Les tests d'aileron, cette saga qui va "coûter une fortune"

La FIA a pris la décision de renforcer les tests de déformation des ailerons arrière, décision dont la plupart des écuries semblent se plaindre pour une raison ou pour une autre.

Les tests d'aileron, cette saga qui va "coûter une fortune"

Certains ailerons arrière sont jugés trop flexibles en cette saison 2021 de Formule 1, bien que tous les tests de déformation aient donné satisfaction, et la FIA a ainsi décidé de serrer la vis tout en laissant aux écuries un certain temps pour s'adapter, via la publication d'une directive technique.

Motorsport.com a révélé le 11 mai que la FIA avait pris ces mesures en vue du Grand Prix de France, donnant plus d'un mois aux équipes pour se mettre en conformité. Les ailerons actuels peuvent donc être utilisés à Monaco ce week-end, ainsi qu'à Bakou, où ils joueront un rôle primordial en raison des longues pleines charges de la piste azérie. Et si c'est l'aileron de Red Bull qui est sous le feu des projecteurs à la suite d'un commentaire de Lewis Hamilton, un certain nombre d'équipes sont concernées en réalité.

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"Oui, nous l'exploitons", indique Mattia Binotto, directeur de la Scuderia Ferrari, vis-à-vis de la flexibilité de l'aileron par rapport aux tests. "Je pense que toutes les équipes exploitent ce qui est possible d'une manière ou d'une autre, et nous trouvons ça normal. La directive technique clarifie la situation, et nous allons devoir nous adapter légèrement. Je pense que l'impact sur Ferrari sera très, très faible en matière de temps au tour. Mais nous allons devoir préparer un nouveau design pour respecter complètement la directive technique."

Carlos Sainz Jr., Ferrari SF21

Dans cette directive technique, Nikolas Tombazis (directeur technique de la FIA) a écrit que même si tous les tests étaient passés avec succès, certains ailerons "montrent néanmoins une déformation excessive lorsque les voitures sont en mouvement". Il a ajouté : "Nous estimons que de telles déformations peuvent avoir une influence significative sur la performance aérodynamique de la voiture, et ainsi pourraient être considérées comme enfreignant les provisions de l'Article 3.8, qui requiert que toutes les pièces influençant la performance aérodynamique de la voiture soient 'rigidement attachées à la partie entièrement suspendue de la voiture' et 'restent immobiles par rapport à la partie suspendue de la voiture'."

Les directives techniques sont toutefois de nature indicative et c'est aux commissaires de course présents sur les Grands Prix de prendre les décisions nécessaires quant à la légalité des monoplaces. Et en conséquence, la Formule 1 se trouve quelque peu dans une zone grise à Monaco et surtout à Bakou. McLaren s'est déjà insurgé de l'application tardive des nouveaux tests, et chez Mercedes, qui va également devoir modifier son aileron, on s'inquiète de cette situation.

"Retarder la mise en œuvre pour quelque raison que ce soit nous laisse dans un vide juridique et laisse la porte ouverte aux réclamations", déplore Toto Wolff, directeur de Mercedes AMG F1. "Ce n'est pas seulement nous, il y a probablement deux autres équipes qui font partie des plus affectées, voire le sont davantage, et une réclamation pourrait évidemment se retrouver à la Cour d'appel internationale. Ce serait le désordre, cela peut prendre des semaines avant d'avoir un résultat."

"Et nous aurions dû ne pas nous retrouver dans cette situation, avec quatre semaines jusqu'à la course qui est la plus concernée au calendrier. Il est clair que d'un week-end sur l'autre, même avec deux semaines, c'est trop court pour que tout le monde s'adapte, mais il y [avait] quatre semaines avant Bakou. Il est incompréhensible qu'en quatre semaines on ne puisse pas rigidifier l'aileron arrière pour la piste où les ailerons arrière flexibles sont probablement les plus efficaces."

Lewis Hamilton, Mercedes W12, quitte le garage

Et du côté de Red Bull et d'Alfa Romeo, écurie également concernée par cette mesure, ce sont les coûts engendrés qui sont source d'inquiétude – en particulier dans le contexte du plafond budgétaire de 145 millions de dollars, qui est en vigueur à partir de cette année.

"Nous ne sommes pas plus malins que les autres : tout le monde respectait la limite, et la FIA a décidé de changer la limite", s'agace Frédéric Vasseur, directeur d'Alfa Romeo Racing. "C'est un peu surprenant, mais ils ont changé la charge et la déformation, et en milieu de saison… Ce n'est pas la mise en œuvre d'un nouveau test, ou une nouvelle manière de faire le test, c'est qu'ils ont changé une valeur. Et pour moi, si je me rappelle, c'est la première fois que l'on voit quelque chose comme ça. Car si l'on est à la limite, si l'on a fait du bon travail, il faut produire de nouveaux ailerons. En termes de réduction des coûts, c'est un effort énorme, énorme, énorme. Nous aurons le temps de le faire, mais ça va nous coûter une fortune. Nous nous battons tous pour économiser de l'argent, mais nous avons ce genre de choses… C'est juste une blague. C'est une blague, pour moi."

Vasseur qualifie la différence attendue au niveau des performances de "marginale". "Ce n'est pas ça qui m'inquiète", précise le Français. "C'est que… Pourquoi ne pas changer le poids de la voiture la semaine prochaine, si une équipe n'est pas capable d'atteindre la limite ? Cette approche me contrarie un peu."

Kimi Raikkonen, Alfa Romeo Racing C41

Quant à Christian Horner, il évalue l'impact financier à "probablement un demi-million de dollars", contraignant Red Bull Racing à réduire la voilure sur un autre projet. Et d'après le Britannique, il est bien normal que la FIA ait laissé un délai de plus d'un mois aux écuries.

"On ne peut pas créer des pièces par magie", souligne Horner. "Je pense que s'ils avaient changé les tests sur les ailerons avant ce week-end par exemple – et nous avons vu bien plus de performance provenant de la flexibilité des ailerons avant – alors cela affecterait toutes les équipes sans exception, certaines bien plus que d'autres. Je pense qu'il doit y avoir un délai de production. On ne peut pas s'attendre à ce que des pièces soient créées par magie du jour au lendemain avec les coûts que cela entraîne. La voiture respecte les règles qui sont là depuis 18 mois avec ces tests de charge ; le test a été modifié et il doit y avoir un préavis pour cela."

Reste à savoir si des écuries comme Red Bull et Ferrari prendront le risque d'utiliser leur aileron flexible à Bakou, compte tenu des gains potentiel mais aussi du danger d'une réclamation. Revenons fin 2019 : les jantes Mercedes étaient dotées de trous permettant de maîtriser le flux d'air et la température des pneus, et si la FIA avait estimé le design légal, Ferrari n'était pas satisfait de ce concept jugé similaire à celui interdit à Red Bull en 2012. Mercedes avait alors modifié ses jantes pour éviter toute réclamation...

Avec Jonathan Noble

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