Comment Pedro Acosta fait la différence sur la KTM grâce à son style de pilotage
Seul Pedro Acosta parvient à mener la KTM aux avant-postes. Le directeur technique du groupe, Sebastian Risse, nous explique le secret qui se cache derrière les trajectoires inhabituelles de ce pilote au talent exceptionnel.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Pedro Acosta est le pilote KTM le plus rapide et la référence de la marque autrichienne. Sa première victoire en MotoGP, acquise au GP d'Autriche, a été jusqu'ici le point d'orgue de son parcours, mais plus largement, l'Espagnol est cette saison le seul pilote de la marque capable de figurer régulièrement aux avant-postes.
Lors de l'ouverture de la saison en Thaïlande, Acosta a remporté le sprint et a terminé deuxième de la course principale. À Austin, il a terminé troisième du Grand Prix, à Barcelone il a pris la deuxième place du sprint. En Hongrie, il a obtenu des deuxièmes places le samedi comme le dimanche, puis lors des Grands Prix d'Aragón et de Saint-Marin, il est monté sur le podium en terminant deuxième et troisième.
Pendant ce temps, les meilleurs résultats de son coéquipier Brad Binder ont été une quatrième place dans le sprint de Jerez et la sixième place récemment décrochée au GP d'Autriche. Enea Bastianini a quant à lui obtenu la troisième place dans le sprint d'Austin et deux sixièmes places ont été les meilleurs résultats en Grand Prix du pilote Tech3.
La performance d'Acosta surpasse celle de ses deux collègues, qui ont disputé toutes les courses. Quant à Maverick Viñales, ses fréquentes absences pour blessure le placent dans une situation très déséquilibrée face au pilote de Mazarrón.
Mais d'où vient cette suprématie de Pedro Acosta ?
"Pedro a traditionnellement un style de pilotage assez particulier", explique le directeur technique de KTM Sebastian Risse dans un entretien avec Motorsport-Total.com. "D'un côté, il freine fort et tard, sans perdre le contact de la roue arrière [avec le sol]."
"De l'autre, c'est précisément grâce à cette entrée précoce dans les virages - qui, de manière classique, n'est en réalité pas la bonne trajectoire de course - qu'il parvient à faire pivoter la moto dans le virage. Cela lui permet d'attaquer facilement et le rend difficile à attaquer. Malgré cela, il ne perd pas à la sortie du virage suivant ce à quoi on s'attendrait si quelqu'un d'autre essayait de faire cela de cette manière."
"Mais on voit aussi que son style de pilotage est devenu récemment nettement plus rond et plus contrôlé. Cela signifie aussi qu'il se maîtrise dans ce domaine et l'utilise lorsque cela suffit à lui donner un avantage, mais que cela ne le limite plus autant, au point qu'il ne pourrait pas faire autrement."
Pedro Acosta
Photo : Gold & Goose Photography/Getty Images
Les ingénieurs constatent également dans les données une évolution du style de pilotage d'Acosta depuis ses débuts en MotoGP en 2024. "Absolument", confirme Risse.
Acosta lui-même reconnaît également ces progrès : "Je dirais que oui. Il est vrai que mes trajectoires sont toujours un peu plus serrées que celles des autres, mais plus aussi extrêmes qu'elles l'étaient autrefois. Et si l'on regarde ma position du corps, je crois aussi que je pilote beaucoup plus en souplesse qu'avant."
"Malgré tout, l'ancien Pedro réapparaît parfois encore et réduit tout à néant. Mais dans 90% des situations cette saison, j'ai vraiment essayé de rester nettement plus calme que par le passé. Et jusqu'ici, cela semble fonctionner."
Le style d'Acosta est difficile à copier pour les autres pilotes
Les autres pilotes KTM essaient bien sûr de s'inspirer du style de Pedro Acosta et de le copier, car c'est actuellement la voie à suivre pour être rapide et compétitif avec la RC16.
Mais Risse décrit ce processus : "Les autres pilotes le voient. En partie, ils ont alors aussi eu le sentiment que c'était maintenant la seule manière d'être rapide sur la moto, mais que ça ne fonctionne pas pour eux, qu'ils n'y arrivent pas."
Binder travaille surtout à changer son style de pilotage. Lors des week-ends de course, l'accent est principalement mis sur le fait qu'il devienne plus rapide au guidon de la moto.
"Nous voyons dans de nombreux secteurs, dans de nombreux virages pris individuellement, que la performance est parfois au niveau de Pedro", dit Risse au sujet du Sud-Africain. "Mais nous n'arrivons pas à assembler cela chez lui de manière à ce que cela donne un chrono."
"Et de ce fait, tout devient naturellement beaucoup, beaucoup plus difficile quand on n'a justement pas cette position en qualifications, parce qu'on ne peut alors pas le montrer. On le voit peut-être sur la feuille des temps, mais cela ne rapporte rien."
Sebastian Risse, à droite, avec Aki Ajo
Photo : Gold and Goose
Car le rythme de course de Binder, comme celui de Bastianini, est en règle générale compétitif, mais lorsque tous deux s'élancent en dehors du top 10, il leur est difficile de remonter dans le peloton, dans l'une ou l'autre des courses.
Spielberg l'a encore montré récemment. Binder s'est qualifié directement pour la Q2 dès les essais du vendredi. Depuis la 11e place sur la grille, il a connu son meilleur week-end de l'année, avec la neuvième place dans le sprint et la sixième dans la course principale. Cela restait toutefois nettement derrière Acosta, qui a dominé ce week-end en termes de vitesse.
Pourquoi Binder n'est plus aux avant-postes
Le dernier résultat de pointe de Binder remonte à l'ouverture de la saison 2024. À l'époque, il avait terminé deuxième des deux courses au Qatar, alors qu'Acosta disputait son premier week-end en MotoGP.
En 2023 encore, Binder était la référence chez KTM : il avait remporté deux sprints, décroché cinq podiums en Grand Prix et terminé la saison quatrième du championnat du monde. Mais depuis le Qatar 2024, on n'a plus beaucoup vu de "Brad Attack".
"Il a un style de pilotage très particulier", analyse Risse, "qui convenait alors très, très bien. Mais le championnat continue malheureusement et heureusement d'évoluer, dans le domaine des pneus, dans celui du style de pilotage, dans celui des motos. Et c'est un processus très, très douloureux quand on se rend alors compte qu'avec le style de pilotage que l'on avait jusqu'ici, on ne va pas plus loin, on doit se réinventer'."
Brad Binder
Photo : Federico Manoni/NurPhoto via Getty Images
"Mais il ne faut pas essayer de copier sauvagement, il faut trouver de nouvelles forces. Je crois que c'est un tout autre défi. C'est quelque chose sur lequel nous avons du mal ensemble", poursuit Risse, qui prend la défense de Binder : "Je ne dirais pas qu'il a du mal, nous sommes tous ensemble là-dedans. Et c'est un processus dans lequel beaucoup de pilotes ont malheureusement déjà trébuché ou échoué."
"Nous n'abandonnerons pas, jusqu'au bout, pour trouver de nouvelles voies avec lui. Mais c'est clair : il sait comment il devrait piloter pour être plus rapide, or ce n'est pas le style de pilotage dans lequel il se sent à l'aise et peut exploiter ses points forts, et c'est pourquoi il ne paraît plus aussi fort en ce moment."
Le week-end de Spielberg a été un pas dans la bonne direction. Après sept années en MotoGP, KTM n'a néanmoins pas prolongé le contrat de Binder : le Sud-Africain passera au WorldSBK en 2027, au sein de l'équipe BMW. Tandis qu'Acosta rejoindra Ducati en MotoGP, KTM alignera l'an prochain un nouveau duo formé d'Álex Márquez et de Fabio Di Giannantonio.
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