Folger, de faire-valoir à valeur sûre

Le pilote allemand a pris plus de temps que son coéquipier Zarco pour s'acclimater au niveau de compétition dans la catégorie reine, mais fait désormais partie des hommes à surveiller cette saison.

Si Johann Zarco semble bien parti pour réaliser le doublé du meilleur pilote indépendant et du meilleur rookie, ce serait aller un peu vite en besogne que d'exclure son coéquipier Jonas Folger. En effet, le pilote allemand ne pointe qu'à 22 points du Français au classement, un écart loin d'être insurmontable alors qu'il reste encore sept courses à disputer cette saison.

On en viendrait même à être surpris d'un débours si peu élevé, compte tenu de la toute relative discrétion du numéro 94, qui hormis une sublime deuxième place chez lui, sur le Sachsenring avant la pause estivale, a finalement fait peu parler de lui.

Une confidentialité qui n'est cependant pas synonyme de manque d'efficacité, comme nous le montre le classement du pilote Tech3 au championnat, lui qui occupe la huitième place – après avoir perdu une place suite à son abandon sur panne mécanique le week-end dernier en Autriche.

Besoin de plus de temps

Mais Folger a surtout fait les frais de la différence de tempérament avec son coéquipier, ce dernier se montrant très entreprenant dès ses débuts, alors que l'Allemand avait besoin de plus de temps pour acquérir cette confiance si précieuse à la performance.

Auteur de véritables courses d'attaque lors des dernières manches, comme à Brno et bien sûr en Allemagne, il n'en a pas toujours été ainsi pour celui qui a terminé septième de la saison 2016 de Moto2.

Est-ce le fait de devoir évoluer aux côtés d'un double Champion du monde de la catégorie intermédiaire qui l'a intimidé ? Rien n'est moins sûr. "Il est double Champion du monde. Mais au final, je sais que je peux faire ce qu'il fait", assure-t-il lors d'un entretien avec Motorsport.com. "Je pense que la bagarre se déroule entre nous. Je ne sais pas jusqu'où il peut aller, mais nous sommes arrivés au même endroit où il se situait en début de saison, et à présent j'ai plus de confiance."

Une chose est donc sûre : le pilote allemand est loin de s'avouer vaincu, et compte bien mener la bataille interne jusqu'au bout face à son encombrant coéquipier. "Au début de la saison, je me suis dit : 'Voilà. Il est parti et il aura un coup d'avance tout au long de la saison, et ce sera difficile d'être avec lui'", reprend-il, concédant un certain complexe à ses débuts, qui s'est évaporé depuis. "Mais progressivement, nous avons gagné en confiance, nous avons travaillé, et au final, les bonnes courses que j'ai faites m'ont permis de comprendre. Pourquoi ne pas le battre ? C'est mon premier défi, j'ai besoin de faire cela. Mais il veut me battre et moi aussi. Nous nous battons donc pour la même chose." 

Plus d'agressivité en course

Zarco a beau avoir décroché un premier podium sur ses terres en France, Folger n'est donc pas en reste avec un classement similaire en Allemagne. Mais au-delà du résultat pur, c'est le contenu de la prestation du pilote germanique qui a impressionné.

Là où de nombreux observateurs avaient noté un certain manque d'agressivité en début de course de la part du jeune rookie, ce dernier a su leur donner tort en passant en revue un à un les grands pontes du championnat, et notamment les pilotes Repsol Honda, sans oublier de finir l'épreuve devant les Yamaha officielles, excusez du peu.

"Ce fut la meilleure course que j'ai faite jusqu'ici dans ma carrière", reconnaît-il sans détour. "C'était mieux qu'une victoire en Moto2. J'étais deuxième, mais je ne pensais pas à cela. J'étais concentré sur le fait de gagner la course. Mais lorsque j'ai franchi la ligne d'arrivée, j'ai réalisé que ce résultat était déjà quelque chose d'énorme. J'étais très heureux et ému. C'est ensuite que vous réalisez ce que vous avez fait. J'ai plus de confiance au moment de dépasser lors des courses. Je fais moins d'erreur, et ça se voit en matière de résultats."

Des résultats et surtout des scénarios de course encore inenvisageables il y a peu, alors que l'Allemand semblait peiner jusque récemment au moment de s'imposer face à d'autres pilotes présents depuis plus longtemps en catégorie reine, et affichant un palmarès parfois déroutant. "Aujourd'hui, je cours contre eux comme avec n'importe qui, sans me dire 'Oula, c'est Jorge Lorenzo, c'est Valentino Rossi, c'est Marc Márquez", insiste-t-il. "'Je vais rester derrière, je ne vais pas passer'. Non, il faut prendre le risque, donner le meilleur de soi-même. J'ai toujours ce problème, mais je contrôle cela, et je m'améliore de jour en jour."

Au final, Folger est bien du même bois qu'un Zarco, pour le plus grand bonheur de l'équipe Tech3, même s'il lui a fallu plus de temps pour éclore au meilleur niveau. "Le fait de me battre avec les autres m'a toujours fait craindre de faire des erreurs. Et à la fin, si vous avez peur, vous faites toujours une erreur. Je n'avais pas la confiance que j'ai à présent."

Des erreurs que le pilote allemand a réussi à grandement limiter cette année, alors qu'une seule incartade peut lui être réellement imputée jusqu'ici en course, à Assen. Mais sur ce point aussi, la courbe d'apprentissage suit son cours et gomme ses rares défaillances. "Sans confiance, vous ne pouvez pas vous battre.  Je pense que c'était un processus d'apprentissage d'arriver où je suis à présent. J'ai une bonne dose d'expérience, j'ai fait de bonnes courses et des mauvaises. Je suis toujours un rookie, et ça fait partie du jeu."

Interview Gabriel Lima

 
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