Des discussions ouvertes sur les deux arrêts obligatoires en F1
Rendre obligatoire deux arrêts au stand à chaque Grand Prix donnerait-il lieu à des courses plus passionnantes ? Le sujet revient sur la table pour 2026. Pirelli se dit ouvert à l'idée, tout en soulignant qu'il y a de multiples aspects à prendre en compte.
Photo de : Shameem Fahath / Motorsport Network
Alors que le Grand Prix de Mexico a offert un rare mélange de stratégies, beaucoup d'autres courses ont récemment suivi un schéma familier. George Russell a décrit la F1 comme "une course jusqu'au premier virage", l'air sale redevenant un facteur important et les équipes privilégiant la stratégie la plus conservatrice : celle à un seul arrêt.
Cette année, les pneus Pirelli sont plus robustes que lors des saisons précédentes, permettant aux pilotes d'attaquer davantage, mais réduisant aussi la dégradation. Cela a supprimé certaines variables stratégiques essentielles pour les écuries.
"Je pense que quoi qu'ils fassent, Pirelli est critiqué", explique George Russell à Motorsport.com. "S'il y a beaucoup de dégradation, on dit que ce n'est pas du vrai pilotage et que les pilotes ne peuvent pas attaquer. Quand il n'y a pas de dégradation, on dit que la course est ennuyeuse. Idéalement, il faudrait un pneu sur lequel on puisse attaquer à fond, mais qui ne tienne pas toute la course. Si on pouvait choisir, on voudrait un pneu qu'on puisse pousser à fond, mais qui s'effondre après 15 tours."
Les cinq derniers Grands Prix ont tous été remportés avec une stratégie à un seul arrêt. Si l'on exclut la météo changeante de Silverstone et la voiture de sécurité tardive à Zandvoort, la dernière course gagnée avec deux arrêts remonte au Grand Prix d'Autriche.
Les tentatives précédentes n'ont pas fonctionné
Albon était le seul sur une stratégie décalée à Austin.
Photo de: Steven Tee / LAT Images via Getty Images
Pirelli a testé des pneus plus tendres que l'an dernier et sauté certains composés de sa gamme dans ses allocations, par exemple en apportant les C1, C3 et C4. Mais dans les deux cas, les équipes ont réussi à faire fonctionner la stratégie à un arrêt en gérant davantage les pneus. Ce fut aussi le cas à Austin, où tous, sauf Alexander Albon, ont terminé la course avec un seul arrêt, malgré le changement de composés Pirelli.
"Les équipes maximisent toujours ce qu'elles ont, et cela signifie qu'elles essaient de réduire le nombre d'arrêts", justifie auprès de Motorsport.com Mario Isola, directeur de Pirelli Motorsport. "C'est logique, car pendant un arrêt, on peut faire une erreur, ou ressortir dans le trafic et perdre du temps. Les équipes cherchent donc toujours à minimiser les arrêts, car elles se moquent du spectacle."
Pour potentiellement améliorer le spectacle, certains dans le paddock ont suggéré de rendre deux arrêts obligatoires par le règlement. C'est exactement ce que Max Verstappen a déclaré à Bakou, estimant qu'imposer deux arrêts vaut mieux que d'apporter un pneu (le C6) qu'il juge "inutile".
"Ce que nous essayons de faire, c'est d'améliorer le spectacle", poursuit Mario Isola. "Et je crois qu'une course à deux arrêts est meilleure pour le spectacle, car il y a plus d'imprévisibilité. Mais on ne peut pas forcer les équipes, à moins d'accepter que deux arrêts soient définis par le règlement."
Deux arrêts obligatoires pourraient ne pas suffire
Pirelli a demandé des simulations aux écuries.
Photo de: Bryn Lennon / Formula 1 / Getty Images
La discussion a pris de l'ampleur ces dernières semaines et a été abordée lors du briefing des pilotes au Grand Prix de Mexico. Selon la FIA, le sujet figurait à l'ordre du jour du Comité Consultatif Sportif cette semaine, et d'après les informations de Motorsport.com, il sera également discuté en Commision F1. La FIA précise que les idées sont encore loin d'être concrètes, bien que plusieurs équipes - et Liberty Media - soient prêtes à explorer ces options pour l'année prochaine.
"Oui, nous en avons parlé plusieurs fois", confirme Mario Isola. "La dernière fois, nous avions des simulations venant des équipes. Nous avons discuté avec les autres parties prenantes - la FIA, la F1 et les écuries - et nous avons dit : d'accord, si nous choisissons ces trois composés pour les courses A, B, C, D, E, quelle serait votre stratégie prévue ? Nous leur avons demandé de faire ces simulations et de nous les renvoyer, sans les rendre publiques, juste pour notre information."
"Ce que nous avons constaté, c'est que la majorité des équipes convergeaient vers la même stratégie : un pneu tendre bon pour 5 tours, un medium pour 20 tours, et un dur pour plus longtemps. Elles reproduisaient donc les mêmes schémas. Donc plus on met de contraintes, plus le risque est grand que tout le monde aille dans la même direction."
Provoquer plus d'arrêts créerait plus d'opportunités d'undercut, mais pas forcément plus de variété.
"Les meilleures courses sont celles où la stratégie à deux arrêts est avantageuse, mais où un pilote audacieux peut encore tenter autre chose. On a eu un bon exemple à Monza l'an dernier, quand Charles [Leclerc] a gagné avec un seul arrêt tandis que d'autres en faisaient deux. Pareil à Spa avec George [Russell], mais malheureusement, cela ne se produit pas à chaque fois."
Deux arrêts sans obligation de changer de composé ?
Faut-il aller plus loin que deux arrêts obligatoires ?
Photo de: Bryn Lennon / Formula 1 via Getty Images
Si la F1 décidait d'aller vers deux arrêts obligatoires à l'avenir, plusieurs options seraient possibles. L'une serait d'imposer deux arrêts, mais sans obligation d'utiliser des composés différents.
"On peut aussi envisager deux arrêts sans aucune obligation d'utiliser différents composés, les équipes pourraient utiliser ce qu'elles veulent", évoque Mario Isola. "On pourrait faire medium-medium-medium si on a assez de pneus. Si vous partez en fond de grille, vous voudrez sans doute commencer avec les durs pour aller plus loin au départ. Si vous êtes en milieu de grille, peut-être commencer avec les tendres pour éviter le trafic. Il y a beaucoup de combinaisons possibles."
Selon Mario Isola, cela pourrait créer plus de variété stratégique, ce que la règle actuelle des composés empêche, même avec deux arrêts. Mais il souligne que de tels changements nécessiteraient encore des études supplémentaires si la FIA, la F1 et les équipes souhaitent vraiment aller dans cette direction.
"Je ne fais pas les règlements, je parle juste de mon expérience et de mes 15 ans de métier, et ma suggestion personnelle serait que, si un accord ou une idée commune existe pour l'avenir, nous identifions quelques courses et demandions aux équipes de simuler. Si nous choisissons cette option, quelle serait votre réaction ? Ensuite, nous verrons si elles proposent des approches différentes. Et si c'est le cas, c'est probablement la voie à suivre."
Ne pas gâcher ce qui existe
Le GP du Qatar 2023 comme modèle ?
Photo de: Red Bull Content Pool
Cependant, deux considérations se posent en vue de 2026. D'abord, l'expérience des deux arrêts obligatoires n'a pas vraiment réussi à Monaco, même si Mario Isola nuance : "Il ne faut pas prendre Monaco comme exemple, car là-bas, le risque de couper la chicane était trop élevé".
Les partisans des deux arrêts obligatoires préfèrent se référer au Grand Prix du Qatar 2023, où cette règle s'était appliquée pour des raisons de sécurité. Combiné à la chaleur extrême, cela avait causé des problèmes physiques à certains pilotes, mais l'idée de pilotes attaquant sans gestion des pneus séduit Liberty Media.
La deuxième question est de savoir si un changement est nécessaire, étant donné que les nouvelles F1 2026 devraient pouvoir se suivre de plus près. L'air sale devrait être moins problématique avec le nouveau règlement, ce qui pourrait rendre toute intervention prématurée.
"Peut-être, mais je ne sais pas", hésite Mario Isola. "Si nous voulons envisager un changement de règlement, il faut travailler ensemble pour éviter des conséquences inattendues. L'an prochain, comme vous l'avez dit, tout sera différent. Nous ne savons pas à quoi nous attendre, mais quand nous aurons une idée, il sera au moins possible de réagir. Mais il faut garder à l'esprit que nous avons actuellement un bon championnat, alors ne prenons pas le risque de le gâcher."
Une règle imposant deux arrêts fera l'objet de discussions supplémentaires lors des prochaines réunions, toutes les parties étant invitées à rester ouvertes d'esprit à ce stade préliminaire.
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