Pourquoi passer la vidéo de Jules Bianchi mérite un drapeau rouge

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Pourquoi passer la vidéo de Jules Bianchi mérite un drapeau rouge
6 oct. 2014 à 18:55

Liberté de presse, complot autour des circonstances de l’accident, peur, rétention d’informations, accusations d’être des donneurs de leçons… Notre rédaction a tout lu au sujet du réveil soudain de beaucoup concernant les conditions de diffusion de vidéos FOM (Formula One Management) sur internet

Liberté de presse, complot autour des circonstances de l’accident, peur, rétention d’informations, accusations d’être des donneurs de leçons… Notre rédaction a tout lu au sujet du réveil soudain de beaucoup concernant les conditions de diffusion de vidéos FOM (Formula One Management) sur internet.

L’accident de Jules Bianchi a créé un précédent que nous n’avons pas peur de juger comme étant malheureusement intéressant concernant ce qu’il dévoile en termes de traitement de l’information F1 sur internet. En effet, aucune image de l’accident en lui-même n’a été diffusée en direct comme en différé par les services TV contrôlant le flux international FOM, en raison de la gravité immédiatement saisie par la régie. Mais de nombreux sites, parmi lesquels des acteurs historiques habituellement sérieux et respectés, ont pris la liberté de diffuser un contenu cavalier, aussi bien dans le fond que la forme.

Une autocensure saine de la FOM

Contrairement aux accidents de Robert Kubica de Montréal 2007 ou de Felipe Massa à Budapest, en 2009, pas de ralentis, d’angles opposés, de nombreuses reconstitutions et membres meurtris desquels « se délecter » devant l’écran. Pas de survol hélico, même avec un déploiement de drap blanc en plan éloigné. Juste la plus mauvaise image possible d’un angle n’apportant que peu d’informations concernant la situation de la Marussia du pilote français, et créant chez beaucoup un raccourci immédiat consistant à penser que « l’on nous cache quelque chose ». Les pilotes, eux, avaient aussi compris la gravité de l’accident à Suzuka, et avaient conservé une retenue digne lors des célébrations de fin de course et interviews.

Mais une liberté existe, bien entendu : celle, pour ceux estimant que du contenu amateur filmé sur le circuit doit être proposé au vu de tous, de le passer de façon directe ou détournée, à leurs risques et périls. Autrement dit, de diffuser un contenu illégal, comme le prévoit la FOM, pour n’importe quel type de vidéo filmé sur un circuit, qu’il soit amateur ou professionnel mais non licencé des droits TV indispensables.

Les vidéo de crash sont bien sûr concernées, mais croire que la FOM refuse la diffusion d’un contenu en raison de son niveau de sensibilité est une incompréhension flagrante du fonctionnement du sport, qui interdit tout simplement tout type d’images (action de course, départs, ralentis, grille, paddock, etc) à quiconque ne dispose des droits. En cas de déviance, la FOM rappelle généralement avec autorité mais diplomatie qu’il est interdit de passer du contenu licencié sur internet, avant de passer à des manœuvres plus intimidantes en cas de dédain des avertissements.

On ne fait pas ce que l’on veut !

Une accréditation presse pour un média n’est pas non plus un gage de diffusion de ce type de contenu. Seules les radios officielles, c’est-à-dire, payant les droits de production de contenu FOM, peuvent diffuser légalement des commentaires de Grand Prix ou des contenus audio obtenus dans le paddock. Seules les TV ayant payé les droits exclusifs (Canal+ en France, SkySportsF1 et BBC en Grande-Bretagne, etc) peuvent diffuser des images vidéo F1. ToileF1 en sait quelque chose, puisqu’en 2012, une incompréhension du cadre applicable aux audios nous avait valu un rappel ferme de la FOM concernant l’utilisation de son (collecté par nos soins sur place), et par conséquent, l’interdiction de produire tout podcast contenant des déclarations provenant des circuits en weekend de GP. Libre à nous, en revanche, d’aller parler avec les pilotes en-dehors des courses pour diffuser le contenu de notre choix. Y compris vidéo. Avons-nous porté un étendard dénonçant une censure quelconque? Bien sûr que non.

La même règle pour les teams, les sponsors, les pilotes et la presse

Pour tout dire, même les sponsors payant des sommes mirobolantes pour s’afficher avec les teams n’ont pas le droit d’utiliser ou de produire d’images et de son sur l’enceinte des circuits lors des weekends.

Les teams ont uniquement le droit de composer et diffuser un quota minuté extrêmement réduit pour leurs besoins promotionnels (sites web, publicités), dans un cadre très réglementé, et qui varie même d’équipe en équipe. Jetez un œil aux contenus vidéo produits par Total avec sa mini-saga sur Romain Grosjean, ou encore les previews vidéo de teams comme Mercedes et Red Bull avant les GP : tout est fait pour que cela sente l’immersion, mais rien n’est filmé sur les circuits lors des weekends de GP, et les camions, chambres d’hôtels ou usines sont ainsi les théâtres favoris pour la production de contenu vidéo. Même les pilotes peuvent se faire tirer les oreilles s'ils postent des vidéos du circuit sur les réseaux sociaux.

Il ne s’agit pas d’un complot, mais tout simplement d’un accord commercial strict concernant le droit d’utilisation des images licenciées F1.

De même que la NHL (hockey), la NBA (basketball), la FIM (moto) la FIFA (football), le CIO (Jeux Olympiques) ou toute autre grande organisation contrôlant les droits des contenus sportifs exclusifs se réservent la part unique du contrôle du flux vidéo et audio.

Théorie du complot et non-respect des règles

On entend ainsi s’élever des voix suggérant que l’agitation d’un drapeau vert par un commissaire embarrasse les instances dirigeantes du sport et que la censure règne, ou que l’embarras du fait de n’avoir reporté un GP menacé par le typhon agite la FOM.

Sans même parler du fait que le drapeau vert concerne la zone suivant celle de l'accident, le raisonnement témoigne surtout d’une profonde méconnaissance de la façon dont est régie toute forme de sport soumis à de gros droits commerciaux TV et radio.

La réaction de la FOM, qui est d’ailleurs une bataille sans fin et difficile à mener sur le net (comme le piratage l’est pour d’autres industries), est la même au moment de la suppression de toute vidéo, qu’il s’agisse d’accidents, de courses historiques, de streaming en ligne, ou de tout contenu soumis à des droits.

Refuser de voir cela ne peut que nourrir toutes les spéculations les plus folles. Il est important de comprendre que la FOM, en diffusant les images de l’accident de Bianchi, aurait tiré des revenus et une exposition sans pareil si l’unique attrait avait effectivement été de réaliser des vues et collecter des revenus commerciaux, comme le suggèrent ceux qui annoncent que la course n’a pas été reportée pour des raisons financières.

La course n’a tout simplement pas été reportée car elle chamboulait effectivement la grille TV de nombreux diffuseurs, mais ne présentait surtout aucune garantie d’être interrompue de façon certaine en raison des conditions météo. Quant à l’hélicoptère médical, il n’a pas décollé en raison du fait que les urgentistes ont jugé plus efficace de transférer Jules Bianchi à seulement 9 km de Suzuka par voie de route, pour être traité plus rapidement. Pointer le doigt sur les facteurs ayant mené à ce drame arrivera, mais il ne s'agit pas là de la question de ce billet.

Des contrevenants parfaitement responsables

Que des sites, qui plus est établis, passent la vidéo de l’accident de Jules Bianchi, ou de tout type de contenu soumis à des droits hébergés extérieurement (Vine, Youtube, GIFS animés, etc), témoigne avant tout de la liberté – du choix délibéré – prise par ces médias concernant des règles pourtant énoncées, strictes, rentrant dans un cadre légal, et rappelées par la FIA à chaque fois qu’un journaliste retire son accréditation en centre de presse contre la signature d’un document légal.

Si le journaliste n’est pas d’accord avec ces règles, il est libre de ne pas accepter l’accréditation. De la même façon que les conditions d’entrée sur un circuit français sont souvent accompagnées de l’obligation de présenter une assurance de responsabilité civile ou professionnelle, pour dédouaner toute responsabilité directe des promoteurs en cas d’accident.

Tous les médias, sans exception, signent ces accords, également transmis aux rédacteurs en chef ou responsables de groupes de presse. Les spectateurs disposent également de droits et de devoirs spécifiés en mentions légales sur leurs titres d’accès ou les documents les accompagnants.

Dès lors, la provocation à laquelle nous assistons chez certains confrères, adoptant une posture de victimisation en suggérant que la FOM ne laisse pas communiquer l’accident au public, couvre en réalité une mauvaise-foi délibérée, trompeuse, et selon nous, scabreuse sans parler de l'idée mensongère véhiculée au sujet des responsabilités.

Deux poids, deux mesures

L’histoire récente nous a montré que certains sites de petite envergure enfreignant ces règles, parfois même par méconnaissance et non défiance, se voyaient sanctionnés avec dureté, et avec un caractère définitif.

Nous ne pouvons qu’espérer que ce message interpellera tous ceux devant se sentir concernés par le fait que les sanctions s’appliquent également aux plus établis, historiquement et populairement. Nous tenons par ailleurs à préciser que la FOM ne nous a pas contactés pour donner de consignes, en raison du fait que ces consignes s’appliquent en tous temps. Et qu’il ne nous ne viendrait quoi qu’il en soit pas à l’idée de ne pas filtrer un tel contenu.

Cela n’est pas une question de déontologie. Cette notion a malheureusement disparu depuis bien longtemps.

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