La seconde famille qui a fait renaître Marc Márquez
Renouer avec la victoire cette saison a effacé les doutes qui avaient envahi Marc Márquez lorsqu'il se heurtait au manque de compétitivité de la Honda. Loin du destin qui semblait écrit pour l'un des plus grands champions MotoGP, c'est au sein d'une équipe privée et familiale qu'il a trouvé cette renaissance.
Sa première année avec Ducati désormais close, Marc Márquez peut regarder dans le rétroviseur avec le sentiment du devoir accompli et le cœur bien plus léger. En marge de son dernier Grand Prix avec Gresini, il décrivait par des mots simples ce que l'équipe italienne avait été pour lui en l'accompagnant durant un an : "J'ai trouvé l'ambiance parfaite pour renaître." Une renaissance, voilà l'ampleur du phénomène vécu par l'Espagnol tout au long de cette année, un parcours qui, étape après étape, lui a permis de reconstruire tout ce qui avait été ébranlé depuis 2020.
Il sortait d'une année record lorsqu'à la première course de cette saison retardée par le Covid-19, il a subi une lourde chute qui allait l'écarter des pistes durant des mois et le contraindre à de multiples opérations pour sauver son bras et sa condition physique. Mais son éloignement a aussi coïncidé avec la dégringolade de la Honda, qu'il aura été impuissant à endiguer. Son retour en forme n'allait pas trouver d'écho dans le potentiel de sa moto fétiche, devenue l'ombre d'elle-même.
Il lui fallait donc tenter un changement radical, et c'est grâce à la modeste équipe Gresini qu'il a pu le réaliser. Malgré les attentes générées par son arrivée sur la Ducati, Márquez n'a eu de cesse de rappeler qu'il s'agissait d'une année de transition, dont le but était avant tout de le rassurer. Alors, au moment d'arpenter le tapis rouge du gala de fin de saison pour recevoir la médaille de bronze du championnat, c'est presqu'avec suffisance qu'il commentait ce résultat dont il n'avait que faire, car oui, 2024, lui a redonné cette confiance en lui, celle qui alimentera des ambitions bien plus élevées dès demain.
"Cette troisième place est importante pour l'équipe et pour tous ceux qui m'entourent, mais pour moi, franchement, le plus important ce n'était pas le résultat. Peu importe si je finissais troisième, quatrième ou cinquième, ou même deuxième. Le plus important, c'est la manière dont je suis revenu et dont, d'une certaine manière, j'ai pu renaître. Dans ma vie personnelle et professionnelle, c'était un très bel objectif. On l'a atteint, alors je suis vraiment très heureux", déclarait-il alors.
Le premier effet de cette renaissance, évident aux yeux de tous, aura été la joie de vivre retrouvée de Marc Márquez. Les fans de MotoGP auront eu le privilège de voir l'un des plus grands champions de la discipline s'amuser sans fin et exprimer son bonheur, libéré de toute pression. Les images de l'Espagnol participant avec entrain aux célébrations d'après-podium, lancé dans d'improbables chorégraphies, passeront à la postérité.
Pour en arriver là, Márquez a trouvé autour de lui un environnement bienveillant et plus relâché que ce qui avait été son quotidien depuis plus de dix ans, lorsqu'il était programmé pour remporter le championnat et rien d'autre. "J'ai trouvé la famille idéale, l'ambiance idéale avec mon frère en coéquipier, avec une équipe qui a toujours fonctionné de la même façon", a-t-il résumé.
Marc Márquez s'est parfaitement intégré chez Gresini, jusqu'à porter au plus haut les couleurs historiques de Fausto Gresini à Misano.
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
"Être dans une équipe satellite m'a un peu rappelé ma passion pour la moto. Chez Honda, j'avais des amis et c'était une équipe très bonne, humaine, mais le fait que ce soit une équipe d'usine rendait tout un peu plus sérieux. [Chez Gresini], tout est plus décontracté, familial. Ça me rappelle un peu une équipe de Moto2, d'une façon différente : tu discutes avec le patron de l'équipe, avec celui qui prend la décision finale, Nadia [Padovani] en l'occurrence. En discutant avec elle, je sens vers où on se dirige."
"Et le plus important, c'est qu'ils ont la moto", poursuivait Márquez. "Dans une équipe satellite avec une bonne moto, on peut réussir de très bonnes choses, comme je l'ai fait cette année, comme d'autres pilotes l'ont fait les dernières années avec Gresini. Et ils ont une très longue histoire, une très longue expérience pour gérer des situations différentes."
Revenir à la victoire pour effacer ses doutes personnels
En décidant de quitter Honda un an avant la fin de son contrat, Márquez faisait le choix d'un changement aussi douloureux compte tenu de son attachement à son équipe que risqué : il jouait quitte ou double et se savait prêt à quitter le MotoGP en cas d'échec. Très vite, cependant, sa prise en main de la Ducati lors des premiers tests d'intersaison, en novembre 2023, a montré que sa vitesse était intacte. Et, en course, il a su rapidement s'immiscer parmi les premiers.
Dès le deuxième Grand Prix, au Portugal, il figurait dans le top 3 en course sprint, avant de décrocher un premier trophée à la quatrième manche, à Jerez. Il a toutefois fallu attendre Aragón, à la fin de l'été, pour le voir ouvrir son compteur de victoires, ce que certains ont pu juger un peu long.
"Il y a un ou deux ans, beaucoup de gens − y compris moi − avaient des interrogations [et se demandaient] si j'avais fait mon temps", a-t-il admis dans une interview accordée en fin de saison au site officiel du MotoGP. "J'ai pris cette décision car quand je prendrai un jour ma retraite, je ne veux pas avoir de regrets au fond de moi quant au fait de ne pas avoir essayé ceci ou cela. Je tenterai tout ce qui est en mon pouvoir pour me sentir compétitif, pour gagner des titres et pour me battre pour des titres chaque année."
Márquez ne cache pas avoir beaucoup douté de lui au cours de ses deux dernières saisons chez Honda. Une fois sa condition physique retrouvée, il a continué à se heurter à une moto rétive, qui l'a beaucoup fait tomber et avec laquelle il ne parvenait plus à évoluer aux avant-postes, dont il était au préalable un pion inamovible.
Le fait est que, pendant qu'il se battait pour récupérer ses capacités physiques, la RC213V a été largement supplantée par la Ducati, et même par les autres motos européennes qui ont su prendre l'ascendant sur les marques japonaises. Le chamboulement a été tel que Márquez s'est demandé s'il n'avait pas, à titre personnel, fait son temps.
"Pour moi, le changement que j'ai effectué l'année dernière est déjà un succès, sans quoi cette année j'aurais annoncé ma retraite", a-t-il assuré avant même de clore ce championnat. "Il y a un an, à cette époque-ci, j'avais beaucoup de points d'interrogation dans mon esprit, j'avais beaucoup de doutes. Au bout d'un an, tous ces doutes ont disparu et je suis revenu à un niveau compétitif."
Marc Márquez aura mis plus de 1000 jours avant de gagner à nouveau.
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
"Je ne dirais pas que c'est le niveau de 2019, mais un niveau de compétitivité qui est suffisant pour continuer à pousser, à travailler, et surtout pour avoir cet esprit spécial du MotoGP. Et puis, on goûte à nouveau à cette victoire, à ce podium et à cette intensité spéciale que l'on a quand on se bat au sommet... C'est différent."
Titré six fois en sept ans, Márquez s'était constitué l'un des palmarès les plus fournis de l'Histoire, se plaçant aux côtés des plus grands dans les tablettes dès son plus jeune âge. Pourtant, après sa blessure, on ne le reverrait que six fois sur le podium en quatre ans, avec notamment trois victoires condensées sur la saison 2021.
La victoire, "comme une drogue"
Ce n'est que cette année que Márquez a relancé son compteur. Son retour sur la plus haute marche du podium au Grand Prix d'Aragón, au mois de septembre, a mis fin à une disette de 1043 jours. Alors qu'il avait précédemment minimisé l'importance de renouer avec la victoire cette année, soulignant que son principal objectif était de préparer son passage à l'équipe d'usine Ducati, l'Espagnol a admis que gagner l'avait finalement aidé à surmonter les doutes avec lesquels il avait quitté Honda.
"Quand on ne ressent plus ces sensations pendant longtemps, on commence à les oublier. Mais une fois qu'on les ressent à nouveau, [comme pour moi] après les victoires en Aragón et à Misano, on en veut plus. C'est comme une drogue, on en veut toujours plus, plus, plus !", a-t-il avoué, à présent galvanisé par ces succès.
"Je les savoure doublement. Par le passé, les victoires étaient normales mais, maintenant, on comprend que les victoires ne sont pas quelque chose de normal. Automatiquement, votre mentalité change un peu, vous commencez à comprendre les choses différemment. Les victoires vous donnent beaucoup de confiance."
"Après trois ou quatre ans, après avoir beaucoup lutté avec quatre opérations du bras et n'avoir obtenu aucun bon résultat, vous commencez à perdre confiance, à vous poser des questions… Est-ce que c'est la moto ? Est-ce que c'est moi ? Ma condition physique ? Il faut répondre à ces questions petit à petit et reconstruite cette confiance avec des podiums, des courses, des pole positions. Les victoires au sprint et en course principale ont été super importantes."
Marc Márquez a finalement remporté trois Grands Prix en quelques semaines durant la seconde moitié du championnat, ainsi qu'une course sprint, avant de valider la troisième place du classement général. Son pari de quitter Honda prématurément s'est donc finalement révélé payant, tant dans ses résultats que dans le nouvel élan durable qu'il a donné à sa carrière puisqu'il a vu les portes de l'équipe officielle Ducati s'ouvrir et a signé un nouveau contrat de deux ans.
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