Iannone sur le départ : l'amertume du pilote face au choix de Suzuki

Dans quelques jours, leurs chemins se sépareront, alors même que les résultats cette année se sont montrés prometteurs. Andrea Iannone ne parvient pas à masquer son dépit face à une décision de Suzuki qu'il ne comprend pas.

Iannone sur le départ : l'amertume du pilote face au choix de Suzuki

À sa descente du podium du Grand Prix d'Australie, Andrea Iannone avait passé plus de temps à ironiser auprès des médias sur son prochain départ de Suzuki et son remplacement par Joan Mir, plutôt qu'à savourer sa deuxième place. Dans des propos teintés d'amertume face à des résultats qui arrivent trop tard, le pilote italien a émis l'idée que sa courbe de performances aurait pu être meilleure si le constructeur n'avait pas décidé en mai de se passer de lui pour 2019.

"Je suis certain que si notre rapport s'était poursuivi, beaucoup de courses se seraient passées différemment. L'enthousiasme dans le travail, le groupe… Désormais, je suis en dehors de ce groupe, de cette équipe et de ce constructeur. Pour moi, les résultats que j'obtiens valent double", déclarait-il alors.

Lire aussi :

Assurant ne pas comprendre le choix du constructeur de Hamamatsu, Iannone mettait en avant la contribution qui a été la sienne au développement de la GSX-RR : "J'ai donné des indications importantes, à mon avis j'ai fait grandir la moto, et même beaucoup. Au final, inutile de se mentir : avec les ingénieurs et avec Suzuki, le plus gros travail c'est moi qui l'ai fait."

"J'assume toujours mes responsabilités. 2017 n'a pas été une année facile ni pour moi ni pour Suzuki. On s'attendait tous à des choses différentes", rappelait-il. "2018 s'est passée différemment. Je pense avoir prouvé beaucoup de choses et, quand est arrivé le matériel qui se concentrait sur des aspects précis dont je parlais et dont j'évoquais les difficultés, les résultats ont commencé à être meilleurs que ce soit pour moi ou pour Rins. Je suis content de cela, d'avoir apporté ma contribution à Suzuki."

Lorsqu'il lui était demandé d'où était venue la rupture, Andrea Iannone peinait à apporter une réponse, mais ses propos n'en étaient pas moins cinglants : "Je ne sais pas et je ne le comprendrai jamais. 2017 a été une année difficile, compliquée des deux côtés, et ils ont pris cette décision. Avoir Iannone dans une équipe comme celle-là c'est souvent arrangeant, mais c'est aussi dérangeant parce que Iannone veut gagner, il veut une moto qui progresse, il veut des choses précises et il y prétend."

Des paroles de frustration

Pour Davide Brivio, team manager de Suzuki, ces propos d'Andrea Iannone sont empreints de frustration. Interrogé par Motorsport.com au sujet de l'attitude récente de son pilote, l'Italien a souhaité rappeler la décision prise par Suzuki d'apporter son soutien à Joan Mir, un autre jeune pilote que la marque fera débuter comme elle l'a fait précédemment avec Maverick Viñales en 2015 et Álex Rins en 2017. C'est cette même explication qui a été donnée à Iannone à l'heure de lui annoncer que son contrat ne serait pas renouvelé.

"Lorsque nous avons pris la décision de séparer nos chemins, nous avons parlé avec Andrea et nous lui avons donné nos explications", nous indique Davide Brivio. "Il s'agit d'une stratégie d'entreprise. Quand vient le moment de recruter un pilote, une entreprise comme Suzuki ne se limite pas aux résultats. D'autres paramètres jouent aussi un rôle, comme par exemple les exigences en termes d'images et d'autres choses encore. Nous lui avons expliqué tout cela."

Lire aussi :

Brivio considère au final que le ressentiment que laissent entrevoir les déclarations du pilote de Vasto témoignent de sa déception de quitter Suzuki. "Il a mal vécu le fait de ne pas pouvoir renouveler son contrat avec Suzuki et ce qu'il dit est le fruit de cette frustration. Ce sont des mots qui viennent de cette déception. À partir de là, chacun choisit la manière dont il veut exprimer ce qu'il ressent."

Andrea Iannone, Team Suzuki MotoGP

Inutile de ressasser le passé

Bien conscient qu'il lui faut dorénavant se tourner vers l'avenir au lieu de regretter ce qu'il n'a pas pu obtenir avec Suzuki, Andrea Iannone va d'ici quelques jours à peine s'investir dans son nouveau rôle auprès d'Aprilia, avec qui il s'attend à repartir "de zéro".

"Je pense qu'on a fait du très bon travail durant ces deux ans et que la Suzuki a fortement évolué. Je crois qu'il est évident pour tout le monde que, si l'on avait réussi à poursuivre cette aventure, on aurait eu d'excellentes possibilités [de réussir]. Ça n'est pas le cas, mais je suis content de ce qui m'attend", assurait-il en marge du Grand Prix de Malaisie auprès de Sky Italia. "Ce sera un nouveau défi, important, et je m'attends à réussir à terminer de la meilleure des façons. Jusqu'à Valence, je vais rester concentré [avec Suzuki], je vais essayer de faire de mon mieux, et le dimanche après la course je penserai à autre chose, ce sera la priorité."

Lire aussi :

Que pense-t-il qu'il aurait pu faire s'il était resté chez Suzuki ? "Ça dépend de ce que Suzuki arrivera à faire pendant l'hiver, je ne le sais pas. Pour ma part, je pense être un pilote qui a les capacités d'être au top", souligne-t-il. "Ensuite, pour se battre pour le titre il faut un ensemble très complexe, qui ne se constitue pas en deux ans, mais au bout de nombreuses années. Je ne sais pas… Il est inutile de penser à ce qui aurait pu se passer, pensons à ce qui va se passer."

Dont acte. L'avenir s'écrira donc avec Aprilia, à partir du 20 novembre, jour de test à Valence. D'ici-là, Iannone disputera une dernière course avec Suzuki.

partages
commentaires
Márquez : Les titres ? "Ça n'est pas assez, on doit progresser"
Article précédent

Márquez : Les titres ? "Ça n'est pas assez, on doit progresser"

Article suivant

Diaporama - Les 70 victoires de Marc Márquez

Diaporama - Les 70 victoires de Marc Márquez
Charger les commentaires
Suzuki déjà en retard dans la quête de son nouveau patron MotoGP ? Prime

Suzuki déjà en retard dans la quête de son nouveau patron MotoGP ?

Après avoir pris la décision de ne pas remplacer Davide Brivio début 2021 et n'avoir par la suite pas réussi à aider Joan Mir à défendre son titre, Suzuki est aujourd'hui à la recherche d'un nouveau team manager. Mais quelle que soit la personne que Shinichi Sahara nommera pour la suite, il est peut-être déjà trop tard pour convaincre le Champion du monde 2020 de rester.

MotoGP
23 nov. 2021
Quand les enjeux financiers engendrent l'agressivité des jeunes pilotes Prime

Quand les enjeux financiers engendrent l'agressivité des jeunes pilotes

La pression à laquelle sont soumis les espoirs de la moto est à la source d'une agressivité qui inquiète de plus en plus. Restreindre la participation au Championnat du monde aux pilotes âgés de 18 ans suffira-t-il à endiguer les manœuvres souvent désespérés des jeunes qui rêvent du MotoGP ?

MotoGP
3 nov. 2021
Quartararo : "Ce titre permet d'oublier les moments difficiles de Yamaha" Prime

Quartararo : "Ce titre permet d'oublier les moments difficiles de Yamaha"

De ses débuts inattendus en MotoGP à son premier titre de Champion du monde, trois ans plus tard, Fabio Quartararo a déjà connu un parcours intense dans la catégorie reine. Avec, au passage, une saison 2020 qui lui a rapporté ses premières victoires et une lourde déception, formatrice pour la suite.

MotoGP
26 oct. 2021
Plus que la Yamaha, c'est Quartararo qui a su évoluer vers le titre Prime

Plus que la Yamaha, c'est Quartararo qui a su évoluer vers le titre

Trop inconstant en 2020, Fabio Quartararo apparaît cette année infaillible au guidon de la Yamaha. Mais plus que les progrès opérés par la machine, c'est sûrement la transformation du pilote français qui l'a ainsi placé au sommet, en capacité de remporter son premier titre de Champion du monde MotoGP dès cette semaine.

MotoGP
20 oct. 2021
Comment KTM a pris le contrôle des jeunes talents au détriment de Honda Prime

Comment KTM a pris le contrôle des jeunes talents au détriment de Honda

Il fut un temps où Honda était la destination toute tracée des jeunes talents de la moto mais deux de ses rivaux, KTM et, dans une moindre mesure, Ducati, ont pris le contrôle de ce marché. Cette évolution aura-t-elle des conséquences sur l'avenir du MotoGP ?

MotoGP
16 oct. 2021
Marc Márquez a dû et doit encore réinventer son pilotage Prime

Marc Márquez a dû et doit encore réinventer son pilotage

Marc Márquez a profondément fait évoluer son pilotage pour retrouver la victoire après sa blessure. Celui qui a dominé la dernière décennie du MotoGP devra peut-être le faire à nouveau s'il veut redevenir un prétendant au titre, la marge de progrès dans sa condition physique se réduisant.

MotoGP
7 oct. 2021
Qu'est-ce qui a rendu le Circuit des Amériques si bosselé ? Prime

Qu'est-ce qui a rendu le Circuit des Amériques si bosselé ?

Le retour du MotoGP en Amérique pour la première fois depuis 2019 ne se passe pas aussi bien que prévu, les pilotes s'inquiétant de la sécurité à l'issue des essais du vendredi.

MotoGP
2 oct. 2021
Comment la Ducati est-elle devenue la moto la plus polyvalente ? Prime

Comment la Ducati est-elle devenue la moto la plus polyvalente ?

L'attention portée par Ducati à ses équipes satellites, couplée aux efforts fournis par Andrea Dovizioso pour améliorer la capacité des dernières versions de la Desmosedici à prendre les virages, permettent à la marque italienne de disposer aujourd'hui de la moto la plus polyvalente du championnat, une moto que l'on a vue sur le podium avec cinq pilotes différents cette année.

MotoGP
27 sept. 2021