Opinion

Revenir en F1 : ces pilotes du passé à ne pas imiter

Cette année, Kevin Magnussen et Alex Albon sont de retour en F1. Ils ont l'opportunité de se montrer mais devront maintenir la pression s'ils ne veulent pas rejoindre la longue liste des pilotes talentueux qui ont échoué avant eux.

Emanuele Pirro. BMS Scuderia Italia Dallara 191 Judd

Le départ de Nikita Mazepin de l'écurie Haas en raison du conflit armé en Ukraine a offert une opportunité inattendue à Kevin Magnussen. Après 119 Grands Prix disputés avec McLaren, Renault et Haas, sans jamais retrouver la deuxième place qu'il avait décrochée dès sa première course à Melbourne en 2014, la carrière du Danois en F1 semblait être arrivée à son terme fin 2020. Non conservé par Günther Steiner, il est allé suivre les traces de son père Jan en Endurance.

Mais voici qu'il a une nouvelle chance en F1, où il a signé un contrat pluriannuel pour revenir chez Haas après avoir rompu les accords dont il disposait avec Peugeot en WEC et avec le Chip Ganassi Racing en IMSA. Une deuxième chance rare dans la discipline reine. Dans les points à Bahreïn puis à Djeddah, Magnussen a prouvé qu'il avait le talent pour briller au plus haut niveau.

Cependant, si Haas semble avoir bien progressé pour quitter le fond du peloton, on ne peut pas en dire autant de Williams. Comme Magnussen, Alex Albon dispose d'une deuxième chance après une année passée en DTM. Jusqu'à présent, probablement en raison d'une voiture moins efficace, il n'a pas brillé et s'est fait remarquer à Djeddah par un accrochage avec Lance Stroll qui lui coûtera trois places de pénalité sur la grille à Melbourne. Albon a toutefois dominé son coéquipier Nicholas Latifi, dont la spirale négative entraîne de nombreuses critiques.

L'accident du Canadien à Abu Dhabi l'an dernier a provoqué l'intervention de la voiture de sécurité qui a influencé la lutte pour le titre mondial, bien que les décisions de la direction de course ne soient évidemment pas de son fait. Et à Djeddah, son deuxième accident du week-end après un premier survenu en Q1 a également coûté à Sergio Pérez ses chances de victoire.

Magnussen et Albon devront tous les deux maintenir la pression sur leurs coéquipiers respectifs s'ils ne veulent pas voir leur nom s'ajouter à la longue liste des pilotes qui, malgré leur talent, n'ont jamais eu la chance d'obtenir un volant plus compétitif en Formule 1.

Alex Albon a connu un GP d'Arabie saoudite difficile, conclu par un accrochage avec Lance Stroll.

Alex Albon a connu un GP d'Arabie saoudite difficile, conclu par un accrochage avec Lance Stroll.

J'ai travaillé avec plusieurs pilotes qui appartiennent à cette catégorie. Dans certains cas, leur carrière en F1 a été contrariée par des problèmes indépendants de leur volonté, à bord de monoplaces souvent de qualité moyenne, voire médiocre. Beaucoup d'entre eux ont cependant connu un grand succès par la suite.

L'un d'eux est Emanuele Pirro, qui est désormais l'un de mes amis. Nous avons passé les deux années formidables de McLaren, en 1988 et 1989, à faire des essais tous les quinze jours au Japon, que ce soit à Suzuka ou à Fuji. Vainqueur en Formule 3000, où il a terminé troisième du championnat en 1985 et 1986, il avait été recruté par Ron Dennis pour faire équipe avec Alain Prost et Ayrton Senna. Son retour technique était inestimable pour moi ainsi que pour l'ingénieur de test McLaren et pour Honda, alors que nous nous efforcions de développer le moteur V6 turbo puis le V10 atmosphérique, tout en affinant le châssis au fur et à mesure de l'arrivée de nouvelles pièces.

En 1989, Emanuele a été recruté par Benetton pour remplacer Johnny Herbert, qui devait se remettre de ses blessures subies à Brand Hatch en F3000 l'année précédente. Au volant d'une monoplace peu fiable, il a eu du mal à être compétitif et n'a inscrit que deux points, lors du dernier Grand Prix à Adélaïde. Puis il y a eu deux autres années infructueuses avec la Scuderia Italia-Dallara, où il n'a marqué qu'un point en terminant sixième à Monaco en 1991. Suffisant pour sonner le glas de sa carrière en F1. Cependant, on sait tous qu'il a fait valoir son talent avec brio en tourisme et en Endurance par la suite, remportant notamment cinq fois les 24 Heures du Mans avec Audi.

Contrairement à Emanuele, j'ai rencontré Yannick Dalmas pour la première fois en Endurance, quand il pilotait la Peugeot 905. Champion de F3 française en 1986, Yannick avait connu trois années sans résultats en F1 sous les couleurs de Larrousse et AGS. Un problème de santé malheureux mit fin à sa carrière dans la discipline, même s'il a ensuite fait un bref retour chez Larrousse en 1994.

Une fois que j'ai appris à connaître Yannick, je me suis rendu compte qu'en plus d'être un personnage extrêmement sympathique, c'était quelqu'un qui doutait parfois de son talent. Il avait énormément besoin d'être rassuré et encouragé pour décrocher les meilleurs résultats. La première année où j'ai travaillé chez Peugeot, en 1991, son coéquipier était Keke Rosberg, Champion du monde de F1 1982, qui était sorti de sa retraite pour venir donner un coup de main.

Lors de l'une des premières courses de l'année, nous étions à Monza, où les nouveaux stands venaient d'être créés et où il y avait une bande bétonnée juste à l'extérieur des garages. J'avais prévenu Yannick, qui prenait le départ de la course, que le béton était glissant et qu'il fallait être prudent au moment des arrêts au stand. Malheureusement, il a visiblement oublié ce conseil et il est arrivé trop vite, a bloqué ses roues et a emporté avec lui le ravitailleur ainsi qu'un des mécaniciens. Je n'oublierai jamais l'expression sur le visage de Keke, qui attendait de prendre le volant !

Néanmoins, Yannick s'est racheté en 1992. Associé à Derek Warwick, il a remporté le titre de Champion du monde d'Endurance et décroché sa première victoire aux 24 Heures du Mans, avec Mark Blundell. Il est toujours impliqué en sport automobile aujourd'hui et pilote l'une des voitures de sécurité sur les manches du WEC.

Les temps ont été durs pour Yannick Dalmas en F1, mais il a ensuite brillé en Endurance.

Les temps ont été durs pour Yannick Dalmas en F1, mais il a ensuite brillé en Endurance.

Lorsque je suis revenu en F1 en 1993 après avoir travaillé pour Peugeot, j'ai d'abord rejoint Jordan, mais le turnover y était énorme : Thierry Boutsen, Marco Apicella, Emanuele Naspetti et Eddie Irvine ont piloté successivement la deuxième voiture. Boutsen avait été l'un de mes pilotes chez Peugeot au Mans et m'avait demandé de l'accompagner chez Jordan pour aider un jeune ingénieur nouveau venu, un certain Andy Green. Malheureusement, ça allait être la fin de la carrière de Boutsen en F1, achevée par une défaillance de son embrayage sur la grille du Grand Prix de Belgique. Nous savons qu'Irvine a ensuite fait de grandes choses chez Ferrari, mais ce ne fut pas le cas d'Apicella et Naspetti, jetés dans un grand bain où ils ont pataugé.

Quand j'ai rejoint Sauber en 1994, j'étais l'ingénieur de Karl Wendlinger, un grand pilote autrichien qui avait affiché de véritables promesses la saison précédente après une campagne difficile chez March en 1992. Champion de F3 allemande en 1989, Karl avait été l'une des stars du programme junior de Mercedes aux côtés de Michael Schumacher et Heinz-Harald Frentzen. Michael et lui pilotaient la Mercedes C291 en Groupe C lorsque je travaillais chez Peugeot, donc nous nous étions déjà croisés. Les choses ont bien débuté, avec une sixième place au Brésil, et il fut tout proche de rattraper Mika Häkkinen pour la troisième place lors du tragique Grand Prix de Saint-Marin.

C'était un pilote très talentueux mais malheureusement, notre collaboration n'a pas duré longtemps. Son accident lors du Grand Prix suivant à Monaco n'aurait pas pu arriver à un pire moment, car en dépit des changements apportés à la voiture après Imola, j'avais le sentiment que nous faisions des progrès avec les réglages.

Pendant les essais libres, à la sortie du tunnel, il est allé trop à droite de la piste pour prendre une bonne trajectoire à la chicane et a touché le vibreur avec sa roue arrière droite. Ça a cassé la jante et dégonflé le pneu, ce qui l'a envoyé dans les rails de sécurité près de l'échappatoire. Le rail était protégé par de gros containers en plastique qui auraient dû être remplis d'eau, mais ils étaient vides. Le choc a fait basculer la voiture sur le côté et le casque de Karl a heurté le haut de la glissière de sécurité, le plongeant dans le coma.

Il a fini par s'en remettre, mais quand il est revenu faire des essais pour Sauber plus tard dans l'année, il avait clairement perdu confiance. Après quelques courses décevantes en 1995, il a perdu son volant mais il a connu un grand succès en Endurance en remportant les 24 Heures de Daytona en 2000 avec une Viper GT et en signant des victoires de catégorie au Mans par deux fois. Je l'ai revu quelques années plus tard et j'étais heureux de constater qu'il avait gardé la même personnalité.

On peut espérer que Williams réglera ses problèmes avec sa FW44 pour donner à Albon la même chance qu'à Magnussen de faire ses preuves. George Russell a contribué à faire progresser la voiture l'an dernier et a été promu chez Mercedes. L'avenir nous dira si l'un ou l'autre des pilotes de retour en 2022 sera capable de trouver un baquet dans une voiture de pointe…

Un terrible accident à Monaco a brisé la carrière en F1 de Karl Wendlinger.

Un terrible accident à Monaco a brisé la carrière en F1 de Karl Wendlinger.

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