François Perrodo : une P2, "c'est un véritable scalpel" !

Président du groupe pétrolier Perenco, François Perrodo s'attaque au LMP2 après un titre en GTE. Auprès de Motorsport.com, il s'est confié sur ses ambitions, et son métier de pilote qu'il doit gérer avec son métier au quotidien.

Champion en titre en GTE Am, François Perrodo, 40 ans, président du groupe pétrolier Perenco, tente cette année le LMP2 avec TDS Racing et son inséparable équipier Emmanuel Collard. Une nouvelle aventure pour le gentleman driver, qui cherche cette année à progresser au volant de son ORECA très..."Gwen ha du" [le drapeau breton, présent sur son prototype].

François Perrodo, vous avez découvert le prototype, en ce début de saison, comment s'est passée cette première expérience ?

La première découverte, c'était plutôt en début d'année. On a eu de la chance, j'ai pris la décision très rapidement de switcher sur le LMP2, je crois au Japon. Rapidement on a pris contact avec ORECA, choisi de sélectionner TDS, et de commander la voiture tôt. Ça a été une décision capitale, car nous avons pu la recevoir au mois de janvier, ce qui nous a permis de rouler dès fin janvier. Et heureusement, cela nous a permis de faire trois ou quatre séances avec Monza et ç'aurait été la catastrophe, en termes de performance pure. Je prends du plaisir au volant, mais je suis très loin de la performance des pros.

Vous n'aviez jamais roulé en prototype ?

Je n'avais jamais roulé dans ce genre de voitures. J'avais commencé la course auto avec une Porsche Cup, une GT3 R, et assez rapidement et naturellement. Je n'ai fait que du GT. Le passage d'une GT au proto, ça n'a pas été évident, mais on le savait. Il faut s'entraîner, rouler, enchaîner les kilomètres.

Pourquoi cette décision de tenter l'aventure en P2, après votre titre en GTE Am ?

On a fait une belle saison l'année dernière, et on s'est posé la question avec Emmanuel Collard, qui me suit et me coache depuis maintenant trois saisons. Chaque année, on regardait, on se disait c'est sympa, ça se passe en même temps que nos courses…

J'ai toujours regardé ça comme une discipline de pro, cela dit, et Manu me disait le contraire. La réglementation impose un gentleman driver, et surtout, il me disait qu'il fallait que j'essaie, que ce sont des voitures plus précises, peut-être pas plus faciles, mais plus fluides qu'une GT, on se bat moins avec la voiture. Et je n'osais pas sauter le pas, en me disant que j'avais encore du travail en GT. Le fait d'avoir le titre m'a fait dire que j'étais dans une période charnière. J'ai 40 ans, je me suis dit, si j'essaie le proto, mieux vaut tôt que tard. Si je n'essaie pas maintenant, je n'essaierai jamais.

Pas trop impressionné, par rapport à vos expériences en GT ?

J'appréhendais les premiers tests. On ne sait pas trop à quoi s'attendre. On parle de charge aéro, de douleurs dans le cou, et c'est vrai. C'est physique ! C'est physique dans le sens "contraintes physiques". Après, je suis d'accord avec Manu, on se bat moins avec la voiture. C'est un véritable scalpel : c'est collé par terre, c'est très précis. On sent que c'est une auto conçue pour la course et rien d'autre. Là, c'est autre chose, les passages en courbes, c'est grisant. Je suis encore loin mais on va s'y faire, petit à petit.

Passer en prototype change aussi votre vision du trafic ? Pas trop décontenancé par le fait de dépasser, et non d'être passé ?

Le trafic, ça fait un peu bizarre, le chassé devient le chasseur, donc les P1, ce n'est pas simple car on va quasiment aussi vite, et au freinage on freine a peu près au même endroit, d'autant plus qu'elles doivent récupérer de l'énergie. C'est plus dur pour mes pros que moi. Avec les GT, c'est tout le contraire, c'est un régal. Là avec la puissance, ce n'est pas un problème, mais cela ne veut pas dire que c'est facile. Par exemple, à Lesmo, entre les deux courbes, c'était impossible de passer une GTE Pro.

C'était également votre première à Monza, quel a été votre sentiment, au moment d'aborder cette piste ?

Un peu d'appréhension, c'est le temple de la vitesse, avec toute son histoire. Quand on a fait le track walk, on s'est rendus compte que c'était un circuit à l'ancienne, avec un revêtement bien pourri, notamment dans la parabolique, avec de l'herbe et des rails très proches, mais au final, ça s'est bien passé. J'ai mis une bonne demi-journée avant de prendre mes marques. J'y suis allé doucement, mais j'ai fini par prendre mes marques.

Monza, justement, était-ce une bonne préparation pour Le Mans, comme on a pu l'entendre dans le paddock ?

C'aurait été une bonne préparation avec le kit Le Mans, et ce n'était pas le cas. On a roulé avec le kit medium down-force. C'était intéressant pour les gros freinages, mais pas tant que ça. Les chicanes de Monza sont arrêtées, alors que celles des Hunaudières, on rentre avec de la vitesse. Personnellement, je dirais que non.

Passer du GT au prototype, cela impose aussi des contraintes physiques. Avez-vous dû accélérer votre préparation physique ?

J'ai fait plus de sport cet hiver, c'est clair. Pour une raison simple, le poids est un facteur important dans un prototype. Je dois peser 15 kg de plus que Matthieu Vaxiviere, et c'est déjà une demi-seconde de plus que je perds, sans pouvoir rien y faire. Évidemment, je fais le maximum pour être en forme, je fais de la course à pied, de la gymnastique. Ce n'est pas simple, car avec mon métier, je suis toujours à droite à gauche

Quand on est gentleman driver, justement, comment fait-on pour gérer son métier, chef d'entreprise, dans votre cas, et la course automobile ?

C'est surtout de l'organisation. Mes équipes savent qu'au Mans ou en week-end de course, je suis joignable par mail, téléphone. Avec les nouvelles technologies, c'est plus simple, même si ça ne vaut pas le terrain.

C'est de l'organisation, ce n'est pas toujours simple. Mon métier impose de voyager beaucoup. Donc il faut jongler avec les voyages boulots, les voyages course, la vie privée… Je ne me plains pas, je peux vivre ma passion ! Mais ça demande de l'organisation ! Cette année, la course prend un peu plus de place, il faut que j'arrive à gérer ça !

Le drapeau breton, c'est un clin d'œil à mes origines, et aux collaborateurs de mon entreprise, dont beaucoup sont Bretons. Au final, ça nous attire beaucoup de sympathie sur les circuits !

François Perrodo

Vous êtes arrivé assez tard dans le sport automobile, pourtant. Comment vous y êtes-vous lancé ?

Je n'ai jamais vraiment cru que la course était accessible à des amateurs. J'ai toujours été dingue de bagnole, j'ai toujours eu une passion pour Porsche. En fait, je suis arrivé dans la course via l'ancienne, via Crubilé Sport. J'ai acheté une Porsche 908 des années 1960, puis j'ai fait plusieurs Tour Auto. Puis je me suis rendu compte que c'était possible de faire de la course auto en amateur, je me suis lancé avec une Porsche Cup, en 2011.

Le Mans et l'Endurance sont arrivés assez vite ensuite…

Je suis venu au Mans avec Raymond Narac en 2012. Je me suis rendu compte qu'on pouvait faire la course en tant qu'amateur, et en 2013, l'opportunité s'est faite de participer à la course, suite au forfait du 56e stand, à l'époque. Je pensais les faire en 2014, mais finalement, on s'est présentés au départ, avec l'objectif de finir, ce qu'on a fait. Mais je me suis quand même demandé ce que je faisais là ! C'était une course un peu compliquée, mais j'en garde un bon souvenir !

Votre progression reste constante depuis vos débuts, comment l'expliquer ? Le travail ? Une volonté d'y aller pas-à-pas ?

J'ai vraiment essayé de ne pas aller trop vite. C'est là où le soutient de Manu a été essentiel. Et c'est là notre force, je vois des paires pro-amateur qui changent tous les ans. Nous, c'est différent. On a toujours discuté en milieu de saison, pour voir où j'en étais, juger ma progression, et on a décidé ainsi de venir en ELMS, de tenter le WEC, puis d'évoquer le P2. On s'est posé la question en 2015, mais Manu m'a dit d'attendre encore un peu, d'apprendre en GT une année de plus, de trouver un bon pilote Silver et de tenter. Pas de pression dans le résultat, mais tout cela, c'est le résultat de travail, d'analyses, d'essais. 

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A propos de cet article
Séries WEC , 24 heures du Mans
Pilotes François Perrodo
Équipes TDS Racing
Type d'article Interview