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Confusion et critiques perdurent sur les drapeaux jaunes

Particulièrement sous le feu des critiques cette saison en MotoGP, la direction de course s'est encore vu reprocher lors du deuxième Grand Prix au MotorLand Aragón des décisions jugées inconstantes et confuses quant aux tours supprimés en cas de drapeaux jaunes.

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Confusion et critiques perdurent sur les drapeaux jaunes

Depuis le renforcement de la règle sur les drapeaux jaunes, beaucoup de pilotes continuent à exprimer leur opposition à la fermeté actuelle sur le sujet, qu'ils estiment dénuée de bon sens, ou à critiquer une mise en application qu'ils jugent confuse. Ce fut le cas à nouveau lors du Grand Prix de Teruel, et notamment lors d'accidents survenus pendant les EL2 et à la fin des EL3 et de la Q2.

La règle sur les drapeaux jaunes est appliquée avec une fermeté scrupuleuse depuis que plusieurs pilotes ont été chronométrés en amélioration pendant les qualifications du Grand Prix d'Espagne alors qu'ils traversaient une zone de drapeaux jaunes à la suite d'un double accident. La direction de course a dès lors souhaité durcir le ton et renforcer la mise en pratique de cette règle afin que tout chrono établi en présence d'un drapeau jaune (et pas seulement sous double drapeau jaune) soit supprimé, qu'il s'agisse d'essais libres ou de qualifications. Les pilotes étaient prévenus : aucune flexibilité ne serait désormais consentie dans l'application de cette règle, ce qui a depuis engendré nombre d'annulations de chronos après des chutes.

L'un des problèmes qui se pose est que les pilotes ne voient pas toujours les drapeaux, raison pour laquelle ils militent désormais pour le recours à des panneaux lumineux, plus visibles depuis la piste. Avant une éventuelle mise en pratique généralisé de ce système, ils doivent cependant se satisfaire des conditions actuelles et savent que le couperet peut tomber à tout moment.

"Ils ont voulu donner plus d'importance à la sécurité et dans ce cas-là le tour est annulé, qu'on ait vu le drapeau ou pas", décrit Andrea Dovizioso. "Tout le monde sait que le tour sera annulé et donc on ralentit et on risque moins de faire une erreur à un endroit où se trouvent les commissaires ou le pilote à terre. Mais ça conditionne de nombreux tours et on peut avoir planifié un programme qui prévoit qu'on fasse beaucoup de tours et qu'on attaque à un moment donné, et ensuite on nous annule un tour et c'est gâché. Il faut donc beaucoup de chance et c'est un peu compliqué à gérer."

"Je ne sais pas ce que serait la meilleure règle, franchement. Ça dépend à quoi on veut donner plus d'importance et cette année c'est ça qu'ils ont décidé", souligne l'Italien, plus pondéré que certains de ses collègues, qui jugent que les pilotes savent mieux que quiconque évaluer le degré de risque dans une zone d'accident.

"La règle est stupide, quoi qu'on en dise," estime notamment Cal Crutchlow. "Oui, on fait des courses de motos et on peut tomber. Dans un sens, je suis d'accord avec la règle, mais d'un autre côté les médias et les gens qui regardent la télévision à la maison veulent du show. Ils veulent que les EL3 soient une séance de qualifs, et s'il y a une chute à chaque tour de qualifs, [les gens] ne verront donc rien à cause des drapeaux jaunes."

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"Le système ne fonctionne pas, c’est assez simple. Je pensais que ce règlement était idiot quand il a été inventé et appliqué, et je le pense toujours", renchérit Jack Miller. "Au final, on pilote des motos, et c'est un sport dangereux. Évidemment, quand on voit un drapeau jaune, on essaye de couper, mais quand on pense que c’est sûr, comme en EL3, et qu’il n’y a pas vraiment de risque d'aller vers eux [les commissaires et le pilote à terre], alors il est clair que l'on pousse..."

"Bien sûr, il devrait y avoir une limite", concède toutefois le pilote australien. "Je pense qu’il devrait y avoir une règle disant que si l'on chute à un endroit où quelqu’un a déjà chuté et que la moto va vers eux, comme cela s'est passé par exemple avec Marc [Márquez] à Silverstone [en 2013], il devrait y avoir une pénalité, parce qu'il est évident qu’on a trop attaqué. Mais la plupart du temps, la chute n'intervient pas vraiment dans un endroit dangereux, et on ralentit quand même un peu, on ne prend pas le risque maximal comme on le fait dans d'autres virages, mais le chrono est quand même plus rapide [que le précédent] et il est annulé, ce que je trouve assez stupide. En tout cas, je ne fais pas les règlements, alors je dois juste les respecter."

Jack Miller a en effet dû se conformer à la règle pas plus tard que le week-end dernier, puisqu'il a vu son meilleur temps des EL2 être annulé à cause de la chute d'Aleix Espargaró, qu'il n'avait pas vue. Il a alors amèrement regretté qu'il ait fallu un long délai à direction de course pour supprimer son chrono, et l'a fait ouvertement savoir aux responsables. "Je ne m'oppose pas à ces choses-là, mais pourquoi est-ce que ça prend 30 minutes, soit pratiquement toute la séance avant qu'ils suppriment un tour ? Je ne comprends pas", pestait-il.

Alex Marquez, Repsol Honda Team , Pol Espargaro, Red Bull KTM Factory Racing

Dans la foulée, le sujet a une nouvelle fois été abordé à la Commission de sécurité, vendredi soir, où les pilotes ont pu exprimer leur frustration quant au travail mené par la direction de course, sans toutefois avoir le sentiment qu'un quelconque changement pourrait intervenir en dépit de l'écoute qui leur est accordée. Le lendemain, un nouvel incident a encore alimenté la colère de certains, lorsque quatre chronos ont été supprimés à la fin de la Q2 suite à la chute de Johann Zarco, puis réattribués lorsque la direction de course a été alertée, tardivement, que les drapeaux jaunes avaient déjà été enlevés au moment où les pilotes en question sont passés dans la zone concernée, l'une et l'autre des décisions prenant de longues minutes à être annoncées.

Directement impacté par ce yo-yo du classement, Pol Espargaró ne mâchait pas ses mots pour critiquer le manque de sérieux d'une telle situation : "On dirait une blague, franchement, ces choses-là ne peuvent pas arriver. Ça n'est pas possible ! C'est peut-être une erreur commise par les ordinateurs ou la direction de course, mais ça n'est pas possible que ça arrive. Si je fais une erreur au freinage à 300 km/h, je tombe et je vais à l'hôpital, c'est ma faute. Donc je sais que leur job est difficile, mais le mien l'est encore plus, alors il faut qu'ils le fassent correctement. Ça n'est pas une question de faire de son mieux, non : ils DOIVENT faire leur job à la perfection, ils ne peuvent commettre aucune erreur, parce que c'est très important pour nous. Pour moi, ça change beaucoup de choses de partir septième ou neuvième."

"Et puis les infos que vous obtenez sont les mêmes que celles que j'obtiens", déplorait encore le pilote espagnol auprès des journalistes. "J'ai donc vu en terminant la séance que j'étais neuvième, puis je suis monté à la septième place et ensuite quand j'ai reçu le papier j'étais de retour à la neuvième place. C'est super dur pour nous de comprendre ces situations."

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Particulièrement volubile sur le sujet, Pol Espargaró critique autant la confusion d'une telle situation et la lenteur des décisions que ce qu'il juge être un manque de cohérence entre un fait et l'autre de la part de la direction de course. "Il est clair que tous les pilotes sont mécontents − pas de la règle, elle est bien, mais de la manière dont elle est appliquée", estime-t-il. "Ce genre de règles doivent être vraiment bien appliquées, car on enlève par exemple des tours de qualifs, or on prend tellement de risques dans ces tours-là que c'est super douloureux d'en voir supprimés, ça n'est pas comme supprimer un tour d'EL2."

"Si la règle s'applique à tous de la même manière, ça va. Le problème est que la règle ne s'applique pas de la même façon pour tout le monde", poursuit-il. "Le week-end dernier, j'avais un gars devant moi [Álex Márquez] et je n'ai pas pu finir mon tour parce qu'il s'est arrêté dans le dernier virage. J'ai failli tomber. C'était super clair, mais il ne s'est rien passé ! En République Tchèque, même si le drapeau jaune était très loin et que je ne pouvais pas le voir, ils m'ont enlevé mon tour, qui m'aurait valu la deuxième ligne. Pendant le week-end du Mans, [...] en qualifs, Bagnaia n'a pas pu finir son tour alors qu'il était rapide, parce qu'un autre gars se trouvait devant lui et s'est arrêté, et pourtant ils n'ont pris aucune décision et il ne s'est rien passé."

"Ce que je veux donc dire, c'est que s'ils appliquent les règles comme ils l'ont fait pour moi et qu'ils font toujours la même chose, ça va. Le problème c'est la manière dont les règles sont appliquées. Si vous supprimez tous les tours bouclés sous drapeau jaune, parfois ça n'est pas juste, comme cela m'est arrivé en République Tchèque, mais je suis d'accord. Par contre, si vous n'appliquez pas cette règle de la même façon à tous les pilotes, alors ça va devenir un problème. On ne peut pas sélectionner quand la règle va s'appliquer et quand ce ne sera pas le cas."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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