Édito - Le Red Bull Junior Team a-t-il encore un sens ?

Voilà 16 ans déjà que Red Bull promeut les jeunes talents en monoplace via son Junior Team, mais ce dernier conserve-t-il une utilité pour le géant des boissons énergisantes ?

Édito - Le Red Bull Junior Team a-t-il encore un sens ?

C'est l'actualité du marché des transferts en Formule 1 qui soulève cette question. Car malgré les nombreuses rumeurs entourant les structures de Milton Keynes et de Faenza, tout porte à croire que Red Bull et Toro Rosso vont conserver les mêmes duos de pilotes.

Chez Red Bull Racing, Daniel Ricciardo et Max Verstappen sont sous contrat jusqu'à fin 2018 et 2019 respectivement. Un contrat peut être racheté, me direz-vous. La rumeur d'un transfert de Verstappen chez Ferrari, qui a surgi le dans le paddock en Autriche, est mort-née.

C'est au sein de la Scuderia Toro Rosso qu'il y a le plus de chances d'un changement de line-up. Carlos Sainz l'a bien compris, lui qui domine son coéquipier Daniil Kvyat depuis le début de la saison, même si les deux hommes font jeu égal en qualifications, sans oublier que l'Ibère doit éviter les accrochages parfaitement évitables qui lui ont coûté des points précieux à Bahreïn et à Montréal. Même si Kvyat n'est pas exempt de tout reproche non plus, comme en témoigne son départ au Red Bull Ring, par exemple.

Daniil Kvyat, Scuderia Toro Rosso STR12, sort de la piste

"Mon objectif numéro un est d'être avec Red Bull l'an prochain et de commencer à me battre pour des podiums, des victoires, ou quoi que ce soit d'autre pour quoi ils se battront l'an prochain. Je continue à faire de mon mieux dans cette optique. Si ça ne se produit pas, une quatrième année chez Toro Rosso est peu probable et je ne vais pas fermer la porte à une nouvelle opportunité."  C'est par ces mots que Sainz a commis un impair le week-end dernier. Montrer de l'ambition est généralement la stratégie à adopter en Formule 1, mais dans un contexte où les baquets Red Bull sont déjà verrouillés et où la marque a déjà validé son option sur Sainz pour 2018, ces propos peut-être maladroits n'étaient pas judicieux.

Christian Horner, Franz Tost et Helmut Marko, dirigeants de Red Bull et de Toro Rosso, ont tous trois exprimé leur mécontentement à l'égard de Sainz, et cela paraît compréhensible. Le géant des boissons énergisantes soutient l'Espagnol depuis le début de sa carrière en monoplace, à travers la Formule BMW, la FR2.0, la Formule 3, la FR3.5 et bien entendu plusieurs années de Formule 1. Et quand Sebastian Vettel a annoncé son départ chez Ferrari fin 2014, entraînant la promotion de Daniil Kvyat à Milton Keynes, c'est bien Sainz qui a été choisi pour faire ses débuts chez Toro Rosso aux côtés de Max Verstappen, quand Pierre Gasly et Alex Lynn avaient également de solides arguments à faire valoir.

Daniil Kvyat, justement, aurait pu voir son avenir en danger. Ayant sauvé son baquet de justesse pour cette saison, le Russe peine à concrétiser. Certes, Kvyat fait jeu égal avec son coéquipier en qualifications ; certes, il a subi trois abandons mécaniques en neuf Grands Prix. Il n'empêche qu'il éprouve des difficultés à prendre le dessus en course, et le score de 29 points à quatre, bien que peu représentatif du rapport de force entre les deux hommes, ne joue pas en sa faveur. Christian Horner juge pourtant "probable" que Red Bull exerce son option sur le pilote de 23 ans pour 2018, le plaçant de nouveau chez Toro Rosso pour sa cinquième campagne en Formule 1.

Le casque de Daniil Kvyat, Scuderia Toro Rosso

Toro Rosso, plus qu'une équipe junior

Quid de l'avenir des pilotes de Red Bull Junior Team ? La nouvelle concernant Kvyat a été accueillie avec scepticisme par certains observateurs puisque cela signifierait, pour une troisième année consécutive, qu'aucun pilote du programme n'accède à la Formule 1. Le Junior Team en perdrait-il tout son sens pour autant ? Ce serait oublier que les quatre pilotes Red Bull en Formule 1 en sont issus (même si c'est sujet à débat pour Max Verstappen, qui n'a pas été soutenu pendant des années par la marque, rejoignant l'académie six jours (!) avant l'officialisation de sa signature en F1).

De plus, la Scuderia Toro Rosso a-t-elle réellement vocation à ne plus être qu'une équipe junior destinée à former les jeunes ? Depuis quelques années, le discours des dirigeants de l'écurie semble évoluer. Au fur et à mesure que Toro Rosso progresse dans la hiérarchie – de la neuvième place en 2012 à la sixième position actuellement occupée au championnat –, les objectifs sont de plus en plus ambitieux. Alors, pourquoi engager un rookie quand on dispose déjà de deux pilotes talentueux et expérimentés ?

Certes, Pierre Gasly se retrouve dans une situation inconfortable, qui n'est pas forcément méritée. Champion d'Eurocup FR2.0 et de GP2 Series, avec une deuxième place pour sa première campagne en Formule Renault 3.5, le Français a prouvé qu'il avait sa place dans l'élite. Sans oublier son record de pole positions en GP2, qu'il partage avec Stoffel Vandoorne (et qui pourrait bien être battu par Charles Leclerc prochainement !).

Gasly ne peut néanmoins que patienter dans un championnat de Super Formula qui représentait la seule option logique pour lui, en saisissant les opportunités qui se présentent à lui, comme l'ePrix de New York, où il remplacera Sébastien Buemi en raison de l'engagement du Champion en titre en WEC ce week-end. Le principal est qu'il continue à engranger de l'expérience en essais avec Red Bull Racing.

Pierre Gasly Red Bull RB7

À l'image d'António Félix da Costa

Mais parfois, tout est question de timing. António Félix da Costa en sait quelque chose, car il y a cinq ans, le Portugais était une véritable sensation, et il ne s'agissait pas de savoir s'il allait courir un jour en F1, mais quand.

Débarquant en Formule Renault 3.5 en cours de saison 2012, Félix da Costa avait pris l'avantage sur son coéquipier Alexander Rossi au sein d'une nouvelle équipe, Arden Caterham. Jusqu'à de signer quatre victoires et une deuxième place dans les cinq dernières courses, s'imposant parfois avec une trentaine de secondes d'avance sur ses rivaux, pour échouer à seulement 23 points du titre obtenu par Robin Frijns face à Jules Bianchi. Troisième en GP3 la même année, le pilote Carlin avait vu cette couronne lui échapper de peu également.

Antonio Felix da Costa célèbre sa victoire

Cependant, à ce moment-là, il était clair que la situation n'allait pas changer chez Toro Rosso. Les prometteurs Daniel Ricciardo et Jean-Éric Vergne venaient d'effectuer leur première saison en catégorie reine, et il était impensable de remercier l'un d'eux.

António Félix da Costa a donc effectué une campagne complète en FR3.5 l'année suivante... mais cette fois, les résultats n'ont pas été au rendez-vous (même si tout est relatif !). "Seulement" trois victoires, et la troisième place du championnat. Félix da Costa a vu Daniil Kvyat, sacré en GP3, lui damer le pion lorsqu'un baquet s'est libéré chez Toro Rosso, et a dû trouver refuge en DTM et en Formule E, après être passé si près du Graal. L'approche de Red Bull et de Helmut Marko peut être impitoyable.

Pierre Gasly est encore loin de cette situation. À 21 ans, le Normand a l'avenir devant lui, et reste la seule option crédible dans le giron Red Bull pour rejoindre la catégorie reine dans un avenir proche, au cas où la marque devrait se passer de l'un des quatre pilotes actuels pour une raison ou une autre.

En effet, Niko Kari reste tendre et peu expérimenté, d'autant qu'il attend toujours ses premiers points en GP3 après les deux premiers meetings de la saison. Quant aux autres adolescents du programme, Dan Ticktum, Richard Verschoor et Neil Verhagen, ils ont également du potentiel, mais font pour l'instant leurs armes en Formule Renault Eurocup et ont quelques années d'apprentissage devant eux. Ce sont ces pilotes qui préparent l'avenir, en espérant ne pas se retrouver dans la même impasse qu'António Félix da Costa, et peut-être Pierre Gasly.

Niko Kari, Arden International
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