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Bourdais : "Certaines courses décident de vous tourner le dos"

À 47 ans et après 18 participations aux 24 Heures du Mans, Sébastien Bourdais a sans doute connu l'une de ses meilleures opportunités de remporter la classique mancelle ce week-end… Mais ses chances de victoire se sont une nouvelle fois évanouies de la plus cruelle des manières.

Sebastien Bourdais, Cadillac Racing Team Jota, réconforté par son père Patrick Bourdais

Photo de : Marc Fleury

La classique sarthoise semblait enfin sourire à son enfant le plus fidèle. Mais les 24 Heures du Mans, impitoyables même envers leurs plus fervents serviteurs, ont une nouvelle fois frappé.

Pour cette édition 2026, Sébastien Bourdais paraissait enfin avoir toutes les cartes en main pour remporter l'épreuve qui échappe toujours à son immense palmarès. À 47 ans, le Manceau disposait d'une Cadillac rapide et capable de lutter aux avant-postes.

Les Cadillac V-Series.R étaient d'ailleurs omniprésentes dans la bataille pour la victoire. Les n°12, n°38 et n°101 ont tour à tour occupé les commandes de la course, confirmant les progrès du constructeur américain et de l'équipe Jota. Du côté de la n°38 de Bourdais, Jack Aitken et Earl Bamber avaient eux aussi parfaitement rempli leur mission.

Puis, peu après la mi-course, tout a basculé. Une défaillance de direction assistée a brutalement mis fin aux espoirs de l'équipage. "Tout était terminé", a déclaré Sébastien Bourdais à la presse écrite, dont Motorsport.com, ce dimanche.

"En plus de ça, la direction assistée a lâché à la sortie des stands. J'ai dû ramener la voiture jusqu'au garage en perdant énormément de temps et en essayant de ne pas partir à la faute. Au Mans, si vous rentrez au garage et que vous n'en ressortez pas en moins d'une minute, c'est terminé."

Certaines courses décident simplement de tourner le dos à certains pilotes et de sourire à d'autres.

Au-delà de la panne, c'est surtout la conscience d'une occasion peut-être unique qui transparaissait dans les mots du Français. À 47 ans, Bourdais sait que les chances de remporter enfin les 24 Heures du Mans en Hypercar ne se présenteront peut-être plus très souvent.

Avec 18 participations à la classique mancelle, le Français est passé tout près de la victoire à trois reprises, avec trois deuxièmes places en 2007, 2009 - alors que la Peugeot équipière remportait la course - et 2011.

"En 2020, j'avais à peu près abandonné l'idée d'avoir un jour une nouvelle opportunité comme celle-ci. Et cette année, elle était là", a-t-il confié, visiblement très affecté par son échec.  "Mais cette course a une manière bien à elle de remettre tout le monde à sa place. Et pour une pièce à deux dollars, tout s'est terminé de manière brutale."

Sébastien Bourdais a une nouvelle fois échoué aux portes de la victoire au Mans.

Sébastien Bourdais a une nouvelle fois échoué aux portes de la victoire au Mans.

Photo de: Nikolaz Godet

"Je ne vais pas minimiser la chose : c'est un coup très dur", a-t-il déclaré. "J'ai 47 ans. Je n'aurai plus beaucoup d'occasions comme celle-ci. Mais, c'est la course. Michael Andretti a disputé quoi… vingt Indy 500 sans jamais la gagner. Certaines courses décident simplement de tourner le dos à certains pilotes et de sourire à d'autres."

"Au cours d'une carrière, on perd bien plus souvent qu'on ne gagne. Cela ne fait pas de vous un meilleur ou un moins bon pilote. Cela fait partie de l'aventure. Et parfois, ce sport est incroyablement cruel."

"C'est un crève-cœur. Ça ne va pas changer en 3, 6, 10 ou 12 heures. C'est le genre de course qui laisse des traces. Mais ce n'est pas la première. J'espère pas la dernière. Ça fait partie des carrières."

"Quand tu es dans des conditions de gagner une course aussi prestigieuse, qui te tient autant à cœur et qui t'a tourné le dos aussi souvent, ça fait mal. Ça ne change pas ta vie, mais il y a beaucoup d'énergie qui va dans ce genre d'événement."

"Quand tu as tout mis bout à bout et que tu sens qu'il y a un coup à jouer et que ça pourrait enfin s'ouvrir, c'est sûr que ça fait du mal. Mais non, ça fait du mal à tout le monde. Ce n'est pas réservé à Sébastien Bourdais."

"Encore une fois, il y a 5 ans, je ne pensais même pas que j'aurais forcément d'opportunité de revenir pour me battre pour la victoire au Mans. Tu vois les années qui passent. Quand tu es dans ta quarantaine, les opportunités de constructeur n'y en a pas 50."

"Chaque fois, tu te rapproches un peu plus de la date d'expiration qui fait que l'opportunité ne sera pas là. C'est comme ça. Après, tu peux te lamenter sur ton sort ou tu peux juste apprécier le fait que tu as été là, tu as tapé à la porte un certain nombre de fois."

La Cadillac V-Series.R n°38 de Sébastien Bourdais, Earl Bamber et Jack Aitken.

La Cadillac V-Series.R n°38 de Sébastien Bourdais, Earl Bamber et Jack Aitken.

Photo de: Lou Benoist / AFP via Getty Images

Pour le Français, cette défaite est d'autant plus douloureuse qu'elle ne résulte ni d'une erreur de pilotage ni d'une mauvaise décision stratégique : "Ce n'est pas comme si tu t'es raté, que tu as accidenté l'auto ou que tu as fait une connerie. C'est en dehors du contrôle de qui que ce soit, de l'équipe, de toi, de tout le monde. C'est pour ça que c'est si difficile de gagner cette course. Des fois, ça sourit et des fois, ça ne sourit pas."

Malgré la déception, Bourdais refuse toutefois de ne retenir que l'échec. Et malgré les années qui passent, le Manceau n'a pas fermé la porte à un retour. "Hormis l'abandon et cette panne insignifiante qui, malheureusement, nous a planté un poignard dans le cœur, il n'y a que du positif. Nous avions évidemment une voiture incroyable", a souligné Bourdais.

"La voiture s'est battue aux avant-postes pendant toute la course. Mes équipiers ont fait un travail fantastique. L'équipe, dans son ensemble, a exécuté la course exactement comme il le fallait et nous nous sommes donné une chance. Et au Mans, c'est tout ce qu'on peut demander."

"Je suis déjà un peu le dinosaure dans le plateau. On m'a rappelé suffisamment de fois cette semaine que j'étais le seul à avoir fait les 24h dans les années 90. Si quelqu'un veut me donner un volant l'année prochaine, je serai là. J'espère."

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