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Interview

Le comeback de Márquez raconté par son plus proche assistant

Pour Motorsport.com, José Luis Martínez, assistant et confident de Marc Márquez, détaille ce qui a permis au champion espagnol de réaliser le comeback le plus impressionnant de l'histoire des Grands Prix moto. Un retour qui a bien failli ne pas avoir lieu, révèle-t-il.

Marc Marquez, Ducati Team, célèbre son titre

Photo de : Ducati Corse

José Luis Martínez est bien plus qu'un assistant pour Marc Márquez. Ancien champion d'Espagne de motocross, il n'a pas quitté le pilote espagnol depuis 11 ans, précisément depuis qu'il a décidé de mettre de côté sa carrière de pilote pour se concentrer sur la préparation de Márquez et tout-terrain.

D'abord simple sparring-partner, il est devenu avec le temps l'un de ceux en qui la star des Grands Prix a le plus confiance. Il a beau être toujours en retrait malgré les projecteurs sans cesse braqués sur Márquez, il est l'un des rares à pouvoir véritablement détailler le chemin emprunté par son pilote et ami pour revenir au sommet.

José Luis Martínez, en la foto a la derecha de Davide Tardozzi, celebra una victoria de Marc Márquez

José Luis Martínez, en la foto a la derecha de Davide Tardozzi, celebra una victoria de Marc Márquez

Foto de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Cette histoire déjà légendaire s'est écrite en six années, divisées en deux chapitres : le premier, de 2020 à 2023, a été un véritable calvaire ; le second correspond, lui, à ces deux dernières saisons, et il est celui de la réparation, du réarmement d'un champion prêt à mordre à nouveau. Chacune des étapes s'est accompagnée de larmes, celles de la douleur, de la rage et de l'impuissance, avant les larmes du bonheur absolu qui ont explosé dimanche. À chaque fois, José Luis Martínez était là, au même titre qu'Álex Márquez, le frère de Marc, et de sa compagne, Gemma Pinto.

La pire blessure alors qu'il est au plus haut

Aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, une même course a réuni l'une des démonstrations de force les plus mémorables du MotoGP et, en même temps, la porte d'entrée vers un véritable enfer pour celui qui venait de la produire. Lors de ce GP d'Espagne 2020, Márquez a réalisé une remontée historique, avant de chuter et de se fracturer l'humérus. C'était le début de plus de deux ans durant lesquels il allait subi quatre opérations avant de retrouver un niveau de gêne acceptable avec son bras droit.

"Personne ne sait à quel point Marc a pleuré pour en revenir là", reconnaît José Luis Martínez, lors d'une interview accordée à Motorsport.com dans le bureau des Márquez à Motegi, en marge de ce week-end qui allait mener le pilote au numéro 93 vers sa neuvième couronne mondiale.

Dans les moments les plus difficiles, l'ancien pilote de motocross a toujours été présent, même s'il n'est pas toujours intervenu. "Je pense que, dans certaines circonstances, il n'y a pas grand-chose à dire à quelqu'un qui souffre. Je restais simplement à ses côtés, pour qu'il voie que j'étais là."

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L'envie de tout arrêter

Après cette grave fracture de l'humérus droit subie au lancement de la saison 2020, Márquez dit lui-même avoir plus fréquenté les cabinets médicaux que les pistes. Le fait est qu'il a dû affronter d'autres problèmes encore, et notamment le retour de troubles de la vision qu'il avait déjà connus dans ses plus jeunes années de carrière. Cela fait beaucoup pour un seul homme et, à un moment donné, la coupe a semblé pleine.

"Je me souviens d'une fois, au retour de Lombok [en 2022], où il n'avait pas couru parce qu'il était tombé et que ses problèmes de diplopie étaient réapparus, il m'a dit qu'il n'en pouvait plus, qu'il voulait arrêter. J'ai simplement essayé de minimiser l'importance de la situation, je lui ai dit de ne pas prendre de décision à chaud et qu'on allait aller manger tranquillement à notre arrivée à Madrid", se souvient Martínez.

De cet épisode si cruel est née une phrase qui, depuis, a souvent été répétée dans l'entourage du pilote, dans des circonstances où il est nécessaire de relativiser les choses : "Demain, c'est lundi et le soleil se lèvera à nouveau."

L'adieu à la famille Honda et le sauvetage chez Gresini

La quatrième opération pratiquée sur son bras, en juin 2022 aux États-Unis, a permis à Márquez de recommencer à piloter sans que la rotation de l'os ne soit plus un obstacle physique insurmontable. Dès lors, ses problèmes se sont concentrés sur sa moto, au point que le pilote, pourtant l'un des plus grands champions de sa discipline, ait commencé à avoir des doutes sur ses capacités.

On ne comprenait pas qu'il puisse douter de lui.

Après mûre réflexion et des discussions avec ceux qui font partie de son cercle proche, il a conclu un accord avec Honda pour s'en aller, ce qui signifiait quitter un groupe qu'il considérait comme sa famille depuis ses débuts dans la catégorie MotoGP, en 2013. Sa destination ? L'équipe privée Gresini Racing, qui n'allait pas lui verser de salaire. Son seul objectif était de déterminer s'il pouvait à nouveau rivaliser avec les plus rapides.

"José [Carrión, son homologue dans le box d'Álex Márquez] et moi, on se moquait de Marc, car on ne comprenait pas qu'à ce stade, il puisse douter de lui, après tout ce qu'il avait gagné", se souvient José Luis Martínez.

 

Ces doutes, Marc Márquez était en effet le seul à les avoir. Ils ont été complètement balayés au surlendemain de sa dernière course avec Honda, lors d'un test qui restera à jamais gravé dans les mémoires pour le sourire qui s'est esquissé dès sa descente de la Ducati et dont il a gratifié Frankie Carchedi, celui qui allait devenir son ingénieur chez Gresini.

"Dès qu'il est monté sur la Ducati, lors de ce fameux test à Valence, il a tout de suite vu quelque chose. J'en ai la chair de poule rien que d'y repenser. À partir de la mi-saison, ses doutes se sont dissipés, car grâce aux données dont il disposait, il a pris conscience du désavantage technique qu'il avait avec la moto qu'il pilotait. Cela l'a motivé encore plus", souligne son assistant, aux premières loges pour ce qui était le début de la renaissance de Marc Márquez.

Le retour du roi

Une fois que Ducati a confirmé qu'il ferait équipe avec Pecco Bagnaia dans son équipe officielle en 2025, l'Espagnol s'est fixé comme objectif de se battre à nouveau pour le titre. Il est si investi en permanence que l'on peut difficilement imaginer donner plus que ce qu'il a fait, pourtant c'est ce que beaucoup ont remarqué lorsqu'ils l'ont vu apparaître en février dernier, pour le lancement des essais d'avant-saison en Malaisie. Il était alors plus mince – ses collaborateurs estiment qu'il a perdu plus de trois kilos, même s'il n'entre pas dans les détails – et plus concentré que jamais.

Le niveau d'excellence qu'il exige de son entourage est le même que celui qu'il s'impose à lui-même. Cependant, il n'est certainement pas aussi dur avec les autres lorsqu'ils commettent une erreur qu'il l'est avec lui-même. "Il y a une chose que je n'aime pas chez lui, et je le lui ai dit mille fois, c'est qu'il se flagelle trop. Il se fait beaucoup de mal quand, pour une raison ou une autre, il commet une erreur. Je comprends que c'est pour ça qu'il fait ce qu'il fait et qu'il est qui il est. Mais comme je l'aime beaucoup, je souffre et j'essaie de le convaincre de ne pas être aussi dur", raconte son acolyte.

C'est la pression qui le pousse à donner le meilleur de lui-même.

Il existe des pilotes, et des sportifs en général, sur lesquels la pression a un effet négatif. Ce sont ceux dont on dit qu'ils se cachent lors des grands événements. Or, si l'on se réfère à sa carrière, on peut dire que le fait de n'avoir pratiquement aucune marge d'erreur est bénéfique pour Márquez. C'est dans ces moments-là, lorsqu'il n'a pas le droit à l'erreur, qu'il exprime le meilleur de lui-même.

"C'est la pression qui le pousse à donner le meilleur de lui-même, à se motiver et à se concentrer davantage. C'est dans les courses où il s'est retrouvé le plus acculé qu'il a été le meilleur. Là, je sais que tout va bien se passer", conclut José Luis Martínez.

C'est exactement ce qui s'est produit cette année, où il a tout écrasé sur son passage pour remporter le titre cinq Grands Prix avant la fin du championnat.

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