KTM : Un changement de processus en train de porter ses fruits ?

KTM a été contraint de revoir son fonctionnement cette saison après de multiples difficultés rencontrées au fur et à mesure des courses. Un changement quelque peu frustrant pour les pilotes mais nécessaire aux yeux des dirigeants, qui espèrent entrevoir le bout du tunnel.

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En retrouvant la victoire en Thaïlande avec Miguel Oliveira sur le mouillé, deux semaines après le podium de Brad Binder au Japon sur le sec, KTM aurait-il passé un cap ? C'est en tout cas ce qu'a envie de croire le constructeur, qui a profondément repensé son processus de développement pour tenter de renverser la vapeur d'une saison, pourtant bien entamée, mais qui s'est vite révélée compliquée.

Un podium au Qatar suivi d'une victoire en Indonésie, l'année 2022 s'était en effet ouverte sous les meilleurs auspices dans le clan autrichien. Pourtant, rapidement, les contre-performances ont commencé à arriver, et il aura fallu attendre 14 Grands Prix pour voir à nouveau la RC16 parmi les trois premières du plateau à l'arrivée d'une course.

"Nous avons connu un début de saison incroyablement bon. Bien sûr, quand ça monte, ça peut aussi redescendre à un moment donné, et nous avons ensuite connu des difficultés lors de certaines courses. Nous avions changé certaines choses pendant l'hiver, et nous devions encore comprendre comment vraiment les exploiter et en tirer le maximum. Le plus gros changement portait sur l'aéro ; le reste de la moto suivait, pour essayer de s'y adapter", a expliqué Sebastian Risse, directeur technique de KTM, en marge du GP d'Aragón.

"Au final, je pense que nous avons résolu nos points faibles de l'année dernière sur la plupart des pistes, à savoir l'accélération en sortie de virage, et nous avons identifié d'autres points faibles sur lesquels nous devons travailler. Actuellement nous travaillons principalement sur le turning de la moto."

Si une grande partie des problèmes semble donc résolue, le chemin pour y parvenir a été long et a contraint KTM à complètement revoir sa façon de procéder. Aidé jusqu'à l’an passé par les concessions octroyées par le championnat, la perte de celles-ci a créé un déséquilibre au sein de son département de développement. Difficile, alors, de changer un fonctionnement mis en place depuis plusieurs années, mais y parvenir était indispensable.

Brad Binder et Miguel Oliveira au GP du Japon

Brad Binder et Miguel Oliveira au GP du Japon

"Lors des premières années de notre projet, nous avons montré un temps de réaction très rapide et des délais de développement très courts pour les changements – nous en étions fiers. Mais le fait de chercher les derniers dixièmes et d'avoir perdu les concessions a modifié le contexte. En continuant simplement à suivre la même philosophie, vous manquez de temps, vous n'avez plus d'opportunités et, étant donné que vous manquez de temps, vous pouvez alors facilement perdre la voie. Il était donc clair pour nous que quelque chose devait changer", a poursuivi Risse.

"Avec ce processus continu que nous avons lancé, il ne s'agit évidemment pas de développer moins vite, mais de construire une structure en arrière-plan, de travailler de façon plus analytique. Nous suivons un processus qui fait que nous essayons des choses via l'équipe de tests et que nous nous assurons qu'une chose est bonne, pour ensuite l'introduire pendant un week-end de course sans avoir trop d'interrogations à son sujet. Nous continuons à développer ce processus."

"Au début, bien sûr, quand on franchit ce cap, on se retrouve dans une situation où il n'y a pas grand-chose qui arrive car le projet suivant prend un petit peu plus de temps ; mais en fait, il y a plus de projets en arrière-plan et ils arrivent petit à petit. Donc je pense que nous allons bientôt en arriver au stade où nous aurons la même quantité de nouvelles pièces, mais des pièces mieux approuvées. Je crois que nous avons déjà vu certaines choses lors du test de Misano, que nous allons désormais voir en piste sur les prochaines courses, et j'espère qu'ensuite nous franchirons un autre cap l'année prochaine."

Un travail de fond frustrant mais nécessaire

Se sentant s'éloigner de la bonne voie de développement, KTM a ainsi décidé de recentrer son travail et de cesser d'apporter constamment des nouveautés. Une situation qui n'a pas manqué de frustrer les pilotes, qui se sont parfois sentis désavantagés durant la saison face à leurs concurrents et à leurs nouveautés régulières. Pourtant, la marque de Mattighofen a justifié à plusieurs reprises cette prise de position et continue à le faire, d'autant plus que les résultats semblent commencer à venir.

"Il n'y a jamais un détail qui fait gagner une demi-seconde. Au niveau où nous sommes, ça se passe à tous les niveaux", a expliqué Pit Beirer, directeur de KTM Motorsport, à Speedweek. "Nous avons beaucoup travaillé sur les fourches, les amortisseurs, l'électronique. En principe, nous avons travaillé sur toutes les pièces non homologuées. C'était un effort énorme car nous nous sommes occupés de l'électronique, du développement de la puissance et de la suspension. Si vous faites des progrès minimes sur tous les composants, en fin de compte, le temps au tour sera meilleur d'un ou deux dixièmes, mais si vous faites une erreur dans l'un de ces trois domaines, vous perdez les deux dixièmes."

"C'est un travail de fond sur de nombreux détails qui nous a permis d'avancer. Nous devions collecter des données et comprendre où se trouvaient exactement nos faiblesses. [...] Nous avons dû clarifier si nous perdions ce temps en freinant, en tournant ou en accélérant. Nous avons collecté plus de données pendant des mois, et les premières réponses commencent à arriver de la part du département de développement."

Fabiano Sterlacchini, directeur du développement KTM en MotoGP

Fabiano Sterlacchini, directeur du développement KTM en MotoGP

Au cœur de ce changement de processus, le recrutement de nouvelles personnes censées insuffler une autre façon de penser. Parmi elles, Fabiano Sterlacchini, directeur du développement KTM en MotoGP, arrivé l'an dernier de chez Ducati, où il était le bras droit de Gigi Dall’Igna. "Fabiano Sterlacchini travaille très dur et prend ses responsabilités. Avec ce genre de personnes qui osent changer les choses, nous résoudrons nos problèmes, parce que nous devons changer quelque chose si nous voulons progresser. Fabiano a osé le faire et ce processus est actuellement en cours. Nous allons nous en sortir. Nous commençons à en récolter les premiers fruits et nous allons continuer dans cette voie", a assuré Beirer.

Malgré d'excellents résultats lors des trois dernières courses (Binder a également terminé quatrième en Aragón), il reste encore du chemin à parcourir au constructeur autrichien, qui peine encore à trouver de la vitesse pure sur un tour chrono et en pâtit en qualifications. En résultent des départs éloignés sur la grille qui privent régulièrement Brad Binder et Miguel Oliveira d'évoluer aux avant-postes. "Le tour rapide est toujours un problème difficile à résoudre et un défi pour nous. Nous semblons avoir progressé mais nous ne pouvons pas encore relâcher notre effort car nous n'avons pas encore résolu notre problème de qualifications", a confirmé Beirer.

Avec Léna Buffa

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