la plus importante est la sécurité", a déclaré Andreas Seidl, le directeur de McLaren, à Motorsport.com. "C'est pourquoi nous soutenons fermement l'initiative de Pirelli et de la FIA de faire ce test la semaine prochaine, puis d'introduire éventuellement cette nouvelle spécification à partir de Silverstone. Avec la directive technique qui a été envoyée au Paul Ricard, en termes d'attentes, en termes de gestion de la pression des pneus, je pense que ce sont deux initiatives très importantes pour s'assurer que nos pilotes sont en sécurité lorsqu'ils vont en piste. Bien sûr, avec un changement de pneus ou de structure au milieu de la saison, il y a toujours la possibilité qu'il y ait des gagnants et des perdants. Mais je pense qu'il est important, dans une telle situation, de mettre de côté notre vision opportuniste des choses, la priorité doit être la sécurité. Et c'est pourquoi nous le soutenons".

Aston Martin est au sommet de la gestion des pneus en 2021, et a donc sans doute plus à perdre que la plupart. Le patron de l'équipe, Otmar Szafnauer, admet qu'un changement au milieu de l'année peut avoir des conséquences délicates. "C'est déjà arrivé, je pense que nous l'avons déjà fait il y a quelques années", a déclaré l'Américain à Motorsport.com. "Et je me souviens que la nouvelle structure ne nous convenait pas du tout. Et nous avons régressé en termes de compétitivité. Alors, j'espère que cette fois, nous serons au top avec le nouveau pneu aussi. Je pense que nous aurons des informations mardi prochain [ce mardi]. Avec un peu de chance, nous allons utiliser 40 trains de pneus ici le week-end prochain [entre toutes les équipes], et nous allons recueillir beaucoup de données de piste. Une fois que nous aurons ces données, nous prendrons une bonne décision. C'est une grande différence pour Silverstone. De nouveaux pneus, plus un sprint. Mais on va le faire, on va faire du bon travail."

 

Qu'en pensent les pilotes ? Évidemment, la sécurité doit être leur priorité, et à ce titre, ils accueillent favorablement le changement. "Je ne pense pas que le pneu précédent était dangereux", a déclaré George Russell, directeur du GPDA, à Motorsport.com. "Évidemment, nous connaissons les raisons des explosions. Mais s'il y a quelque chose qui est légèrement plus sûr, il n'y a aucune raison de ne pas le prendre. Nous allons donc voir comment nous allons procéder. Je serais choqué qu'il y ait une grande différence, l'intégrité sera juste légèrement meilleure."

"Si nous faisons cela pour la sécurité, je pense que nous ne pouvons pas nous plaindre", a déclaré Esteban Ocon. " Nous avons vu des pneus éclater, nous avons vu des défaillances. C'est donc une bonne chose que nous trouvions des solutions pour résoudre ces problèmes, surtout en pensant à Silverstone qui arrive bientôt. Je pense que cela va être très important. Tant que je ne l'aurai pas testé, je ne pourrai pas vraiment donner mon avis sur les sensations qu’il procurera. Cela va être intéressant, parce que cela va redéfinir un peu la compréhension de tout le monde dans la saison, car le sujet des pneus est généralement quelque chose d'assez difficile à obtenir."

Certains pilotes espèrent que le nouveau pneu puisse leur être bénéfique : "C'est seulement positif pour nous, juste pour voir si cela change un peu la tendance," a déclaré Carlos Sainz. "Cela pourrait aider. Qui sait ? Je pense que notre problème est à l'avant, mais nous verrons bien."

partages
commentaires

Voir aussi :

L'AlphaTauri désormais "moins paresseuse dans les virages lents"

Bientôt un docu-série sur Ecclestone par le producteur de "Senna"