Bilan saison - Caterham, le naufrage

2014 devait être la saison de Caterham

Bilan saison - Caterham, le naufrage

2014 devait être la saison de Caterham. Sur une pente ascendante de la saison 2010 à la mi-saison 2012 mais incapable de rejoindre le milieu de tableau, l’équipe anglo-malaisienne avait volontairement tiré un trait sur 2013 pour mieux profiter de la nouvelle réglementation technique de 2014. Tony Fernandes avait annoncé la couleur au moment de la présentation de la CT05 : la nouvelle monoplace de l’équipe allait devoir se montrer performante, sans quoi l’homme d’affaires malaisien jetterait l’éponge.

Moins d’un an plus tard, les mots manquent pour définir la situation de Caterham. La monoplace était la plus lente du plateau cette saison ; criblée de dettes, l’équipe a raté deux courses en fin de saison, et n’a pu se rendre à Abu Dhabi qu’en écoulant à petit prix des combinaisons d’anciens pilotes et des pièces d’anciennes monoplaces. Pis, la quasi-totalité du personnel a été licenciée. Anciens et nouveaux propriétaires de l’écurie se rejettent sa propriété, ses dettes, et la responsabilité de ce qui est un vrai naufrage.

Le choix des pilotes, tout d’abord, fut surprenant, bien que pas forcément contestable. Alors que l’on s’attendait à une lutte à quatre entre Charles Pic, Giedo van der Garde, Heikki Kovalainen et dans le rôle de l’outsider, Alexander Rossi, c’est Marcus Ericsson qui a obtenu le baquet ‘réservé’ au pilote payant grâce à des couronnes suédoises sonnantes et trébuchantes. Tony Fernandes souhaitait la présence d’un pilote expérimenté ; c’est un poste auquel on a retrouvé, de façon inattendue, Kamui Kobayashi. Fernandes espérait que ‘l’étincelle’ apportée par le Japonais ferait la différence. Malgré son indéniable supériorité à Ericsson, ce ne fut pas le cas.

Certes, c’est la première fois que Caterham a produit la monoplace la plus lente du plateau. En début de saison, les coups d’éclat de Kamui Kobayashi permettaient encore aux verts de se classer devant l’ennemi juré qu’était Marussia sur un tour. Cependant, du début de la saison européenne à la trêve estivale, Caterham a accusé un retard moyen de 0,644 seconde sur Marussia en qualifications. La Q1 du Grand Prix de Grande-Bretagne, lors de laquelle Kobayashi et Ericsson accusaient huit secondes de retard sur Bianchi et Chilton, n’a pas été prise en compte dans ce chiffre.

L’évolution de la bataille entre les deux équipes lors du reste de la saison fut particulièrement intéressante. En Belgique, lorsqu’André Lotterer a remplacé Kamui Kobayashi, l’écart était supérieur à deux secondes, sous la pluie. En revanche, par la suite, dans une période particulièrement trouble pour Caterham, l’équipe a occasionnellement repris l’avantage. Tandis que Bianchi s’est classé premier des quatre mousquetaires du fond de grille à Singapour, Kobayashi et Ericsson y sont parvenus respectivement à Monza et à Suzuka. Le Grand Prix de Russie, le dernier de Marussia en 2014, voyait l’unique MR05 se classer en fond de grille aux mains de Chilton, à une seconde d’un Ericsson en verve qui devançait même la Williams de Massa. Il est difficile de savoir si, lors de cette deuxième moitié de saison, c’est réellement Caterham qui a progressé ou Marussia qui a stagné ; à Abu Dhabi, les verts se sont qualifiés en fond de grille à presque deux secondes de la dix-huitième place.

Les courses se sont déroulées selon un schéma similaire : en début de saison, c’était généralement Jules Bianchi qui menait la danse, tandis que Kamui Kobayashi et Max Chilton se tiraient la bourre, le Japonais l’emportant généralement de peu ; Marcus Ericsson fermait bien souvent la marche. Ce n’est qu’en fin de saison que la tendance s’est inversée : Caterham a devancé Marussia lors des quatre dernières courses disputées par les deux écuries.

Cependant, le mal était fait : une course remarquable de Jules Bianchi à Monaco, conclue à la neuvième place grâce à, notamment, un dépassement musclé sur Kobayashi, a offert la neuvième place du championnat du monde à Marussia et a porté le coup de grâce aux ambitions de Tony Fernandes.

Début juillet, Fernandes et son partenaire de toujours Kamarudin Meranun ont annoncé la vente de l’écurie à un consortium d’investisseurs de Suisse et du Moyen-Orient. Exit Cyril Abiteboul, team principal de retour chez Renault Sport illico : Christijan Albers a fait son arrivée comme directeur d’équipe, avec Colin Kolles dans le rôle de conseiller et Manfredi Ravetto au poste de directeur adjoint. La première décision du trio fut controversée, puisque Caterham se débarrassa aussitôt de plus de quarante employés dans le but de réduire la masse salariale, y compris le team manager Graham Watson et les chefs du département technique Jody Egginton et Gerry Hughes. Alexander Rossi, pilote d’essais de longue date, a également été remercié.

Tout est allé de mal en pis pour Caterham : l’équipe a progressivement perdu ses sponsors et s’est engluée dans un conflit opposant les anciens et les nouveaux propriétaires, ce qui a mené à la visite d’huissiers de justice et à l’absence de l’écurie aux États-Unis et au Brésil. Caterham a eu beau participer au Grand Prix d’Abu Dhabi grâce à sa controversée campagne de financement participatif, l’avenir est sombre : la quasi-totalité des employés ont été licenciés, même si certains affirment qu’ils accepteraient de revenir si un repreneur sérieux était trouvé. Cependant, quel repreneur sérieux s’intéresserait à une équipe criblée de vingt millions d’euros de dettes ? Constantin Cojocar, ancien homme de ménage de l’écurie qui en est devenu propriétaire après l’avoir rachetée pour une livre sterling, doit se poser la question, tout comme les administrateurs judiciaires qui en ont actuellement le contrôle…

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