Souvenez-vous !
Dossier

Souvenez-vous !

C'était un 20 décembre : Senna au volant d'une IndyCar

En décembre 1992, le légendaire Ayrton Senna a réalisé un test aux commandes d’une monoplace d'IndyCar. À cette époque, son écurie de F1, McLaren, venait de perdre le moteur Honda, et Senna songeait à son avenir.

C'était un 20 décembre : Senna au volant d'une IndyCar

Ayrton Senna savait qu’il allait connaître une saison difficile au volant d’une McLaren à moteur Ford qui ne pourrait rivaliser avec la fabuleuse Williams-Renault de son grand rival, Alain Prost. Voulant évaluer ses options, il avait demandé à son compatriote, Emerson Fittipaldi, d’essayer une de ces voitures destinées aux ovales américains. Senna voulait goûter à ce bolide moins avancé technologiquement que sa F1, car encore muni d’une boîte de vitesses manuelle, de suspensions passives et d’un embrayage au pédalier.

Cette fameuse journée du 20 décembre 1992 nous est racontée par Nigel Beresford, qui fut son ingénieur chez Penske Racing. "Nous avions prévu d'effectuer trois journées d’essais avec la nouvelle Penske PC22 de 1993 sur la piste de Firebird ouest, un petit circuit routier de seulement 1,77 km", se souvient-il. "Nous disposions d'une Penske de 1992 pour effectuer des comparatifs."

Senna au milieu du désert

Ayrton Senna, Penske Chevrolet PC22

Contre toute attente, Ayrton Senna est arrivé à Firebird uniquement accompagné de John Hogan, de Marlboro. Pour Beresford, qui avait l’habitude de croiser Senna dans le paddock de F1 quand il œuvrait chez Tyrrell, ce fut un contraste étonnant. "Le voir sur ce petit circuit perdu au milieu de nulle part dans le désert, dans cet environnement isolé, fut vraiment surréaliste", précise-t-il.

Lire aussi :

Emerson Fittipaldi a commencé par effectuer quelques tours de piste aux commandes de la Penske 92 afin d’inscrire un chrono de référence. "Il faisait froid et la piste était sale. Emmo a fait un tête-à-queue avec les pneus froids, mais a trouvé la voiture bien équilibrée. Elle manquait simplement d'adhérence. Il est rentré aux stands et on a changé les pneus et mis un peu plus de freinage à l’arrière. Emmo a effectué un run de 12 tours, puis un autre de 13 tours, établissant son meilleur chrono en 49,70 secondes", nous explique Beresford.

Au tour de Senna

Ayrton Senna discute avec Paul Tracy et Nigel Beresford, Team Penske

Ayrton Senna discute avec Paul Tracy et Nigel Beresford, Team Penske

Photo de: Sutton Images

Ce fut alors au tour de Senna de se glisser dans l’étroit cockpit de la Penske. "Habituellement, les pilotes de F1 se mettent très vite en action. Mais Ayrton a effectué quelques tours très lents au début, et ce fut une grosse surprise. Cette voiture Indy était équipée d'une boîte de vitesses manuelle séquentielle, et il a dû se réhabituer à changer de vitesses avec sa main droite. Et parfois, il ne savait plus quel rapport était enclenché. Il s’arrêtait en piste, retrouvait la première vitesse et repartait", raconte Beresford.

Senna devait aussi s'acclimater de nouveau aux caractéristiques d’un moteur turbo. Après avoir effectué un run de 14 tours de piste, il s’est arrêté et a livré ses premières impressions au Britannique. Son meilleur tour fut réalisé en 49,50 secondes.

"Il m'a déclaré que le moteur était très souple, mais qu'à cause de son poids élevé, la Penske était moins maniable qu'une F1. Il a ajouté ne pas bien savoir le régime moteur utilisé, car la sonorité du moteur lui était inconnue. Le tracé de Firebird possédait un virage moyennement rapide, et Senna commençait à pousser la voiture dans cette courbe. Il m'a dit pouvoir bien sentir le poids de la monoplace à cet endroit. Mais il ne voulait pas franchir la limite. Ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour le faire. Il voulait toutefois vérifier la sensibilité de la voiture aux changements de réglages. Nous avons donc installé des ressorts plus souples et déconnecté la barre antiroulis à l'arrière, et mis 20 gallons de méthanol dans le réservoir", confie Beresford.

Une performance étonnante

Ayrton Senna, Penske Chevrolet PC22

Ayrton Senna a ensuite effectué un autre run de dix tours avec les mêmes pneus et a stoppé le chrono à 49,09 secondes. "Il est revenu aux stands et il m'a dit : ‘Merci beaucoup. J'ai appris ce que je voulais savoir’'. Il a dégrafé son harnais et a sauté hors de la voiture. Il avait terminé", déclare Beresford.

Ce dernier avoue avoir été stupéfait par la performance du champion brésilien. "Il ne m'a pas du tout déçu, aucunement ! Il était tout simplement incroyablement rapide. Au volant de la Penske 92, Fittipaldi a réalisé un chrono de 49,70 en comparaison à 49,09 pour Senna. À la fin de la journée, Emmo a réalisé un temps de 48,5 avec la nouvelle Penske, ce qui n'était que 0,6 seconde plus vite que Senna. Ayrton a donc réalisé une performance étonnante, considérant qu'il pilotait une voiture datée d'un an et chaussée de pneus usés. Pour moi, cela prouve que Senna était capable de s'adapter extraordinairement vite à un nouvel environnement", termine Nigel Beresford.

Ayrton Senna, Penske Chevrolet PC22
partages
commentaires
Renault annonce la date de sa présentation F1

Article précédent

Renault annonce la date de sa présentation F1

Article suivant

Une application inédite dédiée à Michael Schumacher

Une application inédite dédiée à Michael Schumacher
Charger les commentaires
Frédéric Vasseur, le capitaine idéal pour un navire en F1 Prime

Frédéric Vasseur, le capitaine idéal pour un navire en F1

Deux dixièmes places lors des dernières courses ont permis à Alfa Romeo de se hisser en tête de la lutte parmi les écuries de fond de peloton, mais à plus long terme, l'équipe basée en Suisse a des ambitions bien plus grandes. Avec les nouvelles règles de 2022 qui devraient équilibrer les choses, le patron de l'écurie, Frédéric Vasseur, a de bonnes raisons d'être optimiste, comme il l'a expliqué à Motorsport.com dans une interview exclusive.

Comment Ferrari a donné tort à Charles Leclerc Prime

Comment Ferrari a donné tort à Charles Leclerc

Ferrari a impressionné en signant la pole position à Monaco et à Bakou. Voici comment la Scuderia a redressé la barre après une saison 2020 difficile.

Formule 1
18 juin 2021
Ces moments de joie qui soulignent le problème majeur de la F1 Prime

Ces moments de joie qui soulignent le problème majeur de la F1

Les victoires tant attendues des anciens pilotes de Formule 1 Marcus Ericsson et Kevin Magnussen le week-end dernier, respectivement en IndyCar et en IMSA, ont rappelé à la F1 ce qui lui manque. Mais avec les nouvelles règles visant à équilibrer le plateau, l'optimisme renaît quant à la possibilité pour davantage de pilotes de lutter pour des succès autrefois inespérés.

Formule 1
17 juin 2021
Ces ruses autour des pneus qui vont désormais être interdites Prime

Ces ruses autour des pneus qui vont désormais être interdites

Les conclusions de Pirelli sur les défaillances des pneus à Bakou n'ont pas complètement rejeté la faute sur les équipes, mais la fermeté de la réponse de la FIA laisse peu de place au doute.

Formule 1
16 juin 2021
L'heure a sonné pour l'outil de conception le plus fiable de la F1 Prime

L'heure a sonné pour l'outil de conception le plus fiable de la F1

Le travail en soufflerie constitue le fondement du développement aérodynamique d’une Formule 1. Cependant, les progrès de la recherche virtuelle annoncent la disparition de cet outil coûteux et compliqué.

Formule 1
15 juin 2021
Comment Pérez fait face à la complexe culture Red Bull Prime

Comment Pérez fait face à la complexe culture Red Bull

Sergio Pérez a passé la majorité de sa carrière à piloter en milieu de peloton, se demandant s'il aurait un jour une chance d'accéder à une équipe de pointe. Red Bull lui a donné cette opportunité, et bien que la vie au sommet soit difficile, le vainqueur de Bakou fait tout ce qu'il faut pour s'entendre avec Max Verstappen.

Formule 1
14 juin 2021
Quand Kubica gagnait et Honda faisait d'Alonso sa cible n°1 Prime

Quand Kubica gagnait et Honda faisait d'Alonso sa cible n°1

Le Grand Prix du Canada 2008 s'était apparenté à de véritables montagnes russes en piste comme en dehors, et avait été absolument passionnant à couvrir depuis le paddock. Voici pourquoi.

Formule 1
13 juin 2021
Un calendrier de 23 Grands Prix en péril Prime

Un calendrier de 23 Grands Prix en péril

Après l’annonce de l’annulation du Grand Prix de Singapour à cause des restrictions sanitaires en vigueur, la Formule 1 cherche des alternatives pour conserver un calendrier de 23 courses. Mais ce projet audacieux est-il voué à l’échec ?

Formule 1
12 juin 2021