Contenu spécial
Dossier

Contenu spécial

Rétrogradés ou virés, ces pilotes confrontés au système Red Bull

Au cours des 15 dernières années, nombreux sont ceux qui ont trébuché dans leur progression au sein du système Red Bull, et peu sont ceux qui s'en sont relevés.

Rétrogradés ou virés, ces pilotes confrontés au système Red Bull
Charger le lecteur audio

Toutes les écuries de Formule 1 se sont un jour séparées d'un pilote, mais lorsque Red Bull prend une telle décision, elle est bien souvent observée différemment. Ce regard attentif provient non seulement du fait que la structure autrichienne s'encombre rarement de pincettes, mais aussi de la nature même de son système, mis en place afin de lui permettre, si elle le souhaite, de jouer au jeu des chaises musicales entre ses deux écuries, Red Bull Racing et Toro Rosso

La dernière décision de ce type remonte à l'été dernier, lorsque Pierre Gasly a été rétrogradé de l'écurie mère vers le team de Faenza, payant le prix d'une première partie de saison ratée aux côtés de Max Verstappen. Mais le Français n'était pas le premier à faire les frais d'une décision tellement rude qu'elle peut parfois briser une carrière. Avant lui, d'autres ont connu les affres d'une telle situation. L'heure est venue de passer en revue ces moments qui jalonnent l'histoire de Red Bull en F1. 

Chaque décision prise par Red Bull apparaît ci-dessous. En revanche, nous n'évoquerons pas le départ d'un pilote de son propre fait, que ce soit celui de Sebastian Vettel pour Ferrari, de Daniel Ricciardo pour Renault, ni les retraites de David Coulthard et Mark Webber, tandis que la situation de Carlos Sainz était née d'un contexte bien différent. 

2006 - Christian Klien évincé en fin de saison

Christian Klien, Red Bull Racing

Titulaire chez Jaguar Racing en 2004, Christian Klien était parvenu à conserver son baquet durant l'intersaison malgré le rachat de la structure par Red Bull. Inscrivant neuf points en 2005, il avait rempilé pour 2006 avant que l'écurie autrichienne ne parvienne à recruter Mark Webber en vue de 2007. Une fois le transfert de l'Australien bouclé, Klien n'allait finalement même pas terminer l'exercice en cours, quittant l'écurie à trois courses du terme de la saison. 

Son ascension, avec quelques performances remarquées, aurait certainement mérité meilleur sort que cette fin assez brutale. À Monaco en 2006, c'est peut-être même lui qui aurait pu offrir à Red Bull son premier podium en Formule 1, car il devançait son coéquipier David Coulthard avant d'être trahi par sa boîte de vitesses. Les problèmes de fiabilité de la jeune écurie ne l'ont d'ailleurs que trop rarement épargné. 

2006 - Doornbos, trois Grands Prix et puis s'en va

Robert Doornbos

Robert Doornbos est celui qui a piloté le moins longtemps pour Red Bull. Après avoir débuté la saison avec Christian Klien, l'écurie autrichienne avait finalement remplacé ce dernier par le Néerlandais à trois Grands Prix de la fin de saison. En arrivant aux côtés de David Coulthard, Doornbos était dans une situation particulièrement compliquée, car Red Bull avait d'ores et déjà recruté Mark Webber pour 2007. Difficile de faire ses preuves quand il n'y a de toute manière pas de récompense à aller chercher, et pourtant, il avait notamment réussi à devancer Coulthard à deux reprises. Il restera comme un remplaçant sans avenir et comme le pilote le plus éphémère de la marque en F1. 

2007 - Scott Speed évincé en cours de saison

Scott Speed, Scuderia Toro Rosso STR01

Scott Speed a été évincé de Toro Rosso au milieu de l'année 2007, après avoir passé une saison et demie dans l'écurie. Il fut alors remplacé par un certain Sebastian Vettel, et la suite ne peut pas donner tort à cette décision qui avait finalement tout d'évident. L'Américain est peut-être l'un des pilotes les moins convaincants alignés par l'écurie italienne, et son caractère lui aura également joué de vilains tours car les résultats ne l'ont pas sauvé. À l'époque, la filière Red Bull n'en était qu'à ses balbutiements, et Red Bull n'avait pas encore de pilote star à placer dans sa deuxième équipe. Speed est apparu comme une solution d'attente, jusqu'à l'éclosion de la première jeune pousse... 

2007 - Liuzzi non conservé par Toro Rosso

Vitantonio Liuzzi, Scuderia Toro Rosso, STR02

Après avoir disputé pour ses débuts en F1 quatre Grands Prix sous les couleurs de Red Bull Racing en 2005 à la place de Klien, Vitantonio Liuzzi avait été placé comme titulaire chez Toro Rosso pour la saison 2006. L'Italien bénéficia d'un bail de deux ans au sein de la structure de Faenza, avant d'être remercié fin 2007 suite au recrutement de Sébastien Bourdais pour l'année suivante. 

Liuzzi affichait des performances prometteuses, notamment en qualifications, mais s'était finalement réveillé trop tard face à Sebastian Vettel à la fin de sa deuxième saison. Trop d'erreurs et pas assez de points récoltés eurent raison de son crédit, qu'il allait tout de même pouvoir dépenser en 2009 et 2019 chez Force India, avant une ultime saison en catégorie reine passée chez HRT. 

2009 - Sébastien Bourdais mis à l'écart

Sebastien Bourdais, Toro Rosso STR04, Heikki Kovalainen, McLaren MP4-24

Quatre fois titré en Champ Car aux États-Unis, Sébastien Bourdais avait enfin réussi à décrocher une place en Formule 1 chez Toro Rosso en 2008. La première année fut mitigée, avec de belles performances mais également un rang difficile à tenir face à un Sébastien Vettel qui attirait toute la lumière, notamment lors de la fameuse victoire à Monza. Quelque part, le recrutement de Bourdais par Toro Rosso a toujours paru étrange, car à contretemps de la politique de formation de jeunes talents par Red Bull. En revanche, son éviction en milieu de saison pour faire place nette à Jaime Alguersuari avait de quoi être qualifiée de sévère, non pas par sa nature mais par son timing. 

2011 - Alguersuari non conservé chez Toro Rosso

Jaime Alguersuari, Scuderia Toro Rosso STR4

Propulsé en Formule 1 à la place de Bourdais à l'été 2009, Jaime Alguersuari aura eu deux saisons et demie pour faire ses preuves. Plus que ses performances en piste, son comportement en dehors aura posé des problèmes à l'équipe et à Red Bull, au point de prendre la décision de ne pas prolonger l'aventure fin 2011. Il aura aussi payé le prix d'évoluer en F1 à un moment où le réservoir de jeunes talents de la firme autrichienne débordait de prétendants à qui il fallait tôt ou tard offrir la même chance. Donnant le sentiment de stagner, malgré un talent vraisemblable, il était la victime parfaite pour que Red Bull aligne un duo formé par Daniel Ricciardo et Jean-Éric Vergne en 2012. 

2011 - Buemi non conservé chez Toro Rosso

Sebastien Buemi, Scuderia Toro Rosso STR6

Sébastien Buemi aura eu à peine plus de temps que Jaime Alguersuari pour convaincre, mais cette période fut tout de même conséquente puisque longue de trois saisons. Titularisé dès le début d'année 2009 suite à la promotion de Vettel chez Red Bull, il avait rapidement affiché sa pointe de vitesse et de solides résultats. Son travail durant ces trois saisons à Faenza ne peut être que reconnu, et finalement on peut dire qu'il s'agissait d'un bilan solide bien qu'insuffisant pour lui permettre d'aspirer à franchir le pas pour rejoindre l'écurie mère. 

À l'inverse d'autres pilotes passés avant lui, le Suisse a toujours entretenu d'excellentes relations avec Red Bull en dépit de la perte de son volant fin 2011. Il est toujours aujourd'hui dans la famille, avec des attributions au simulateur de Milton Keynes, tandis qu'il s'est forgé une carrière de pilote d'Endurance hors pair avec Toyota, couronnée de titres mondiaux en WEC et de victoires aux 24 Heures du Mans. Finalement, il est la preuve que la filière Red Bull peut mener à autre chose que soit la gloire, soit la fin prématurée d'une carrière en sport automobile de haut niveau. 

2014 - Jean-Éric Vergne non conservé chez Toro Rosso

Jean-Eric Vergne, Toro Rosso STR7 Ferrari

Lancé dans le grand bain en 2012, Jean-Éric Vergne est entré dans le schéma des "trois saisons" chez Toro Rosso pour tenter de convaincre. Le Français a quasiment toujours répondu présent, son style en piste a également séduit, mais il a subi deux revers importants face à ses coéquipiers successifs : Daniel Ricciardo promu chez Red Bull Racing à l'issue de la saison 2013, et Daniil Kvyat promu à son tour fin 2014. 

Doublé deux fois, il n'avait plus d'avenir dans le système autrichien, qui a opté pour un nouveau "reset" du line-up Toro Rosso en vue de la saison 2015 avec les titularisations de Carlos Sainz et Max Verstappen. Beaucoup ont longtemps estimé que "JEV" avait un potentiel au moins égal, si ce n'est supérieur, à celui de Ricciardo, mais la suite peut difficilement donner tort à Red Bull. Face à Kvyat, le doute est évidemment davantage permis. 

En F1, son attitude l'a peut-être également desservi aux yeux de ses employeurs. La catégorie reine, il a toutefois su la mettre de côté pour se lancer avec succès dans l'aventure de la Formule E, avec deux titres à la clé, et en découvrant l'Endurance avec l'objectif à terme de remporter les 24 Heures du Mans. 

2016 - Kvyat rétrogradé chez Toro Rosso en cours de saison

Daniil Kvyat, Red Bull Racing RB12, third place, on his way to Parc Ferme

Titularisé chez Red Bull Racing dans une certaine précipitation pour 2015, afin de répondre au départ de Sebastian Vettel chez Ferrari, Daniil Kvyat a réalisé une première campagne convenable. Néanmoins, le statut du Russe a toujours semblé fragile, avec l'ombre d'un Max Verstappen qui était clairement préparé pour devenir la star montante de Red Bull. Sous pression, il a connu un début de championnat agité en 2016, et c'est finalement le Grand Prix de Russie qui a provoqué sa perte, lorsqu'il a causé un accrochage multiple au départ. L'incident lui a d'ailleurs valu le surnom de "torpille". 

Red Bull a sauté sur l'occasion, sans aucun doute. Sur le moment, le choix de renvoyer Kvyat chez Toro Rosso pour promouvoir Verstappen a pu donner le sentiment d'être injuste. Certains y ont vu un déshonneur, parfois même pire que si le Russe avait tout simplement été congédié. Mais l'écurie autrichienne a joué avec son atout, celui de disposer de deux équipes. Et comme par un heureux hasard, Verstappen a triomphé dès son premier Grand Prix avec Red Bull, en Espagne, profitant de l'accrochage devant lui entre les deux Mercedes de Lewis Hamilton et Nico Rosberg. 

En brûlant les ailes de Kvyat, Red Bull a évité tout risque de perdre son joyau Verstappen. Difficile, avec le recul, de juger cette décision inappropriée ! C'est là toute la subtilité du contexte de l'époque : si n'importe quel autre pilote que le Néerlandais avait remplacé Kvyat, cette rétrogradation serait apparue injuste.

2017 - Kvyat non conservé chez Toro Rosso

Daniil Kvyat, Scuderia Toro Rosso STR12

Je t'aime, moi non plus. Un an et demi après sa rétrogradation dont il était question ci-dessus, Kvyat n'a pas convaincu et a été prié de faire ses valises pour laisser sa chance à Pierre Gasly. Cette fois-ci, le Russe fut sommé de quitter le programme Red Bull dans son ensemble. Logiquement affecté par les événements de la saison précédente, il était difficile pour lui d'être performant. Aussi, à ce moment-là, le choix de s'en séparer n'aura choqué personne, même si son rythme pur était proche de celui de Carlos Sainz, avec toutefois moins d'aptitude à le transformer en des résultats probants. 

Beaucoup ont cru, à juste titre, que c'en était terminé de la carrière de Kvyat en Formule 1. Et pourtant, après une année passée dans le simulateur Ferrari, Red Bull l'a réintégré contre toute attente pour en faire à nouveau un titulaire chez Toro Rosso, non seulement pour la saison 2019 mais aussi pour 2020. 

2018 - Hartley non conservé chez Toro Rosso

Brendon Hartley, Toro Rosso STR13 Honda

Brendon Hartley est un symbole, avec Kvyat, de ces pilotes capables d'avoir plusieurs vies dans le cercle Red Bull. Membre du Junior Team au début de sa carrière, il en avait été éjecté sans avoir sa chance en Formule 1. Parti vers d'autres horizons, au point de devenir une référence en Endurance avec Porsche en LMP1, le Néo-Zélandais est revenu à la surprise générale fin 2017, lorsque Toro Rosso a fait appel à lui. 

Hartley a ainsi bénéficié d'une saison complète en F1 en 2018 avec Toro Rosso, durant laquelle il a souvent souffert de la comparaison avec Pierre Gasly. Ainsi, lorsque Daniel Ricciardo a choisi de quitter Red Bull Racing, le choix s'est porté sur le Français pour le remplacer, et l'avenir d'Hartley s'est rapidement inscrit en pointillés, jusqu'à l'annonce de l'arrivée d'Alexander Albon pour 2019. 

Durant son passage dans la discipline, il a affiché un rythme qui était au rendez-vous mais n'a pas su le transformer en résultats concrets. C'est surtout son travail technique avec Honda qui a été salué, et qui a probablement laissé une empreinte, bien que difficilement quantifiable et perceptible. La F1 demeurera une parenthèse pour lui, qui a retrouvé les joies de l'Endurance avec Toyota tout en rejoignant Ferrari pour travailler dans le simulateur de Maranello. 

2019 - Gasly rétrogradé chez Toro Rosso

Pierre Gasly, Toro Rosso STR14

Après avoir rempli les objectifs fixés par Red Bull en GP2 puis en Super Formula, Pierre Gasly a obtenu sa chance en F1 fin 2017 puis a disputé une saison 2018 complète et convaincante avec Toro Rosso. Pris de court par le départ de Daniel Ricciardo, Red Bull Racing a logiquement fait appel à lui pour remplacer l'Australien en 2019, compte tenu du peu d'options disponibles. 

Le Français a toutefois connu des débuts compliqués, avec deux sorties de piste survenues lors des essais de Barcelone et qu'il a semblé traîner comme un boulet, que ce soit personnellement ou à travers les reproches répétés de ses dirigeants. En difficulté face à l'ogre Verstappen, il a semblé surnager en permanence, peiner à trouver sa place dans l'écurie de Milton Keynes, et seule sa quatrième place à Silverstone a eu des semblants de rayon de soleil. 

Toute cette pression, combinée à l'impatience que l'on connaît de Red Bull, a finalement eu raison de sa place lorsqu'il a été rétrogradé chez Toro Rosso dès la trêve estivale. Néanmoins, le Normand a fait preuve d'une redoutable force de caractère. Invité à connaître la même épreuve rude que son coéquipier Daniil Kvyat, il a relevé le défi et semblé revivre en retrouvant l'équipe italienne, au point de transformer l'essai à la première grosse opportunité, à Interlagos, avec un podium à la clé. 

partages
commentaires
Un paddock chamboulé au look très différent en Autriche
Article précédent

Un paddock chamboulé au look très différent en Autriche

Article suivant

Sondage : quelle est votre équipe F1 préférée ?

Sondage : quelle est votre équipe F1 préférée ?
Charger les commentaires