Lorenzo se sent libre, chanceux et fier de sa carrière

Les sentiments se bousculaient pour Jorge Lorenzo lorsqu'il a annoncé jeudi qu'il mettait un terme à sa carrière en MotoGP. Mais, malgré l'émotion, le quintuple Champion du monde a tenu à exprimer sa fierté et sa reconnaissance.

Lorenzo se sent libre, chanceux et fier de sa carrière

Jorge Lorenzo a bien fait les choses. À l'image du pilote qu'il a toujours été, il n'a rien laissé au hasard lorsqu'est venu le moment de mettre des mots sur le choix qui s'est imposé à lui ces derniers mois, puis de l'annoncer devant une salle de conférence pleine à craquer. Lui parfois si mal à l'aise devant un micro, a su livrer jeudi le message qui lui tenait à cœur sans flancher, s'appuyant sur deux pages de notes bien ordonnées, celles qui allaient dévoiler que sa carrière s'arrêtait.

La clarté de ce discours a dévoilé le Jorge Lorenzo que l'on connaît : franc, factuel, parlant de lui parfois à la troisième personne, humain aussi et profondément respectueux de ceux qui ont su évoluer à ses côtés et l'accompagner dans une carrière "de champion" comme il a souvent aimé la qualifier. L'émotion était là, palpable, mais il a gardé le contrôle, comme toujours. "Je me sens libre, fier, très fier de toute ma carrière, chanceux, satisfait et aussi un peu triste sous certains aspects. C'est un mélange de sensations, mais en général c'est positif", a-t-il expliqué, sans regrets alors qu'il estime qu'il n'a "rien à prouver" et que "un sixième titre ne [lui] aurait pas changé la vie".

 

À 32 ans, Lorenzo n'a connu presque que cette vie de compétition. "Tout a démarré quand j'ai eu trois ans. Presque 30 ans de dévouement total à mon sport", résume-t-il, décrivant sa "magnifique carrière, auréolée de succès". Trois ans en 125cc puis trois autres en 250cc l'ont mené à deux premiers titres mondiaux, avant son accession au MotoGP à 21 ans, au guidon d'une Yamaha qui allait tellement lui coller à la peau.

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"Les gens qui me connaissent savent à quel point je suis perfectionniste, et connaissent l'énergie et l'intensité que j'ai toujours mises dans mon sport. Pour être aussi perfectionniste, il faut avoir beaucoup de motivation", souligne-t-il, "c'est pour ça qu'après neuf ans chez Yamaha, qui étaient tellement formidables, probablement les meilleures années de ma carrière, j'ai senti que j'avais besoin d'un changement, si je voulais garder ce dévouement total pour mon sport. J'ai donc décidé d'aller chez Ducati, et ça m'a donné un grand boost de motivation. Et même si les résultats ont été très mauvais, j'ai utilisé cette motivation supplémentaire pour ne rien lâcher, et toujours continuer de me battre jusqu'à cette magnifique et incroyable victoire au Mugello, devant tous les fans de Ducati."

La suite aura été moins heureuse, puisque cette première victoire avec les Rouges coïncidait avec la décision de le remplacer pour 2019 et allait le mener vers Honda, où la réussite n'a pas été au rendez-vous. Une année de souffrances, physiques et morales, aura fini par le pousser à partir alors qu'il était encore sous contrat pour l'année prochaine. Au cœur de sa décision, cette motivation encore et toujours déterminante pour pousser le pilote à relever sans cesse de nouveaux défis.

Le champion 2010 de MotoGP Jorge Lorenzo, Fiat Yamaha Team célèbre avec son équipe

Si le champion qu'est Jorge Lorenzo aurait mérité une fin plus heureuse, sa carrière n'en reste pas moins impressionnante. Arrivé à 15 ans en Championnat du monde, il a gravi les échelons rapidement et a remporté cinq titres, le tout en s'opposant en MotoGP à des pointures nommées Rossi ou Stoner. Difficile, si tôt, de réussir à identifier un moment parmi d'autres qu'il retiendra avec le recul, mais le Majorquin a tout de même conscience que certaines étapes ont compté tout particulièrement.

"Heureusement, j'ai vécu beaucoup de très bons moments ! Si je devais en choisir un, je choisirais la Malaisie 2010 car j'ai obtenu le titre le plus important qu'un pilote peut remporter. Cela m'a donné beaucoup de liberté, de satisfaction, j'étais libre professionnellement", raconte-t-il. "Dans mon top 5, je mettrais ma première victoire au Brésil en 2003, mon premier titre à Valence en 2006, mon premier titre MotoGP évidemment [en 2010, donc], je mettrais aussi Assen 2013 car j'ai réalisé quelque chose d'incroyable qui montre à quel point l'esprit peut pousser le corps à la limite, et puis probablement aussi mon dernier titre ici à Valence, en 2015."

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Le Grand Prix des Pays-Bas 2013 a souvent été cité depuis hier, beaucoup se souvenant avec toujours autant d'admiration de la performance de Lorenzo qui s'est cassé la clavicule le jeudi, a été opéré le vendredi et a couru et terminé cinquième le samedi. "J'ai montré de nombreuses fois que la peur se dépasse", souligne quant à lui le pilote espagnol. "Je suis revenu après ma chute de 2008 à Montmeló. Plus que la peur, car je n'aime pas l'appeler comme ça, il s'agit de respect pour les chutes, pour le fait de se faire mal. Je n'ai pas peur de la moto, mais je respecte le fait que cela augmente quand on tombe, mais avec le temps cela se dépasse. Mais maintenant je n'ai ni la motivation ni la patience pour endurer cela plus longtemps sans avoir la possibilité de gagner de courses, qui est ce qui me transmet les émotions et compense tous les efforts. Si je n'ai pas cette sensation, à ce stade de ma carrière, je ne trouve pas la motivation pour continuer."

La chance d'avoir réussi

Loin d'être aussi présomptueux que certains voudraient le penser, Jorge Lorenzo a voulu jeudi mettre en avant sa reconnaissance et rappeler à quel point il s'estime chanceux d'avoir eu une telle carrière.

"J'ai toujours dit que j'étais très chanceux. Je me sens parfois un peu comme dans ce film 'One in a billion' qui parle de ce joueur de basket indien, le seul Indien à être arrivé en NBA, car j'ai couru contre de nombreux pilotes incroyables de ma génération, et aucun n'a réalisé ce que j'ai réalisé et n'a eu autant de succès que moi, et la majorité n'est même pas allé en Championnat du monde et a juste dû reprendre un travail normal. C'est pourquoi j'ai toujours été très reconnaissant. Il est vrai que j'ai toujours travaillé très dur, j'ai fait beaucoup de sacrifices, mais si je n'avais pas été au bon endroit au bon moment et surtout si je n'avais pas eu l'aide de beaucoup de gens, qui m'ont aidé à réaliser ce que j'ai réalisé, cela n'aurait pas été possible."

Lorenzo a donc tenu à remercier nommément les personnes qui ont compté dans son parcours : "J'aimerais surtout remercier Carmelo [Ezpeleta] et la Dorna, pour ce bon traitement qu'ils m'ont toujours réservé, et pour avoir rendu ce sport si fantastique. Aussi toutes les usines qui ont cru en moi et qui m'ont signé dans ma carrière : Derbi, Aprilia, Yamaha, Ducati, Honda, et surtout Giampiero Sacchi, Gigi Dall'Igna, Lin Jarvis et Alberto Puig. Ensuite, ma mère évidemment, qui m'a mise au monde, mon père qui m'a transmis cet amour pour la moto et pour tous ses sacrifices, Juanito [Llansá, son mécanicien de confiance, ndlr] pour avoir toujours été loyal et être resté avec moi tout au long de ma carrière. Et tous les fans, mon Fan-Club et tous les fans de MotoGP en général, qui font de ce sport ce qu'il est aujourd'hui. Merci à tous pour toute votre aide, c'était un plaisir de travailler avec vous et je vous souhaite le meilleur et toute la chance possible, professionnellement et aussi personnellement."

Avec Michaël Duforest et Germán Garcia Casanova

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