Les premiers tests sans holeshot device avant font débat
Faut-il bannir le holeshot device avant au départ des courses dès cet été, le garder encore cinq mois ou bien supprimer ce dispositif à l'avant comme à l'arrière sans attendre la saison prochaine ? Le débat est lancé entre les pilotes, après des simulations menées vendredi à Brno.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Le MotoGP a lancé une vaste réflexion sur l'utilisation de ses variateurs de hauteur, autrement appelés holeshot devices. Aujourd'hui autorisés à l'avant et à l'arrière des motos, ils seront intégralement bannis à partir de la saison prochaine. Néanmoins, l'accident de Johann Zarco à Barcelone a poussé le championnat à envisager le retrait du holeshot avant dès cet été, celui-ci étant actuellement utilisés au départ des courses pour stabiliser les motos.
Afin d'évaluer la faisabilité de cette mesure, des tests sont menés dès ce week-end. On a ainsi vu les pilotes mener vendredi des essais de départ dans lesquels leurs motos étaient censées ne pas exploiter le holeshot avant - tous ne l'ont néanmoins pas fait - dans le but de recueillir des données mais aussi le ressenti des principaux intéressés.
À la fin de la journée, les opinions divergeaient, et plusieurs pilotes ont notamment souligné la perte de stabilité des très puissantes motos actuelles sans ce dispositif qui a pour effet de plaquer la roue avant au sol.
Extrêmement prudent sur la question depuis qu'elle est évoquée, le leader du championnat Marco Bezzecchi n'a pas souhaité exprimer d'avis tranché, préférant prendre le temps de tester plusieurs fois son Aprilia sans holeshot avant. "Ça n'était pas trop mal, mais aussi un peu étrange. Je pense qu'il est un peu tôt pour faire un commentaire clair. J'ai besoin de l'essayer encore quelques fois", a-t-il déclaré.
Et d'ajouter : "Pour être complètement honnête, pour le moment je ne sais pas. C'est un changement en cours d'année, alors qu'on est habitués à avoir le holeshot. Je pense que le retirer immédiatement n'est pas une solution sûre, il vaut mieux l'essayer encore plusieurs fois, au moins un ou deux week-ends de plus, pour bien comprendre, et ensuite en parler tous ensemble pour voir quoi faire."
Fabio Quartararo avance lui aussi sur des œufs et défend l'idée de réaliser plusieurs tests avant d'opérer un changement. "Il faut faire un peu plus d'essais", a-t-il déclaré. "S'ils veulent le faire au prochain Grand Prix, je pense qu'il faut faire des essais en EL1 et EL2. On a besoin d'un peu plus de temps pour faire des ajustements. Je ne sais pas si bien ou pas, mais c'est une question d'habitude."
Marco Bezzecchi (Aprilia Racing)
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
La grande question est de savoir si la suppression immédiate du holeshot avant, tout en conservant le dispositif à l'arrière pendant le reste de la saison, apportera véritablement un gain en matière de sécurité.
Rares sont les voix qui s'expriment de façon convaincue en ce sens, mais Pecco Bagnaia en fait partie. "C'était génial, alors j'aimerais qu'ils puissent l'enlever dès ce Grand Prix. Je me suis senti très bien en prenant le départ sans holeshot à l'avant", a ainsi plaidé l'Italien.
"J'ai eu de bonnes sensations, car quand j'ai atteint le premier virage, j'avais toute la souplesse de la suspension avant, et ça permet de réagir si quelque chose se passe", a pour sa part expliqué Joan Mir. "Le pire qui puisse nous arriver, c'est de prendre le virage en tournant moins. Mais aujourd'hui, si on ne désactive pas l'avant, la moto touche le sol, et on peut relever l'avant."
"Le problème, c'est aussi que quand on arrive aujourd'hui dans le virage 1 avec l'avant complètement comprimé, on n'a aucune marge, il faut attendre que ça commence à freiner, et […] il y a un moment où l'on n'a pas de décélération, on ne l'a qu'une fois qu'on relâche. Donc pour moi, c'est plus sûr, sans aucun doute."
"On arrive plus lentement dans le premier virage, mais le 0 à 100 n'est pas si différent sans les holeshot devices", a décrit Jorge Martín. "En termes de sécurité, je pense qu'il vaut mieux ne pas l'avoir, car dès qu'on freine, on sent que la fourche travaille, mais si on arrive avec la fourche bloquée, on ne sent rien avant de s'abaisser à 130 mm."
"Personnellement, je le retirerais tout de suite. En termes de performances, c'est un avantage pour Aprilia de l'avoir, mais dans un souci de sécurité, je le retirerais sans attendre. C'est la meilleure solution pour tout le monde."
Álex Márquez (Gresini Racing)
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
"C'était plus lent sans. Est-ce que c'était plus sûr ou pas ? Je ne sais pas", a quant à lui tempéré Álex Márquez vendredi soir. "On a plus de wheelie, donc c'est plus difficile de reposer la moto par terre, mais pour le premier point de freinage, ce sera peut-être un peu plus sûr parce qu'on arrivera plus lentement."
Plus dangereux que la configuration actuelle ?
Pour d'autres, cette mesure serait au contraire plus dangereuse que la situation actuelle, précisément à cause du soulèvement de la roue avant, qui pendant l'accélération à l'extraction de la grille, risquerait de ne plus avoir d'accroche au sol.
"Je pense que c'est pire", a ainsi estimé Fabio Di Giannantonio, "parce qu'on part immédiatement en wheelie, le pneu avant est pratiquement bloqué sans avoir aucune vitesse. Puis, quand le pneu avant touche à nouveau [le sol], on a un blocage en ligne droite. Pour éviter cela, on doit tourner un petit peu en ligne droite, ce qui est donc plus dangereux pour les autres pilotes."
"Et ensuite, quand on arrive au premier virage, sans aucun appui à l'avant au moment de freiner, on est complètement [en travers]. De mon point de vue, c'est donc pire pour le moment."
Plus radical que certains, Pedro Acosta appelle tout bonnement à supprimer les deux holetshots immédiatement si un changement doit être fait. Pour lui, "c'est tout ou rien", car il estime que le fait de conserver le système à l'arrière en enlevant celui de la fourche avant crée de nouveaux dangers.
"D'après les essais de départ [que j'ai faits], je n'ai pas l'impression que ce soit plus sûr", a jugé le pilote KTM. "Si je devais retirer les variateurs de hauteur, je les retirerais tous les deux, un point c'est tout. C'est un changement qu'on devra faire dans quatre mois de toute façon."
"Si je devais les retirer, je les retirerais tous les deux ou je n'en retirerais aucun. Avec celui de l'avant activé, on peut encore prendre le virage ; avec celui de l'arrière, non", a-t-il ajouté, estimant que "c'est encore plus dangereux" si le holeshot arrière se bloque ou si l'avant reste soulevé et que le pilote ne parvient pas à tourner.
La question devait être débattue vendredi soir en Commission de sécurité, puis d'autres tests doivent avoir lieux lors du prochain Grand Prix au moins, à Assen.
Avec Germán Garcia Casanova
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