La croissance de VR46, Ducati et ses pilotes : Uccio Salucci répond à Motorsport.com
Alessio "Uccio" Salucci, directeur de l'équipe VR46, fait le point sur une formation qui a su gagner sa place dans l'écosystème Ducati et qui se bat à présent pour conserver Fabio Di Giannantonio, l'un des hommes forts du début de saison.
Photo de : EVARISTO SA / AFP via Getty Images
Première équipe Ducati au championnat après les quatre Grands Prix disputés à ce stade, VR46 a aussi la fierté d'aligner Fabio Di Giannantonio, troisième du classement des pilotes derrière deux représentants Aprilia.
La formation de Valentino Rossi, dirigée au quotidien par son acolyte de toujours, Uccio Salucci, a incontestablement su s'imposer sur une grille MotoGP qui ne laisse pas de place à l'amateurisme. Cela en fait à la fois une destination prisée pour des étoiles montantes, à l'image de Fermín Aldeguer qui la rejoindra la saison prochaine, et une cible pour les équipes souhaitant recruter des pilotes ayant été à bonne école.
Le directeur de l'équipe italienne n'a exclu aucun de ces sujets en accordant une interview à l'édition italienne de Motorsport.com. Il évoque ici son souhait de conserver Di Giannantonio, son impatience d'accueillir Aldeguer, ses regrets de ne pas avoir pu recruter Pedro Acosta, ainsi que les projets à court et long terme de VR46.
VR46 a très bien entamé la saison, souvent en se positionnant devant les Ducati de l'équipe d'usine. Cela doit être satisfaisant à la fois pour l'équipe et à titre personnel ?
C'est très satisfaisant, nous sommes vraiment partis du bon pied. Malheureusement, la saison dernière a été un peu trop en dents de scie, mais lors des cinq ou six dernières courses, j'ai senti que nous allions dans la bonne direction, surtout avec Diggia. Je dis toujours que pour faire une bonne saison, il faut bien terminer la précédente. Il est très difficile de mal finir une saison et de bien réussir la suivante.
Je suis content parce que nous sommes la première Ducati, ça me plaît. Je suis content également d'apporter un bon soutien à l'équipe d'usine Ducati, parce que de toute façon, ils nous regardent, ils voient à quel point nous sommes performants et c'est pour cela que nous sommes là.
Et puis, c'est aussi grâce à Diggia, car il est vraiment très performant. Il a compris comment piloter cette moto, c'est sa deuxième année avec l'équipe. L'année dernière, nous avons changé de chef mécanicien, Branchini est arrivé et nous en sommes maintenant à notre deuxième année ensemble. Ils s'entendent de mieux en mieux et cela me fait très plaisir.
Alessio Salucci et Valentino Rossi
Photo de : Noushad Thekkayil - NurPhoto - Getty Images
Dans quelle mesure ces résultats résultent-ils de la progression de l'équipe et de celle de Di Giannantonio ?
Je dirais que c'est du 50-50. L'année dernière, nous avons vécu notre première saison en tant qu'équipe factory supported [soutenue par l'usine, ndlr], ce qui n'est pas anodin : ce n'est pas seulement un mot, c'est un projet différent. C'est super, mais il y a beaucoup à gérer : on a beaucoup plus de matériel, beaucoup plus de réunions… C'est comme se retrouver sur une autre planète. C'est magnifique, mais il faut acquérir de l'expérience.
L'année dernière, Massimo Branchini était nouveau chez nous, le projet était nouveau, Fabio n'avait jamais travaillé avec lui. Fabio avait manqué les tests [d'avant-saison] à cause d'un problème à la clavicule et, dans l'ère moderne du MotoGP, c'est un gros problème. Ça se paie cher. J'espérais qu'on le paierait pendant les trois premières courses, mais ça a été pendant environ la moitié de la saison. Cela nous a obligés à mettre de l'huile dans les rouages. Pendant ce temps, Fabio a grandi avec l'équipe. Je dirais donc que c'est du 50-50.
Nous espérons toujours que Diggia voudra continuer avec nous. Si jamais ça n'est pas lui, j'en serai vraiment désolé.
Depuis son arrivée, Fabio a fait un changement énorme. Nous l'avons surtout remarqué non pas en course, mais à la maison avec sa préparation, la kiné, ses entraînements à moto et aussi physiques. Nous avons fait du bon travail, et c'est quelqu'un d'intelligent, qui écoute, c'est un professionnel. Et tout cela nous a permis de démarrer cette année du bon pied.
Grâce à cette progression, Diggia est devenu une pièce importante sur le marché des pilotes. Je crois qu'il est votre priorité, mais plusieurs équipes ont également manifesté leur intérêt à son égard. Où en êtes-vous ?
Ce qui est sûr, c'est que tout cela me fait très plaisir, car je me souviens qu'il y a deux ans, quand nous l'avons recruté, il ne suscitait aucun intérêt. Nous avons cru en lui et aujourd'hui, il est très convoité et cela me réjouit. D'un autre côté, cela complique les choses. Pour nous, il est la priorité. Nous essayons de lui proposer une offre à la hauteur du Di Giannantonio d'aujourd'hui, tant sur le plan technique que financier. Nous espérons y parvenir et qu'il choisira de rester avec nous pour les années à venir.
Alessio Salucci aux côtés de Pablo Nieto, team manager, et des pilotes 2026 Fabio Di Giannantonio et Franco Morbidelli.
Photo de : Media VR46
Si Di Giannantonio devait changer d'équipe, avez-vous un plan B ? Le retour de Marini est-il envisageable ?
Ici, tout est envisageable. Nous avons un plan B, un plan C, un plan D. Comme je le disais, Diggia est notre priorité et je regretterais de devoir passer au plan B, mais nous savons qu'ici, il est nécessaire d'avoir un plan B et un plan C. Il y a Marini, dont nous ne savons pas s'il sera confirmé chez Honda. Avec Morbidelli non plus, on ne sait jamais, nous travaillons beaucoup avec lui. J'apprécie Vietti, il a une place dans mon cœur, et pourquoi pas Bulega aussi.
Il y a beaucoup de situations que nous gardons ouvertes. C'est un moment [à la fois] amusant et délicat : nous travaillons dur car les décisions que nous prenons en ce moment auront une influence sur les années à venir. Nous espérons faire le bon choix, mais nous espérons toujours que Diggia voudra continuer avec nous. Si jamais ça n'est pas lui, j'en serai vraiment désolé. Mais… nous verrons bien.
Avec Aldeguer, j'espère que nous pourrons conclure l'accord dans les 15 prochains jours. J'y tiens beaucoup.
De l'autre côté du stand, il devrait y avoir Fermín Aldeguer. Vous avez toujours perçu un grand talent chez lui, dès les petites catégories, n'est-ce pas ?
De façon très banale, j'ai tout de suite vu trois choses chez lui : il freine plus tard, il entre très fort dans les virages et il accélère plus tôt. Blague à part, je le trouvais déjà très mûr, très prêt et sûr de lui. Il savait où il voulait aller et ce dont il avait besoin. Malheureusement, il est encore blessé en ce moment. Je lui ai parlé récemment et il a encore une jambe fragile. Il doit y aller doucement, car en MotoGP aujourd'hui, il faut être au top, on n'invente rien. Il faut être à 100% pour bien faire.
Pour moi, c'est un top pilote. Il a déjà gagné, il est jeune, il a beaucoup de qualités. Il n'est pas encore avec nous, mais j'espère que nous pourrons conclure l'accord dans les 15 prochains jours. J'y tiens beaucoup. Nous avions déjà essayé auparavant, mais il courait pour une équipe en Moto2 et nous ne voulions créer de tensions avec personne. Nous avons donc préféré attendre, en espérant pouvoir le recruter quelques années plus tard. Nous espérons donc que ce sera le cas.
Fabio Di Giannantonio est la priorité de VR46 pour 2027.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Vous n'avez pas caché avoir eu des contacts avec Aprilia ces derniers mois, afin de peut-être lier l'équipe VR46 à la marque. Vous avez finalement choisi de rester avec Ducati. Qu'est-ce qui vous a convaincus qu'il s'agissait de la bonne voie à suivre ?
Nous avons discuté avec Aprilia, c'est vrai, à deux ou trois reprises. J'ai parlé avec Rivola en Malaisie l'année dernière. Puis à d'autres occasions, toujours avec lui. Je m'entends très bien avec lui, nous nous connaissons depuis 20 ans, depuis le moment où Valentino [Rossi] avait fait un test en Formule 1 en 2006. Massimo avait géré ce test avec Valentino et il était mon référent pour la combinaison, le casque, etc. Je l'ai rencontré à cette occasion et j'ai une relation extraordinaire avec lui. C'est quelqu'un qui connaît beaucoup de choses.
Mais je m'entends aussi très bien avec Dall'Igna et, de toute façon, nous nous sommes beaucoup battus pour obtenir la position qui est la nôtre aujourd'hui, celle d'une équipe factory supported. Chez Aprilia, nous aurions été la deuxième équipe [cliente], car avant nous, il y aurait eu, à juste titre, Trackhouse, qui est une grande équipe. Et il y a Brivio, avec qui j'ai une relation fantastique. La situation aurait été plus délicate. Et puis, nous avons en Ducati un partenaire exceptionnel, ils nous traitent comme des rois. Nous avons beaucoup de choses dans le stand, on nous envoie énormément de matériel.
Après, il est certain qu'à ce jour, le contrat n'a pas encore été signé et, dans le sport, il peut se passer plein de choses en un instant. Mais nous sommes confiants quant au fait que tout pourra se conclure de la meilleure façon. La poignée de main a eu lieu, il ne nous reste plus qu'à régler quelques détails : un ingénieur de plus ou de moins, qui paie le vol en classe affaires d'untel, qui ne paie pas tel autre. Bref, nous en sommes arrivés là et les choses avancent bien.
L'appétit vient en mangeant ! Valentino nous a demandé de gagner au moins une course.
Valentino Rossi avait fixé des objectifs en début de saison : ont-ils été réévalués à la hausse après ce début de championnat réussi ?
L'appétit vient en mangeant ! Valentino nous a demandé de gagner au moins une course et nous devons commencer par cet objectif. Après, nous sommes performants, rapides et nous prenons du plaisir. J'adore venir sur les courses, me réveiller le matin, travailler. L'ambiance est formidable. Nous devons garder les pieds sur terre, nous n'avons encore rien fait, mais l'appétit vient en mangeant.
Qu'attendez-vous de la suite de cette saison pour l'équipe VR46 ?
J'aimerais que l'on fasse partie des protagonistes avec nos deux pilotes, avec Diggia et Morbido. Rouler vite, nous amuser et toujours figurer parmi les cinq premiers. Pour les pilotes et pour les membres de l'équipe, j'aimerais toujours les voir se battre pour le top 5. Après, on sait bien qu'il n'y a qu'un seul vainqueur, mais l'important, c'est d'être toujours parmi les protagonistes, c'est le mot d'ordre. On le mérite. Les quatre ou cinq premiers sont très rapides. Martín, Bezzecchi, Acosta : ceux-là sont coriaces. Nous y avons figuré nous aussi avec Diggia, nous devons nous y maintenir, avec eux, et saisir toutes les occasions qui se présenteront à nous.
Vous avez cité Acosta. Êtes-vous déçu de ne pas avoir réussi à concrétiser son transfert chez VR46, ce dont vous avez été proches l'an dernier ?
Eh bien, j'en suis désolé. Fermín et lui sont les jeunes les plus talentueux, ils sont l'avenir du MotoGP. Pedro, on aurait aimé l'avoir parmi nous, mais il avait des contrats, il y avait tout un "cirque" autour de lui qui fait qu'il n'était pas facile de le recruter. C'est comme ça...
VR46 a mené quatre pilotes vers la catégorie MotoGP, dont Pecco Bagnaia et Marco Bezzecchi.
Photo de : Dorna
Lorsque vous avez créé la VR46 Riders Academy, vous attendiez-vous à mener quatre pilotes en MotoGP, et ce de manière aussi stable ? Vous avez aussi été le premier à croire fortement en Pecco Bagnaia : voyez-vous un pilote de la nouvelle génération capable de suivre ses traces ?
Oui, je vois Pritelli. Les gars, retenez bien ce nom, c'est une fusée ! Mais la route est encore longue, il n'a que 14 ans et c'est encore un enfant, comme l'était Pecco à l'époque. Tout peut arriver, mais tout dépend de son envie réelle de devenir pilote, c'est-à-dire de faire des sacrifices, de rester à la maison sans sortir avec ses amis. Après tout, il a 14 ans. S'il veut vraiment devenir pilote, on ne tardera pas à le voir dans le championnat du monde. C'est celui qui me plaît le plus parmi la nouvelle génération de jeunes pilotes. C'est lui que je vois [aller loin].
À travers l'Academy, vous avez de jeunes pilotes : cela pourrait-il vous mener à ravoir une équipe en Moto3 ou en Moto2 ?
Nous y avons déjà pensé sincèrement. Une équipe de MotoGP, c'est vraiment intense et compliqué à gérer. En 2022, déjà, nous faisions à la fois le Moto2 et le MotoGP. Ça n'est pas facile, ça demande d'être très structuré. Pour l'instant, nous avons décidé de choisir des équipes de référence sur lesquelles nous appuyer, en leur confiant nos pilotes de l'Academy. Il y a Gabba [Matteo Gabarrini], qui est avec Tonucci, une belle équipe de Moto3 qui court aussi en CEV. C'est l'une des équipes sur lesquelles s'appuie l'Academy. Ensuite, quand ils auront progressé, nous trouverons quelqu'un en Moto2. Pour revenir à votre question, non, nous n'aurons pas d'équipe en Moto3 ou en Moto2.
Avec Beatrice Frangione
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