À qui la pole ? Les jurisprudences Schumacher complexifient le débat

Cette année, les pilotes de Formule 1 ont exprimé une forme de malaise devant la manière dont les pole positions sont comptabilisées lorsqu'entrent en jeu des pénalités ou le nouveau format de Qualifications Sprint.

À qui la pole ? Les jurisprudences Schumacher complexifient le débat

La lutte pour la première place lors des qualifications étant très serrée, il n'est pas surprenant que le pilote qui arrive en tête veuille se sentir récompensé. En Turquie, par exemple, Lewis Hamilton était un peu déçu qu'une pénalité moteur efface des livres d'histoire sa très belle performance réalisée en Q3. "Eh bien, j'ai toujours... J'ai quand même la pole, non ?", a-t-il demandé lors de la conférence de presse. "Non ? Ah, bon sang..."

Le Champion du monde avait déjà malicieusement signé le trophée Pirelli de la pole position tout en y inscrivant une dédicace pour son coéquipier Valtteri Bottas : "Pour Valtteri. Profite de mon trophée de la pole. Joli tour. 102". 

Perdre des positions sur la grille à cause de pénalités n'est pas nouveau en F1 et cela arrive depuis que Kimi Räikkönen a perdu la pole du Grand Prix d'Italie 2005 en reculant de dix places. Cependant, l'incidence des Qualifications Sprint sur le palmarès n'a fait qu'amplifier les discussions sur le sujet. Avec les Qualifs Sprint organisées cette année, le format de week-end a transformé par trois fois la conquête de la pole position en un exercice en deux temps. Il y a la traditionnelle séance de qualifications le vendredi, puis le sprint de 100 km le samedi. 

Initialement, l'idée était d'attribuer la pole position au pilote le plus rapide le vendredi en qualifications. La réglementation FIA a toutefois compliqué la donne, car les textes prévoient que la pole position revient officiellement au pilote qui s'installe en première position sur la grille et il a donc fallu l'attribuer au pilote vainqueur du sprint. 

Valtteri Bottas n'est pas d'accord avec ce procédé, lui qui a été le plus rapide en qualifications le vendredi à Monza, a remporté le sprint le lendemain, mais n'a pas eu la pole en raison d'une pénalité pour changement de moteur. "Je pense que pour les week-ends avec un sprint, le pilote le plus rapide en qualifications devrait recevoir le trophée de la pole et figurer au palmarès des pole positions", a expliqué le Finlandais. "Et également dans une situation comme celle-ci [en Turquie], Lewis a fait le tour le plus rapide. Il était techniquement en pole, mais a reculé ensuite... Je ne crois pas que ce soit vraiment juste."

Les dirigeants de la F1 étudient actuellement de possibles modifications réglementaires pour changer l'attribution de la pole position lors des week-ends avec un sprint. Dans le même temps, le sujet du palmarès pour les week-ends classiques demeure, de nombreux passionnés estimant que la pole devrait tout simplement revenir au pilote le plus rapide sur un tour, sans tenir compte des pénalités. 

Il y a toutefois deux exemples célèbres, à chaque fois avec Michael Schumacher à Monaco, qui offrent un regard contrasté sur la manière de comptabiliser les pole positions. D'un côté, attribuer la pole au pilote le plus rapide en qualifications aurait crédité le pilote allemand pour son brillant tour à Monaco en 2012. Après de nombreuses frustrations endurées pour son retour en F1 avec Mercedes en 2010, il avait enfin réussi à signer ce qui aurait pu être sa toute dernière pole. 

Schumacher avait débuté le week-end monégasque en sachant qu'il ne pourrait pas être en pole, sanctionné d'une pénalité cinq places pour un accrochage avec Bruno Senna lors du Grand Prix précédent en Espagne. Il était parti sixième sur la grille, Mark Webber héritant de la pole officielle. 

Si la pole position revenait automatiquement au pilote le plus rapide, alors ce que Schumacher a fait à Monaco six ans plus tôt, en 2006, relance le débat. À l'époque, dans les derniers instants de la Q3 et alors qu'il était en tête de la feuille de temps, Schumacher était menacé par une tentative de tour rapide de Fernando Alonso, alors son rival pour le titre. Dans une manœuvre restée célèbre, il avait perdu le contrôle de sa Ferrari à la Rascasse, s'immobilisant et empêchant Alonso ne terminer son tour. La séance terminée, Schumacher était le pilote le plus rapide et semblait être le poleman. 

Mais les accusations d'accident délibéré n'ont pas tardé et la FIA est intervenue, les commissaires estimant finalement que le pilote allemand avait enfreint les règles et le privant de la pole position en le renvoyant en fond de grille. Si Schumacher avait obtenu la pole position officielle ce jour-là, même avec un astérisque à côté pour son renvoi en fond de grille, on s'en serait toujours souvenu pour de mauvaises raisons.

Ce que démontrent les exemples de Schumacher à Monaco en 2006 et 2012, c'est qu'il n'existe pas de règle absolue qui satisfera tout le monde au moment d'attribuer officiellement la pole position. La majorité est d'accord pour que la pole revienne au plus rapide le vendredi lors des week-ends avec un sprint, mais le consensus est beaucoup plus difficile à atteindre pour ce qui est des pénalités sur la grille. 

Le gain de puissance que procure un moteur neuf doit-il être mis de côté et ceux qui ont changé de bloc doivent-ils conserver leur pole dans le livre des records ? Les pénalités sportives doivent-elles être ignorées, ce qui fait que Schumacher aurait gardé ses deux pole positions de 2006 et 2012 ? Ou faudrait-il tenir compte uniquement des sanctions concernant la séance de qualifications (comme ignorer des drapeaux jaunes), mais pas de celles liées à des changements de moteur ou de boîte de vitesses ? 

Ce dernier cas de figure pourrait constituer la meilleure des solutions, mais rien n'est jamais tout à fait simple en F1. Ne vous attendez donc pas à ce que les choses changent très vite.

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