Les circuits de F1, des "cibles faciles" pour des manifestations
Selon Stuart Pringle, directeur général du circuit de Silverstone, qui a été ciblé par des activistes écologiques en 2022, des protestations peuvent facilement avoir lieu sur les sites d'événement sportif.
À l'occasion du Grand Prix d'Australie 2023 de F1, plusieurs spectateurs ont envahi le circuit de Melbourne dans le tour de décélération suivant la fin de la course, alors que les monoplaces étaient encore en piste et que la Haas de Nico Hülkenberg, garée dans la précipitation, représentait un danger potentiel en raison du voyant rouge clignotant au-dessus de l'arceau de sécurité.
Ce manquement à la sécurité des pilotes et des spectateurs a valu à l'Australian Grand Prix Corporation, en charge de l'organisation de l'épreuve, une convocation auprès des commissaires. Selon eux, en se basant sur l'article 12.2.1.h du Code Sportif International de la FIA, les organisateurs ont été reconnus responsables de "manquement à l’obligation de prendre des mesures raisonnables engendrant une situation dangereuse" et doivent désormais "présenter d'urgence un plan formel de correction à la FIA".
Il s'agit de la deuxième intrusion en moins d'un an pour le Championnat du monde. Au Grand Prix de Grande-Bretagne 2022, et alors que les organisateurs de l'épreuve craignaient des débordements en marge du week-end, six membres du groupe militant Just Stop Oil s'étaient introduits sur le circuit de Silverstone au moment du départ de la course. Fort heureusement, le drapeau rouge agité à la suite du tonneau de Zhou Guanyu au premier virage avait suffisamment ralenti les pilotes avant d'arriver sur le lieu de protestation.
Invité par Motorsport.com à revenir sur les débordements de l'an passé ainsi que ceux de Melbourne cette année, Stuart Pringle, directeur général du circuit de Silverstone a expliqué que les invasions de piste à répétition dans les années 1980 avaient poussé les organisateurs britanniques à prendre davantage de mesures que leurs homologues australiens, même si la situation demeure imparfaite.
"Il y a évidemment des leçons à tirer", a-t-il indiqué. "Nos grillages et nos stewards sont très différents de ceux de l'Australie, nous sommes beaucoup plus avancés. Franchement, depuis 1987 et les gens qui sautaient par-dessus les barrières pour congratuler Nige, nous avons beaucoup progressé dans ce domaine. Nous avons procédé à un examen interne approfondi après l'année dernière. Nous travaillons à nouveau en étroite collaboration avec la police."
Rappelons néanmoins que le circuit de Silverstone a continué à être pris d'assaut par les spectateurs bien après l'édition 1987. En 1991 et 1992, la foule a envahi la piste pour fêter les victoires de Nigel Mansell. Lors du dernier triomphe du Britannique à domicile, les spectateurs s'étaient déjà rués sur la piste alors que tous les pilotes n'avaient pas encore franchi la ligne d'arrivée. En 2003, le prêtre irlandais Cornelius Horan s'est introduit sur le circuit en pleine course, certains pilotes l'ayant évité de peu. Et en 2020, ce sont quatre manifestants du groupe écologiste Extinction Rebellion qui ont pénétré l'enceinte du circuit alors que la course se déroulait à huis-clos en raison de la pandémie de COVID.
1992 : Riccardo Patrese franchit la ligne d'arrivée en deuxième position alors que les spectateurs envahissent le circuit.
Au cours des dernières semaines, plusieurs évènement sportifs au Royaume-Uni ont été perturbés par des manifestants. Le 15 avril, le départ de la course hippique du Grand National, sur l'ancien circuit F1 d'Aintree, a été retardé d'un quart d'heure par l'organisation de protection des animaux Animal Rising. Quelques jours plus tard, un militant de Just Stop Oil a interrompu une partie du Championnat du monde de snooker, à Sheffield, en saccageant une table.
En conséquence, l'on craint d'autres protestations lors du marathon de Londres, ce dimanche 23 avril, et pour le prochain Grand Prix de Formule 1 à Silverstone, en juillet. Pringle a ainsi souligné que les organisateurs s'efforçaient de "faire en sorte que le plaisir des gens ne soit pas gâché cette année encore" mais a également reconnu que la popularité du Championnat du monde faisait du GP de Grande-Bretagne une "cible facile" pour tout activiste.
"Je ne prends pas ce risque à la légère. Je serais surpris qu'il n'y ait pas une certaine corrélation entre la manifestation à Silverstone [en 2022] et les personnes qui pensent que ce serait une bonne idée d'aller s'attaquer à Aintree et d'y faire passer leur message", a-t-il expliqué.
"Nous savons que des personnes ont essayé de s'attacher à des poteaux de but lors de matchs de football. Les gens savent que beaucoup regardent du sport. Où d'autre peut-on [protester] ? Les lieux de sport dans leur ensemble sont, relativement parlant, des cibles faciles avec une récompense assez élevée pour le risque que les individus prennent. C'est quelque chose que nous devons gérer en tant que promoteurs sportifs. Mais nous travaillerons dur pour faire en sorte que le plaisir des gens ne soit pas gâché cette année encore. Ils ne [protestent] que parce qu'il y a une centaine de millions de téléspectateurs."
Propos recueillis par Matt Kew
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