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Pourquoi la FIA n'interdira pas les algorithmes des moteurs en F1

Selon Nikolas Tombazis, interdire les algorithmes ne ferait qu'accentuer le phénomène de clipping, tandis que la complexité des unités de puissance actuelles rend extrêmement difficile, pour un pilote, de déterminer lui-même la stratégie optimale de déploiement de l'énergie.

Charles Leclerc, Ferrari, Lewis Hamilton, Ferrari

Photo de : Rudy Carezzevoli / Getty Images

Si la Formule 1 affirme, en s'appuyant sur son programme Formula 1 Fan Voice, que le public apprécie les courses, les pilotes se montrent en revanche bien plus critiques à l'égard de la réglementation 2026. L'un des principaux sujets de débat est apparu à Spa-Francorchamps, où Oscar Piastri a mis en avant le fait que les pilotes peuvent être pris au dépourvu par le comportement de leur propre unité de puissance.

En qualifications, l'Australien a perdu beaucoup de temps dans les lignes droites par rapport à son équipier Lando Norris, McLaren étant dans un premier temps incapable d'en expliquer la raison.

Lorsque le directeur de l'équipe, Andrea Stella, s'est présenté devant la presse le samedi soir, l'Italien a expliqué que les réglages des unités de puissance des deux voitures étaient pratiquement identiques, pointant alors du doigt les "éléments auto-apprenants" du moteur.

Il ne s'agit pas d'intelligence artificielle au sens où on l'entend généralement, mais d'algorithmes capables d'apprendre d'un tour à l'autre, voire au cours d'un même tour. Lorsqu'ils détectent un écart par rapport à la gestion idéale de l'énergie, ces algorithmes peuvent s'adapter et déterminer la stratégie de déploiement optimale pour le reste du tour.

Deux aspects posent toutefois problème. D'abord, les pilotes n'ont pas un contrôle total sur le système. Stella a expliqué que ces algorithmes sont sensibles aux actions du pilote, qui conserve donc une influence importante, mais aussi à des facteurs extérieurs échappant à son contrôle, comme les variations du vent ou du niveau d'adhérence.

Le second problème est que les pilotes peuvent être surpris par le comportement de leur propre unité de puissance, comme l'a expliqué Piastri à Spa : "C'est nul. Je ne peux pas vraiment le dire autrement... Quand les grilles de départ sont décidées par des ordinateurs qui fonctionnent... ou qui dysfonctionnent, c'est une façon vraiment médiocre de faire courir des voitures."

Une charge trop lourde pour l'humain

Oscar Piastri devant Lewis Hamilton à Spa-Francorchamps.

Oscar Piastri devant Lewis Hamilton à Spa-Francorchamps.

Photo de: Alex Bierens de Haan / LAT Images via Getty Images

Interrogé par une sélection de médias, dont Motorsport.com, le responsable Monoplace de la FIA, Nikolas Tombazis, a assuré comprendre la frustration des pilotes face à ces éléments auto-apprenants.

"Oui, c'est vrai, et leurs commentaires sont compréhensibles. Je pense que leurs réactions découlent du fait que l'énergie est limitée et que sa gestion optimale devient donc absolument cruciale. Toutes les différentes stratégies qui doivent être mises en œuvre sont liées à cette contrainte."

Je ne pense pas qu'un humain puisse contrôler tous ces paramètres de manière rationnelle.

Cela soulève une question : ne suffirait-il pas d'interdire ces éléments auto-apprenants afin de laisser les pilotes gérer eux-mêmes le déploiement de l'énergie via un bouton sur le volant ? Après tout, l'article B1.8.1 du règlement stipule que "le pilote doit conduire sa monoplace seul et sans assistance".

Pour Tombazis, une telle interdiction serait toutefois une réponse beaucoup trop simpliste : "Je ne pense pas que l'on puisse aller aussi loin."

"D'abord, si tout reposait simplement sur un fonctionnement on/off commandé par le pilote, qui pourrait utiliser l'énergie quand il le souhaite et autant qu'il le souhaite, il dépenserait toute son énergie en sortie de virage pendant un laps de temps très limité. Les effets dont les gens se plaignent aujourd'hui seraient alors encore plus visibles."

Autrement dit, les vitesses maximales seraient atteintes encore plus tôt dans les lignes droites et le phénomène de clipping s'accentuerait fortement. Si les pilotes utilisaient toute la puissance électrique disponible dès la sortie des virages, ils se retrouveraient privés de déploiement encore plus tôt dans les lignes droites qu'aujourd'hui.

"Ensuite, il existe des limites concernant la quantité d'énergie que l'on peut déployer ou récupérer sur un tour, ou encore le fameux delta appelé SOC, le delta d'état de charge, ainsi que d'autres paramètres du même genre."

"Ces limites existent pour éviter une course à l'armement, avec des équipes qui chercheraient par exemple à utiliser des batteries encore plus grosses. Nous ne voulions pas que les équipes soient contraintes de monter des batteries deux fois plus volumineuses, ce qui alourdirait de nouveau les voitures."

En raison de toutes ces restrictions et de la complexité des unités de puissance, Tombazis estime qu'il est extrêmement difficile, pour un être humain, de déterminer la meilleure stratégie de déploiement de l'énergie: "Je ne pense pas qu'un humain puisse contrôler tous ces paramètres de manière rationnelle."

Une solution pour les prochaines années ?

Nikolas Tombazis, responsable Monoplace à la FIA.

Nikolas Tombazis, responsable Monoplace à la FIA.

Photo de: Kym Illman / Getty Images

Piastri a également estimé que le futur rééquilibrage de la répartition de la puissance à 60% thermique et 40% électrique, prévu progressivement à partir de 2028, ne résoudra pas ce problème. Selon le pilote McLaren, celui-ci est intrinsèquement lié à la philosophie de la réglementation moteur actuelle.

Tombazis considère au contraire que les changements annoncés amélioreront la situation et redonneront un peu plus de contrôle aux pilotes : "Lorsqu'une grande partie de la puissance provient de l'électrique et que l'on ne dépend plus d'une batterie pleine au départ, la gestion de l'énergie devient essentielle."

"Oscar est un pilote très intelligent, mais je pense qu'il juge surtout ce qu'il ressent aujourd'hui", a déclaré Tombazis lorsqu'il a été interrogé par Motorsport.com au sujet des propos de l'Australien. "Je pense qu'avec le rééquilibrage prévu, la situation sera meilleure. Est-ce que cela éliminera complètement le problème ? Non. Mais je pense que ce sera un progrès."

Tombazis a conclu en reconnaissant que cet aspect de la réglementation 2026 est plus complexe que la FIA ne l'aurait souhaité et qu'il comprend, à ce titre, les frustrations exprimées par les pilotes.

"C'est compliqué, il n'y a aucun doute là-dessus. C'est plus compliqué que nous ne l'aurions voulu, absolument, à 100%. Je suis totalement d'accord avec eux. Mais je pense que c'est une conséquence du problème fondamental."

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