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Magazine

Ces écuries américaines qui ont couru en Formule 1

Alors que Cadillac F1 vient de finaliser et d'acter son arrivée dans la catégorie reine du sport automobile, replongeons-nous dans l'historique de certaines des équipes américaines les plus performantes ayant participé au championnat du monde de Formule 1.

Le drapeau américain sur la Haas F1 Team VF-18

Photo de : Andy Hone / Motorsport Images

La F1 a enfin acté de manière officielle l'arrivée de Cadillac dans la discipline, enregistrant son inscription pour la saison 2026 sans moyen de la révoquer. Cadillac deviendra ainsi la deuxième écurie américaine de la grille actuelle de Formule 1 aux côtés de Haas. L'officialisation de cette 11e équipe nous donne ainsi l'occasion de nous replonger dans l'historique des structures ayant couru sous la bannière des États-Unis en catégorie reine.

Les États-Unis est historiquement l'une des nations les plus présentes en Formule 1, avec quelque 200 pilotes et plus de 60 constructeurs inscrits depuis 1950, mais principalement parce qu'ils participaient uniquement à la course des 500 Miles d'Indianapolis, alors considérée comme une épreuve du championnat F1 dans les années 50. La liste qui vous est proposée ci-dessous est loin d'être exhaustive et regroupe uniquement quelques-unes des équipes américaines les plus performantes qui ont participé à d'autres manches que la mythique course ovale, et donc principalement engagées après 1960.

Lire aussi :

Scarab (1960)

Une Scarab en parade lors du festival Goodwood Revival en 2010.

Une Scarab en parade lors du festival Goodwood Revival en 2010.

Photo de: Jean-Philippe Legrand

Après le retrait le l'Indy 500 du calendrier de la F1, la première équipe américaine à intégrer la catégorie reine est Scarab-Reventlow Automobiles, fondée par le comte Lance Reventlow. Fan de voitures et fils unique de la mondaine Barbara Hutton, Lance Reventlow crée son écurie de sport automobile à seulement 22 ans, dans les années 50.

Propulsée par un moteur Chevrolet, l'écurie remporte sa première victoire en championnat américain de Road Racing dans la catégorie Grand Tourisme en 1958, avec à son bord Chuck Daigh, battant notamment la Ferrari du futur champion du monde de Formule 1, Phil Hill.

La saison suivante, Lance Reventlow se prend à rêver de courir en championnat de F1. Il intègre finalement la catégorie en 1960, équipé d'une monoplace avec un moteur avant qui répond aux standards de compétition américains.

Scarab fait ses débuts lors du Grand Prix de Monaco cette même année. Les deux voitures habillées de blanc et de bleu sont pilotées par Reventlow lui-même et par Chuck Daigh, également chef mécanicien de l'écurie. Néanmoins, aucun des deux pilotes ne parvient à se qualifier pour la course. En proie à de nombreux problèmes mécaniques, notamment liés à son moteur, Scarab ne participe qu'à deux Grands Prix dans toute la saison, en Belgique et aux États-Unis. À Spa, les deux pilotes ne terminent pas la manche à cause d'une casse moteur et, à domicile, seul Chuck Daigh parvient à passer la ligne d'arrivée, en dixième position tout de même.

Face à son échec cuisant en F1, Lance Reventlow abandonne l'aventure et décide de retourner aux États-Unis, dans la catégorie où il avait débuté. Parallèlement à sa participation en Formule 1, Scarab remporte également deux victoires dans ce même championnat de Road Racing, un des deux succès glanés par un certain Caroll Shelby.

Anglo American Racers / Eagle (1966-1969)

Jim Clark dans sa Lotus 49 devance Dan Gurney dans la Eagle T1G lors du Grand Prix d'Italie 1967.

Jim Clark dans sa Lotus 49 devance Dan Gurney dans la Eagle T1G lors du Grand Prix d'Italie 1967.

Photo de: Motorsport Images

Anglo American Racers est une écurie créée par le pilote automobile Dan Gurney. Après quatre ans à courir en F1, avec notamment une victoire à son compteur, Gurney rejoint l'écurie du triple champion du monde Jack Brabham, nouvellement fondée, en 1963. Décrochant notamment la première victoire de Brabham Racing, l'Américain se sent inspiré et décide, en 1966, d'imiter son homologue australien en mettant sur pied sa propre équipe de Formule 1.

Il crée ainsi l'équipe Anglo American Racers (ou All American racers en fonction de s'il exerçait sur le continent américain ou non), Eagle étant le nom des monoplaces qu'il développait. Malgré le manque de fiabilité notable de celles-ci, Gurney parvient à remporter sa première course non-officielle lors de la Race of Champions, en 1967. Quelques mois plus tard, en Belgique, il propulse son Eagle T1G portant le bleu impérial américain sur la plus haute marche du podium, faisant de Anglo American Racers la première équipe venant des États-Unis à remporter une course de F1 qui n'est pas l'Indy 500.

En 1968, l'Eagle se fait vieille et l'équipe est de plus en plus dépassée par ses concurrents. Gurney fait face à des insuffisances budgétaires et est même obligé de terminer la saison au volant d'une Brabham et d'une McLaren cliente. L'année suivante, l'Américain décide finalement d'abandonner la F1 et de concentrer les activités de son écurie aux États-Unis, là où elle est engagée depuis quelques années.

En effet, Gurney et Anglo American Racers ne se sont pas contentés de la F1. En bon Américain, le pilote a inscrit son équipe dans les championnats locaux en parallèle de son aventure en catégorie reine. De la fin des années 60 à la fin des années 80, les Eagle courent en USAC et en CART, catégorie de monoplaces aux États-Unis, et remportent une cinquantaine de courses en plus des 500 Miles d'Indianapolis 1968 et 1973.

Dan Gurney est considéré comme l'un des meilleurs pilotes de son époque. À l'aise sur n'importe quel type de circuit et dans beaucoup de catégories différentes, l'Américain a, en plus de ses victoires en F1, remporté les 24 Heures du Mans en 1967 avec Shelby-American et était considéré comme le grand rival du double champion du monde Jim Clark.

Shadow (1973-1980)

Tom Pryce au volant de la fameuse Shadow DN5 entièrement vêtue de noir.

Tom Pryce au volant de la fameuse Shadow DN5 entièrement vêtue de noir.

Photo de: Motorsport Images

Avec son logo tout droit sortit d'un film d'espionnage ou d'une enseigne de détective privé, Shadow commence son aventure en sport automobile en CanAm à la fin des années 60. L'équipe est fondée par Don Nichols, un entrepreneur américain vétéran de la Seconde Guerre mondiale ayant notamment servi dans les renseignements militaires, d'où le choix du nom et du logo de son écurie. L'aventure de Shadow en CanAm - championnat automobile nord-américain - est très inconstante.

Shadow intègre la catégorie reine en 1973, avec une monoplace conçue par Tony Southgate, l'ingénieur à la base de la BRM qui a permis à Jean-Pierre Beltoise de remporter le Grand Prix de Monaco la saison précédente. La première campagne de la structure américaine en Formule 1 ressemble à celles vécues en CanAm : elle est irrégulière. L'un des deux pilotes de l'équipe, George Follmer, termine troisième lors du deuxième Grand Prix de l'équipe et son coéquipier, Jackie Oliver, parvient lui aussi à monter sur le podium au Canada la même saison. Toutefois, la fiabilité de la Shadow est un vrai problème et les concurrents enchaînent les abandons par la suite.

1975 ne fait pas exception. Jean-Pierre Jarier signe la pole position lors de la première manche au volant de la Shadow et, quelques mois plus tard, le second pilote de l'équipe, Tom Pryce, remporte la première victoire non-officielle de l'écurie lors de la Race of Champions. Mais le reste de la saison est à nouveau ponctué d'abandons et de problèmes techniques.

En 1976, Shadow décide d'abandonner le drapeau des États-Unis pour courir sous pavillon britannique, devenant la première équipe de l'histoire de la Formule 1 à le faire. Ainsi, l'unique succès officiel de l'équipe, lors du Grand Prix d'Autriche 1977, a été remporté sous passeport anglais, et ne fait donc pas partie des écuries américaines victorieuses en F1.

Les dernières années de Shadow dans la discipline voient beaucoup de personnel quitter le navire, dont l'ingénieur Tony Southgate qui, avec d'autres membres de Shadow, fonde l'écurie Arrows. Don Nichols accuse d'ailleurs Southgate d'avoir copié sa monoplace pour concevoir la première voiture de son équipe. Toutefois, cela ne sauve pas l'équipe américano-anglaise. Les points se font de plus en plus rares et c'est en 1980 que Nichols choisit finalement de mettre fin à l'aventure de Shadow en F1.

Shadow n'a pas été l'équipe américaine la plus performante de l'histoire de la catégorie reine, mais elle a été l'une de celles détenant la plus grande longévité. Ayant participé à 41 courses (140 en comptant les années où elle a couru sous bannière britannique) et trois saisons (huit en comptant celles sous nationalité anglaise) elle se place juste derrière Haas en tant qu'écurie américaine avec le plus de participations en Grand Prix.

Penske (1974-1976)

Mark Donohue dans la Penske PC1 en 1975.

Mark Donohue dans la Penske PC1 en 1975.

Photo de: Rainer W. Schlegelmilch / Motorsport Images

Penske est l'une des équipes de sport automobile les plus performantes et surtout une des plus connues, notamment aux États-Unis. Elle a couru et gagné dans énormément de championnats dans des disciplines différentes comme la NASCAR, l'endurance, l'IndyCar, la Formule E, et a remporté des courses mythiques comme le Daytona 500, les 24 Heures de Daytona ou encore l'Indy 500 à de nombreuses reprises. Penske a également participé au championnat de Formule 1, mais les résultats n'ont pas été aussi positifs que dans les autres catégories.

L'équipe est créée en 1966 par l'ancien pilote Roger Penske et fait ses débuts en CanAm. Quelques années plus tard, en 1971, Penske participe à deux courses de F1 en tant qu'écurie privée en louant des McLaren M19A. Le pilote de l'équipe, Mark Donohue, parvient à inscrire un podium lors du premier Grand Prix. Après un bref retour en CanAm, empochant deux titres et quelques victoires, Penske arrive en F1 en 1975 en tant que constructeur.

Penske est pleine de motivation, mais la PC1 ne suit pas. La voiture est moins performante que prévu et l'équipe doit même terminer la saison avec une March 751. Lors des essais du Grand Prix d'Autriche, un drame se produit. Le loyal Mark Donohue, présent dans l'équipe depuis ses débuts en CanAm, est victime d'une crevaison et heurte un échafaudage. Il succombe à ses blessures le lendemain.

Malgré cette tragédie, la saison 1976 commence remplie d'espoir. La nouvelle recrue, John Watson, place la PC4 sur le podium à deux reprises, en France et en Grande-Bretagne. En Autriche, un an jour pour jour après la mort de Donohue, Watson parvient à remporter la première - et seule - victoire de Penske en F1. Il s'agit également de la dernière victoire en date d'une écurie américaine dans la discipline.

Lors des courses suivantes, la Penske PC4 ne brille plus et Watson ne parvient à inscrire qu'un seul point en cinq manches. À la fin de saison, l'écurie américaine perd son sponsor principal et Roger Penske décide alors de mettre fin à son aventure en F1. Il vend alors ses voitures à l'écurie ATS, et les Penske n'inscrivent qu'un seul point lors de la saison 1979 avant de totalement se retirer.

Bien que le chapitre F1 de Penske n'ait pas été aussi fructueux que ses passages dans d'autres catégories, l'écurie a néanmoins réussi, en plus d'avoir inscrit une victoire, à se classer cinquième du championnat constructeurs en 1976, ce qui fait d'elle l'équipe américaine la mieux classée au championnat des équipes en F1. Elle partage cette distinction avec Haas, qui a atteint la cinquième place lors de la saison 2018.

Beatrice Haas / Team Haas Lola (1985-1986)

Alan Jones (Lola THL1).

Alan Jones (Lola THL1).

Photo de: Sutton Images

Le pilier du sport automobile américain Carl Haas - qui n'a aucun lien de parenté avec Gene Haas - commence son empire en important des voitures de course et leurs composants. Il dépense une grande partie de cet argent en participant à des courses et, comme beaucoup d'autres avant lui, arrive un moment où il se rend compte que son talent ne sera pas utile derrière un volant.

En tant que propriétaire d'équipe et participant, il réussit déjà dans de nombreuses disciplines avant de s'associer à l'acteur Paul Newman pour fonder une équipe CART en 1983, remportant le titre avec le champion du monde de F1, Mario Andretti, la saison suivante.

Toutefois, Haas a également des vues sur la catégorie reine et espère persuader Andretti de devenir son pilote, mais l'Américain refuse en suggérant que son fils Michael pilote à sa place ; et c'est sans doute là que le projet a commencé à s'enliser puisque Michael Andretti n'a pas pu obtenir la licence nécessaire. Haas réussit tout de même à se présenter sur la grille de départ à la fin de la saison 1985, grâce au parrainage de l'empire Beatrice Foods, avec qui il collabore également dans d'autres championnats.

La présence du nom Lola sur les papiers n'est qu'un clin d'œil au fait que Carl Haas est le distributeur américain de Lola. En fait, la voiture engagée par l'équipe, la THL1, est conçue par l'ancien ingénieur de Williams, Neil Oatley, et construite par FORCE (Formula One Race Car Engineering), une nouvelle société créée par Carl Haas et l'ancien patron de McLaren puis directeur d'équipe de Beatrice Haas, Teddy Mayer.

Haas parvient à obtenir un contrat moteur avec Ford, un des facteurs qui ont ralenti l'arrivée de l'équipe en F1 puisque le motoriste américain a dû développer une alternative turbo à son V8 atmosphérique, laissant Haas dans l'obligation d'utiliser des moteurs Hart lors de sa première saison dans la discipline. Le champion du monde 1980, Alan Jones, a été tiré de sa retraite pour piloter la voiture, qui ne se révèle pas si compétitive que cela.

Oatley prépare un nouveau modèle pour la saison 1986, et l'équipe recrute Patrick Tambay aux côtés de Jones. Toutefois, après un réarrangement de la direction de Beatrice Foods, le budget accordé à l'écurie est amputé. En l'absence d'un autre bailleur de fonds pour 1987, Haas baisse le rideau en ayant inscrit un total de six points, avec notamment une double entrée dans les points au Grand Prix d'Italie 1986. Oatley a ensuite rejoint McLaren et, de nombreux titres plus tard, il y est toujours un consultant principal à l'heure actuelle.

Haas F1 Team (2016-...)

Romain Grosjean dans la Haas VF-16 en 2016.

Romain Grosjean dans la Haas VF-16 en 2016.

Photo de: XPB Images

Haas a été fondée par l'Américain Gene Haas. D'abord engagé en NASCAR avec son équipe Stewart-Haas Racing, avec laquelle il a remporté 69 victoires et deux titres pilotes, Gene Haas a choisi de tenter l'aventure en F1 en participant et en gagnant l'appel d'offres de la Formule 1 en 2013. Initialement prévu pour 2015, mais repoussé d'un an, le projet Haas F1 Team voit le jour en 2016. Haas signe un partenariat avec Ferrari, qui lui fournit les moteurs et quelques pièces mécaniques.

Les débuts de l'équipe sont plutôt encourageants alors qu'elle termine huitième des constructeurs avec 29 points inscrits lors de sa première saison. Après une campagne 2017 mitigée, 2018 est bien plus convaincante, et ce malgré un double abandon dès le premier Grand Prix à cause d'écrous mal serrés. Le pilote Kevin Magnussen parvient à signer 11 entrées dans le top 10, dont deux cinquième places. Son coéquipier, le Français Romain Grosjean, hisse sa monoplace à sept reprises dans les points, dont une fois à la porte du podium, en Autriche. Haas termine cinquième du classement des équipes, son meilleur résultat aujourd'hui encore.

2019 signe le début d'une période compliquée pour l'équipe américaine. Haas campe dans le fond de peloton, la voiture est imprévisible, la stratégie laisse à désirer et plusieurs problèmes avec certains sponsors viennent entacher cinq saisons d'affilée. Elle ne fait pas mieux que huitième en 2022, jonglant entre l'avant-dernière et la dernière place du classement.

En 2023, après une énième saison difficile, Gene Haas remercie Günther Steiner, personnage emblématique de l'équipe, à sa tête depuis 2016. Il est remplacé par Ayao Komatsu, qui entreprend alors une reconstruction totale de l'équipe. Grâce à un nouvel investissement de Gene Haas et à un nouveau partenariat avec Toyota, Haas parvient à se renouveler. Les travaux de Komatsu payent et l'équipe remonte à la septième place du championnat constructeurs au terme de la saison 2024. Le directeur japonais a même réussi à recruter le Français Esteban Ocon dans ses rangs, en provenance d'Alpine.

Bien qu'elle n'ait jamais inscrit de podium ni remporté de course, Haas reste l'équipe américaine avec le plus de Grands Prix sous le coude, comptabilisant presque 200 départs en catégorie reine.

Cadillac F1 (2026 - …)

Le projet Cadillac F1.

Le projet Cadillac F1.

Photo de: FIA

En 2026, Cadillac rejoindra les quelque 60 équipes américaines à avoir roulé dans le championnat du monde de Formule 1. L'écurie aura l'avantage d'arriver dans la discipline au moment du changement de règlement et aura donc toute l'année 2025 pour étudier les nouvelles réglementations techniques et aérodynamiques, et ainsi développer au mieux sa monoplace. Un luxe que les équipes actuellement engagées ne pourront pas toutes se permettre, certaines ayant beaucoup à jouer lors de cette ultime saison.

Alors, Cadillac pourra-t-elle faire mieux que Haas et devenir la première écurie américaine du 21e siècle à monter sur un podium, voire à remporter une course ?

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