Yamaha peine à retrouver la douceur qui caractérisait ses motos

L'agilité des Yamaha appartient désormais au passé et la firme japonaise est en quête de solutions pour améliorer le comportement de sa moto. Cal Crutchlow prône un retour en arrière qui parait impossible, des évolutions sur le moteur ayant entraîné des changements sur le châssis.

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Yamaha n'a pas pu faire évoluer son moteur en raison de craintes relatives à sa fiabilité en 2022 et le manque de puissance de la moto a souvent été mis en avant par Fabio Quartararo pour expliquer ses difficultés à lutter avec l'armada Ducati : désavantagé en ligne droite, le Français peinait ensuite à profiter de son aisance dans les virages puisqu'il était ralenti par ses rivaux dans ces portions des circuits.

Cette efficacité en courbe est souvent décrite comme l'alliance parfaite des qualités de Quartararo et de la M1, mais est-elle aussi efficace qu'on le dit ? Longtemps plébiscitée pour son agilité, la machine japonaise a en réalité peu à peu perdu cette caractéristique, si bien que des améliorations s'imposent désormais sur l'ensemble de la moto. "Globalement, je pense que [les progrès à faire] ne concernent pas que le moteur", a confirmé Maio Meregalli, team manager de l'équipe Yamaha officielle, dans le podcast du MotoGP. "Il est certain que le moteur est le domaine le plus important à améliorer mais il y en a d'autres." 

"Il y a l'aérodynamique et le niveau d'adhérence. Si on a un bon grip, on peut avoir une meilleure accélération et sortir des virages plus vite. Dans l'ensemble, le package fonctionne mais nous avons besoin de le mener un peu plus loin, d'une manière générale." 

Une philosophie changée par contrainte

Quartararo a confirmé une nécessité de progresser "pour tourner dans la deuxième partie" des virages mais Cal Crutchlow, pilote d'essais de Yamaha, est allé plus loin en décrivant une moto plus agressive et difficile à manier que celle qu'il avait connue de 2011 à 2013 chez Tech3. Selon lui, un retour en arrière s'impose.

"On doit rendre la moto plus douce, plus calme, c'est une certitude", a souligné l'Anglais. "On doit travailler sur ça pour l'an prochain. Si on regarde, [auparavant] la Yamaha la plus lente [en vitesse de pointe] était aussi la plus rapide que l'ensemble de la piste. Maintenant, on essaie d'être de plus en plus rapide et c'est difficile donc je pense qu'en un sens il faut revenir en arrière dans la philosophie."

Ce rétropédalage semble pourtant impossible sur le plan technique. Selon Lin Jarvis, la maniabilité qui faisait la réputation des Yamaha par le passé, en particulier en 2016 et 2019, s'est bel et bien envolée, et cette évolution est le fruit de changements sur le quatre cylindres en ligne qui ont nécessité de modifier le châssis en conséquence.

"Il n'y a aucun doute sur le fait que nous avons eu deux motos très douces par le passé", a rappelé le directeur de Yamaha Motor Racing au site officiel du championnat. "La première était celle de 2016 ; tout le monde l'adorait, et avant 2019, tout le monde disait 'je veux retrouver cette sensation de 2016'. Puis en 2019, nous avons eu une moto compétitive, elle donnait de bonnes sensations et tout le monde aimait la piloter. Et en effet, quand nous avons changé de spec moteur, nous avons été obligés de changer le design du châssis à l'époque. Nous ne pouvions pas retourner vers l'ancien châssis avec ce moteur."

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing

Fabio Quartararo

Des changements ont quand même été faits mais seul Fabio Quartararo est parvenu à tirer le meilleur des modèles lancés les deux dernières années : "Nous avons testé différentes solutions de châssis pour essayer de retrouver ces sensations de grande confiance. Nous avons trouvé quelque chose en 2021 ; Fabio était alors beaucoup plus content, surtout en termes de confiance avec l'avant de la moto, car il avait le sentiment de pouvoir la placer partout. Mais en effet, nous avons perdu une partie de la douceur que la Yamaha avait avant. Nous n'essayons pas de revenir à 2019, nous essayons de trouver globalement un meilleur package."

Meregalli a lui aussi reconnu que la Yamaha avait perdu certaines de ses forces mais selon lui, la moto 2022 restait "meilleure que celle de 2019", les comparaisons ne devant pas négliger les évolutions apportées par les autres marques : "D'abord, [la Yamaha] est plus rapide. En revanche, à certains endroits, nous avons perdu en turning. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que tous les autres ont vraiment progressé, alors c'était peut-être mieux en 2019 parce que nos concurrents n'étaient pas aussi forts, mais maintenant ils ont progressé. Il faut donc aussi se battre avec cela."

Différents châssis et de nouveaux ailerons testés

Yamaha a encore évalué différents châssis cette année, y compris avec ses titulaires à Misano puis à Valence. "Pour le moment, nous n'avons pas retrouvé le turning qu'avait la moto de 2019", a précisé Meregalli pendant le test organisé juste après la fin de la saison, reconnaissant des difficultés à trouver une explication : "Ce n'est pas le cas dans tous les virages ; c'est parfois dur à comprendre même pour nous, parce qu'il y a des virages dans lesquels la moto tourne bien, normalement, et d'autres où il est plus difficile de la faire tourner."

"En tout cas, nous travaillons et, sincèrement, je suis impressionné par toutes les pièces que nous [avions] à tester [à Valence]. Depuis probablement le milieu de la saison, je peux voir que tous les ingénieurs ont été très concentrés pour améliorer la moto et je pense qu'[au test de Valence], pour la première fois nous avons pu commencer à évaluer le travail effectué ces six derniers mois." 

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing

Yamaha a testé d'imposants ailerons à l'arrière, ici sur la moto de Fabio Quartararo

Signe de l'ampleur du travail effectué par Yamaha, la moto a été dotée d'ailettes à l'arrière de la selle, dans la lignée de celles testées cette année par Ducati, Suzuki très brièvement puis Honda en fin de saison, mais encore plus imposantes. Cal Crutchlow les a évaluées lors d'un test à Jerez, entre les GP de Malaisie et de Valence, puis pendant le dernier week-end de course de l'année, et il a senti une petite évolution dans le comportement de la Yamaha : "Ça génère un peu plus de wheelie pour moi mais c'est plus stable en courbe et au freinage, ce qui est exactement ce que j'avais senti [à Jerez]."

"Est-ce que ça va nous faire gagner le titre ?" a-t-il questionné, restant réaliste : "Probablement pas, mais il faut tester des choses différentes. Toutes les marques vont essayer les choses des autres. C'est comme ça que la compétition fonctionne. Malheureusement, un constructeur a un train d'avance et tout le monde lui court après."

"On doit aussi renforcer les points forts de la Yamaha et ne pas trop penser aux autres. Le point fort, c'était la moto de 2019 donc on doit un peu voir comment s'en rapprocher pour progresser. Ils font du bon travail pour l'an prochain. Pour le moment, je pense que ça reste difficile mais ils travaillent énormément, ce qui est le plus important. C'est tout."  

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