Pourquoi les motoristes sont alignés sur le V8 mais refusent de se précipiter
Après le report par la FIA de la réunion sur l'avenir des moteurs en F1 qui devait se tenir cette semaine, Toto Wolff et d'autres responsables d'écuries ont évoqué les projets pour le futur de la discipline.
Photo de : Bryn Lennon - Getty Images
Si le directeur de Mercedes, Toto Wolff, assure que les motoristes de F1 sont alignés sur le principe d'un retour à des moteurs V8 à l'avenir, l'Autrichien a tout de même insisté sur l'idée que précipiter l'arrivée de nouvelles unités de puissance avant 2031 n'avait financièrement pas de sens pour les constructeurs impliqués.
Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, est à la manoeuvre depuis plusieurs mois pour pousser l'introduction en Formule 1 d'une motorisation plus simple, plus légère et moins chère aussi rapidement que possible. Il souhaitait ainsi que ce dossier aboutisse à une nouvelle règlementation qui serait entrée en vigueur dès 2029, trois années seulement après l'entrée en vigueur de la génération 2026 des V6 turbo hybrides.
Des discussions initiales sur le sujet se sont tenues du côté de Bahreïn, lors d'une rencontre au sommet entre les actuels et futurs motoristes de la F1, et une seconde rencontre était prévue ce jeudi à Londres pour donner corps à cette vision dès l'horizon 2029. Toutefois, face à l'inéluctabilité d'un refus des constructeurs de voir l'agenda être modifié, Ben Sulayem a envoyé une lettre aux fabricants d'unités de puissance pour l'annuler et la repousser à plus tard.
Il aurait en effet fallu, selon les accords de gouvernance actuels, que cette proposition d'introduire une unité de puissance V8 en 2029 recueille le soutien de la FIA, du détenteur des droits commerciaux (la FOM) ainsi que d'une large majorité des constructeurs. Or, Audi et Honda sont particulièrement opposés à ce que l'on abandonne si vite la technologie des unités de puissance V6 version 2026 pour laquelle des centaines de millions d'euros ont déjà été dépensés, sur la base d'un cycle 2026-2030 pour lequel ils se sont spécifiquement engagés.
"Une convergence d'intérêts" sur la future motorisation
Toto Wolff (Mercedes)
Photo de: Luca Barsali - NurPhoto - Getty Images
Selon les informations de Motorsport.com, Mercedes et Ferrari étaient ouverts à un compromis qui consistait à réduire ce cycle à quatre saisons au lieu de cinq, avec la mise en place d'un nouveau moteur en 2030. Mais ils n'étaient pas non plus en faveur de la date de 2029.
"Nous partageons tous l'objectif d'avoir la meilleure et la plus spectaculaire réglementation possible pour attirer l'intérêt des fans", a déclaré Wolff. "Au final, le V8 était le meilleur consensus et comprenait un [moteur] à aspiration naturelle [à haut régime] avec un système de récupération d'énergie qui reste un facteur de différenciation en termes de performances. Et tout cela est assez compatible avec un carburant durable."
"La plupart des constructeurs ont déclaré : 'Nous ne voulons pas mettre en place un programme impliquant des dépenses doublées, car cela signifierait que nous devrions développer un nouveau moteur en deux ans. Nous ne voulons pas ça'."
Le responsable de Mercedes a toutefois bien insisté sur le fait que les motoristes impliqués, dont Ford (partenaire de Red Bull) et Cadillac (dont les moteurs doivent arriver en F1 à compter de 2029), étaient sur la même longueur d'onde au sujet de ce que doit être l'avenir de la motorisation en discipline reine.
"Il s'agit maintenant de dialoguer avec Mohammed Ben Sulayem et avec [le PDG de la F1] Stefano [Domenicali]. Quelles sont leurs attentes ? Ensuite, il faudra réunir tous les constructeurs et tous les motoristes autour d'une table et leur demander : 'Que faisons-nous maintenant ?'", a expliqué Wolff. "Mais je dirais qu'il y a une convergence d'intérêts. Les discussions que nous avons actuellement sont vraiment constructives. Elles sont très équilibrées et rationnelles."
Ferrari pas pressée, Audi campe sur ses positions
Les voitures au départ du GP d'Italie 2025.
Photo de: Bryn Lennon / Formula 1 / Getty Images
De son côté, le patron de Ferrari en F1, Frédéric Vasseur, estime que rien ne presse pour se décider, étant donner que les moteurs 2026 n'ont même pas encore fait leurs débuts en compétition. "Nous avons des discussions parce que ce n'est pas un choix facile. On peut bientôt parvenir à un projet commun, mais nous ne sommes pas pressés de prendre une décision aujourd'hui ou demain. Demain, ce sur quoi tout le monde sera concentré à l'usine, c'est 2026."
"Nous avons quelques points sur lesquels nous pouvons trouver un accord entre tous les fabricants d'unités de puissance, la FIA et la Formule 1. Je pense que c'est dans l'intérêt de la F1. Il est logique de discuter et de trouver ce type d'accord."
Pour autant que je sache, [Audi va] rester sur [sa] position pendant très longtemps.
Jonathan Wheatley, directeur de l'écurie Stake Sauber, qui deviendra Audi l'année prochaine, a quant à lui réaffirmé la position de la marque allemande à quelques mois de son arrivée officielle dans le championnat du monde. "Fondamentalement, Audi s'est appuyée sur trois piliers pour faire son entrée en F1."
"Le premier était un moteur à haute efficacité, le deuxième une technologie hybride avancée et le troisième des carburants durables. Je ne pense pas que notre position ait changé à ce sujet. Pour autant que je sache, nous allons rester sur cette position pendant très longtemps."
Avec Filip Cleeren et Livia Veiga
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