Dumas : un podium au Mans avec Alpine, "c'est ce que j'ai en tête"

Le Français sera au départ des 24 Heures du Mans dans la catégorie LMP2, et juge réaliste de voir un prototype de la catégorie terminer sur le podium du classement général.

Évincé du programme LMP1 de Porsche – constructeur avec lequel il reste sous contrat – malgré une victoire au Mans et un titre de Champion du monde décroché l'an passé, Romain Dumas s'apprête néanmoins à vivre une nouvelle année très chargée. Parmi ses nombreux objectifs, le Français sera bel et bien au départ des 24 Heures du Mans, pour la 17e fois d'affilée. Et ce ne sera certainement pas pour faire de la figuration. Il s'est confié à Motorsport.com.

Romain, comment s'est présentée cette opportunité de faire les 24 Heures du Mans avec Alpine ?

J'avais plusieurs solutions. En tout cas, je voulais absolument faire Le Mans mais je ne voulais pas refaire le WEC cette année. Dans ma tête, la priorité c'était de faire seulement les courses de 24 heures. Donc le Nürburgring, ça c'est sûr, car ça fait des années que je ne pouvais plus le faire et ça m'a quand même manqué. Faire les rallyes avec la Coupe du monde GT car c'est ma propre équipe, et chaque année je ne peux pas le faire car il y a toujours des clashs et que le P1 m'empêchait de le faire, donc au moins, cette année c'est réalisable, et comme c'est avec Porsche, ça leur plaît. Pikes Peak aussi, car je refais complètement une voiture et ça me tient à cœur, car je mets énormément d'énergie là-dedans cette année. Et l'Endurance, les courses de 24 heures, c'était aussi obligatoire.

J'ai déjà gagné en GT et en LMP1, ce serait sympa d'essayer en LMP2.

Romain Dumas

Donc j'ai dit le WEC, non. Mais Le Mans, avec quoi ? Il y avait deux solutions : soit le faire avec la RSR, ce dont j'ai parlé avec Porsche, soit avec une LMP2. Pourquoi le LMP2 ? Car j'ai déjà gagné en GT et en LMP1, donc ce serait sympa d'essayer de gagner en LMP2. Je n'en suis pas encore à faire le GT AM ! Je me suis dit : quelle équipe peut me proposer ça dans les meilleures conditions ? J'ai regardé, j'ai fait un peu le tour des équipes. De moi-même, j'avais contacté Alpine en fin d'année dernière, en me disant qu'il n'y avait pas vraiment de possibilité. J'ai parlé avec d'autres équipes en P2, mais sincèrement, je n'en voyais pas vraiment. Deux ou trois m'intéressaient, mais malheureusement, le reste est très amateur et ils ne pouvaient pas se permettre d'avoir un pilote professionnel. Le choix était réduit à deux ou trois équipes.

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L'image d'Alpine, le fait que ce soit un constructeur français très apprécié, c'est un élément qui a joué ?

Complètement. Pour ne rien vous cacher, quand j'ai évoqué Alpine, j'en ai parlé avec Gérard Larousse, qui lui m'a dit : "Tu sais, maintenant que tu as tout gagné, ce serait pas mal Alpine, l'image, le côté français, toi qui adore les rallyes, Alpine aussi". C'est vrai que ce côté-là m'a séduit aussi. Et ce qui est assez fou, ce qui m'a le plus séduit, c'est que l'année dernière l'ACO a organisé une soirée à côté de Nantes, et il y a le président d'Alpine qui a parlé. J'ai trouvé son discours tellement passionné et sympa que c'est la première fois que ça m'est vraiment venu à l'idée. Je me suis dit, tiens, c'est un petit constructeur mais rempli de passionnés, et moi ça me va bien aussi, je me suis dit pourquoi pas. C'est la première fois que ça a fait tilt, même si à l'époque, pour ne rien vous cacher, j'étais dans l'idée de refaire Le Mans avec Porsche en LMP1.

Comment se reconstruit-on mentalement après l'éviction d'un programme LMP1, pour trouver la motivation ailleurs ?

J'avais deux solutions dans cette histoire. Faire croire que j'allais prendre ma retraite, car ça faisait bien, etc, mais je n'allais plus courir, ce qui était hors de question pour moi. Mais j'ai toujours dit que je continuerai à courir tant que j'avais les chances de gagner, donc en GT avec la RSR c'était aussi une bonne chance, car la voiture est super. Mais j'avais envie de faire Le Mans dans une voiture encore rapide, et cette idée d'essayer de gagner en LMP2 me plaît aussi, et en plus si ça peut être avec un constructeur français, ça peut être rigolo.

J'ai plus à perdre qu'à gagner là-dedans.

Romain Dumas

Je repense un peu à l'épopée Pescarolo. On sort d'une très très grande équipe ; à l'époque quand je sortais de chez Penske, autant vous dire que ce n'était pas tout à fait le même niveau de moyens financiers. Maintenant, cette idée d'avoir une équipe qui a vraiment envie de bien faire, qui fédère des gens autour d'elle, et moi être au milieu de ça, ce n'est pas du tout une voie de garage. Moi, j'ai plus à perdre qu'à gagner là-dedans. J'y vais car ça me plaît, on peut gagner la catégorie. Le Mans en P1, c'était super ; maintenant, le P1, c'est dans le dur, il ne faut pas se voiler la face, et je pense que l'avenir c'est peut-être le P2. Dans l'histoire, je veux essayer de gagner cette catégorie. Après, je connais le contexte P2, avec le pilote amateur au milieu, ce ne sera pas aussi simple, ça c'est sûr.

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Cette année, les LMP2 seront aussi beaucoup plus rapides qu'auparavant, proches des performances du LMP1 privé de 2016…

Je pense que ce dont les gens ne se rendent pas compte, c'est qu'il y a quelques années, quand on faisait Le Mans avec Audi et Peugeot, au tour on était cinq secondes plus lents. Et on était pourtant le deuxième constructeur, on pouvait gagner, et la preuve on a gagné. Et avec Pescarolo on n'était pas à cinq secondes au tour mais à sept selon les années, en 2008 par-là. Là, on va avoir des P2 qui vont être à cinq ou sept secondes au tour au Mans, mais avec des équipes complètement amateurs. Il y a Signature [qui exploite le programme Alpine] et quelques-unes qui sont des vraies équipes, mais après, c'est assez fou d'ailleurs. À l'inverse, voir ces P2 aussi rapides, c'est assez sympa. La première P2, pour moi, peut être sur le podium largement. Et c'est ce que j'ai dans la tête. Je pense que la première P2, si elle n'a pas de problème, ne sera pas loin du podium, ça c'est sûr. Et si Le Mans est compliqué, elle sera sur le podium.

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A propos de cet article
Séries 24 heures du Mans , WEC
Événement 24 Heures du Mans
Circuit Circuit de la Sarthe
Pilotes Romain Dumas
Équipes Signatech
Type d'article Interview
Tags endurance, lmp2